Abdelouahed Kerrar, président de l’UNOP : «L’érosion du taux de change menace l’industrie pharmaceutique»

  • 3 mois il y a
  • 48 Vues
  • 0 0
Abdelouahed Kerrar, président de l’UNOP : «L’érosion du taux de change menace l’industrie pharmaceutique»

Alors que la facture à l’importation des médicaments reste faramineuse, l’érosion de la valeur de la monnaie nationale menace particulièrement le développement de l’industrie pharmaceutique locale, censée pourtant répondre au mieux aux besoins nationaux en ces produits stratégiques. Les prix des médicaments étant soumis à des exigences administratives, les entreprises de production pharmaceutique subissent ainsi de plein fouet le renchérissement des coûts de leurs intrants importés, sans pour autant pouvoir intervenir pour ajuster leurs marges en fonction des fluctuations du taux de change.

Le drame, dans le cas du médicament, nous explique ainsi le président de l’Union nationale des opérateurs de pharmacie (UNOP), Abdelouahed Kerrar, «est que nos prix sont fixés directement par décision administrative, tandis que l’érosion du taux de change du dinar a pour effet mécanique de renchérir le coût de tous nos intrants importés». Dès lors, ajoute-t-il, «nous ne pouvons pas, à la différence des autres secteurs d’activité, ajuster le prix de nos produits sur le marché, et au final, ce sont ainsi nos propres marges qui sont laminées».

«Aussi, alerte notre interlocuteur, le blocage actuel de ces prix, dans le contexte inflationniste d’aujourd’hui, est une vraie menace sur le développement de notre filière.» Également à la tête du groupe pharmaceutique Biopharm, Abdelouahed Kerrar affirme que la seule issue qui s’offre actuellement aux producteurs de médicaments face à la chute du Dinar «est de plaider la revalorisation progressive des prix auprès des autorités en charge du secteur». Depuis 2016, souligne-t-il en ce sens, «ce ne sont pas moins de trois conseils interministériels auxquels nous avons été conviés et qui ont traité de ce sujet, et toutes les parties concernées admettent le bien-fondé de nos doléances, sans que cela ne débouche jusqu’ici sur des décisions concrètes». En bout de course, conclut-il, les producteurs, «et cela a déjà commencé», abandonnent tout simplement la fabrication de leurs produits.

Affichant néanmoins sa conviction qu’à terme, la réévaluation des prix du médicament finira bien par s’imposer, le président de l’UNOP prévient en définitive que plus une telle démarche tarde à voir le jour, «plus le rattrapage sera douloureux, tant pour les producteurs et les patients que pour le budget de l’Etat et les comptes des Caisses de sécurité sociale». Qui plus est, avertit-il, tout dérapage inflationniste serait de nature à aggraver cette situation déjà très sérieusement préoccupante. S’agissant enfin de la portée des mesures prônées par la Banque centrale, le président de l’UNOP estime que le mécanisme mis en place pour l’achat de devises à terme n’est tout simplement pas opérationnel, dans la mesure, indique-t-il, «où, dans la pratique, il est exigé des entreprises d’avoir à provisionner l’achat à terme, ce qui en soi est une mesure inefficace».

El-Watan.com