Grande mobilisation hier à travers le pays : Les étudiants, atout maître de la protesta

  • 4 jours il y a
  • 18 Vues
  • 0 0
Grande mobilisation hier à travers le pays : Les étudiants, atout maître de la protesta

Tôt dans la matinée d’hier, les étudiants affluaient vers Alger pour occuper les marches de la Grande-Poste, mais les policiers étaient déjà sur place pour les en empêcher.

Déterminés à faire de cette «Journée du savoir» celle du combat pour une nouvelle République, avec comme principal slogan «Troho gaâ» (Vous partez tous), leur face-à-face avec l’imposant dispositif policier a duré plus d’une heure, avant que l’accès aux marches de la Grande-Poste ne soient libérés sous les youyous, les applaudissements des manifestants.

Drapeau sur le dos, visages bariolés aux couleurs nationales, ils scandent haut et fort et d’une seule voix : «Oh, viva l’Algérie, tetnahaw gâa !», «Étudiants en colère, ils veulent des changements !», «Algérie libre et démocratique !», «Libérez l’Algérie !», «Pacifique, pacifique !».

De l’autre côté de la Grande-Poste, une immense grappe d’étudiants est retenue par un mur de policiers antiémeute, la coupant totalement du reste de la foule.

Ils crient : «Hna talaba, halou al bibane !» (Nous sommes des étudiants, ouvrez les portes !), en hissant de nombreuses pancartes sur lesquelles on peut lire : «Le système n’a pas à ruser», «Ni Etat islamique, ni Etat militaire, mais un Etat démocratique et populaire», «L’Algérie en état de choc, laissez les jeunes la réanimer», «L’année blanche ne nous fait pas peur, après les 20 ans noirs», «Ben Badis pardonnez-nous, nous sommes le 16 avril et nous n’avons pas encore libéré le pays des enfants de Paris», «Vous êtes un gaz toxique, l’Algérie est en danger», «L’armée et le peuple sont les faces d’une seule pièce», «Nous sommes la race des guerriers, ils peuvent nous tuer, mais ils ne nous feront jamais taire». Des deux côtés du cordon de policiers, la masse humaine prend de plus en plus d’ampleur.

Ils chantent en même temps : «Yal policier, anta chaabi, erazk ala rabi» (Policier tu es un enfant du peuple, c’est Dieu qui décide de ton revenu), «Policiers enlevez la casquette et venez avec nous». Les policiers se retrouvent subitement au milieu d’une marée humaine.

Ils décident de se retirer sous les acclamations des étudiants qui se regroupent tous au niveau de la Place de la Grande-poste avant de se diriger vers l’avenue Pasteur. «Ya Bensalah dégage, ya Gaïd ayina mal bricolage» (Bensalah dégage, Gaïd Salah nous sommes fatigués du bricolage). La foule est subitement stoppée à l’entrée de l’avenue Pasteur par un important dispositif policier.

Il est déjà 11h 30. Les jeunes scandent : «Ya Bensalah, Belaïz rah, wenta rayeh rayeh» (Bensalah, Belaïz est parti et toi aussi tu partiras). La démission de Tayeb Belaïz, président du Conseil constitutionnel a déjà fait le tour des étudiants par le biais des réseaux sociaux.

La circulation automobile n’est pas totalement bloquée, mais les manifestants ne veulent pas rebrousser chemin. Ils continuent à exiger le départ des deux autres B (Noureddine Bedoui, le Premier ministre, et Bensalah, le chef de l’Etat). Une partie des manifestants traverse le jardin pour se retrouver derrière les policiers, sur l’avenue Pasteur.

Ils viennent de franchir les obstacles, suscitant encore une fois le retrait des policiers. C’est la liesse générale. «Massira let tunnel !» (Marche sur le tunnel), crient les étudiants. Ils forment plusieurs carrées et rejoignent le Tunnel des facultés.

A l’intérieur, ils donnent libre cours à leur joie, mais aussi à leurs slogans contre le régime et pour la construction d’une nouvelle Algérie.

Filles et garçons, ils traversent côte à côte la place Maurice Audin, sous les applaudissements des citoyens qui les ont rejoints. Assis à même la chaussée, ils continuent à réclamer le départ de Bensalah, Bedoui, ainsi que toutes les personnalités qui incarnent le régime.

Une autre imposante foule les rejoint pour continuer ensemble la marche jusqu’à la Grande-Poste où ils se sont rassemblés jusqu’à 15h, pour se disperser dans le calme après avoir nettoyé les lieux. Ils sont venus de toutes les Ecoles supérieures et universités d’Alger, de Tipasa et de Boumerdès, rejoints également par bon nombre de leurs enseignants.

Tous étaient marqués par la réaction répressive des forces de police contre leurs camarades mardi 9 avril dernier. Tous voulaient faire de cette Journée du savoir celle de la «solidarité» avec les étudiants et de «la mobilisation pour un avenir meilleur».

 

Quelques portraits d’étudiants et d’étudiantes descendus dans la rue :

 

Samy Chahal : «Nous sommes là pour dire non à la répression policière»

Étudiant très actif à l’université de Bouzaréah, Samy Chahal était hier parmi le groupe de secouristes qui ont encadré la marche des étudiants. «Nous nous organisons depuis des semaines. Nous avons élu un comité de représentants qui s’attelle à préparer les marches et les actions de protestation pour le changement. A la veille de chaque mardi, les ateliers chargés de l’élaboration de slogans, décident des mots d’ordre à utiliser sur les pancartes et les baderoles. Nous avons également mis en place des groupes de secouristes qui assurent les premiers soins en cas d’incidents. Ce sont tous des volontaires et ils ont fait des formations de courte durée avec des médecins. La répression contre la marche de mardi dernier nous a choqués. Mais cela ne nous a pas empêchés d’agir sur place. Lors des assemblées générales, nous avons décidé d’une journée de grève renouvelable chaque semaine et nous continuerons à marcher les mardis jusqu’à satisfaction de nos revendications», dit-il.

 

Aberbach Ouardia Lynda :  «Des marches pacifiques et des débats dans les campus»

Drapée de l’emblème national, le sourire large, Aberbach Ouardia Lynda n’est pas active, mais se dit très attentive à tout ce que font ses camarades. Etudiante au département de biologie de l’université de Bougara à Boumerdès, elle dit être «consciente des enjeux», raison pour laquelle elle est sortie hier pour dire au système : «dégage !» Elle revient sur les nombreuses réunions organisées durant cette semaine, «surtout après le recours par la police aux gaz lacrymogènes et aux jets d’eau pour disperser violemment la marche de nos camarades à Alger. Pour nous, il fallait être nombreux aujourd’hui pour dire non à la violence et non à la répression. Nous voulons un changement pour notre pays. Nous voulons construire notre pays. Nous avons le droit d’exprimer ces besoins pacifiquement…»

 

Anis Aindjaneb : «Nous tenons à ce que nos marches soient pacifiques»

Après de nombreuses réunions à l’université de Bab Ezzouar auxquelles il a pris part en tant qu’étudiant en génie des procédés,
Anis Aindjaneb est à l’avant-garde de la mobilisation. Il parle de l’organisation qui s’installe au campus pour arriver prochainement à une représentativité au niveau de chaque département de cette université. «Nous avons réussi à élire des représentants de certains départements et d’autres sont en voie de le faire. Lors de nos assemblées générales, nous avons décidé d’observer une grève d’une semaine, renouvelable à chaque fois que cela est nécessaire jusqu’à ce que le système dégage. Le principe, c’est de refuser totalement ceux qui sont restés durant vingt ans aux commandes de ce système. Nous tenons à ce que nos marches et manifestations soient pacifiques et que le débat au sein des campus soit quotidien. C’est ce que nous faisons. Aujourd’hui, nous sommes là, nombreux, et mardi prochain, peut-être plus nombreux, jusqu’à ce que nos revendications soient prises en compte.»

 

Djalaleddine Kahlaoui : «Nous voulons un avenir meilleur»

Encadreur du carré du pôle universitaire de Koléa, Djallaleddine Kahlaoui ne cesse de faire des va-et-vient pour empêcher les étudiants de bloquer la circulation automobile. Pour lui, il est encore tôt pour commencer à marcher. Lui et ses camardes s’organisent depuis le 22 février pour permettre aux étudiants d’avoir un mouvement qui les représente. «Nous sommes là aujourd’hui pour dire aux trois B de partir. Le peuple les refuse, ils doivent quitter leurs postes. En tant qu’étudiants, nous voulons un avenir meilleur pour le pays. Notre mobilisation ne fléchira pas, même si elle doit faire face à la répression», dit-il.

 

Sara Mahiout :  «J’ai été scandalisée par la répression de mardi dernier»

Très jeune, le visage jovial, marqué aux couleurs nationales, Sara Mahiout est en 1re année de médecine. C’est la première fois qu’elle prend part à la marche du mardi. «Habituellement, je marche le vendredi, mais pas le mardi. Je ne me sentais pas vraiment impliquée jusqu’à mardi dernier lorsque j’ai vu les images de mes camarades dispersés à Alger à coups de gaz lacrymogènes et de jets d’eau. J’ai été scandalisée par cette répression policière. Cela m’a vraiment interpellée. Aujourd’hui, je suis là pour me solidariser avec mes camarades et dire au régime de partir», lance-t-elle.

 

Maria Karassane : «Dénoncer la répression et exiger le départ du système»

Etudiante en médecine, Maria Karassane n’était pas elle aussi très engagée avec ses camarades, puisqu’elle dit sortir pour marcher chaque vendredi avec les Algériens. «La violence qu’ont subie les étudiants mardi dernier m’a choquée. Avec mes camarades, nous avons décidé de marcher tous les mardis pour dénoncer la répression et exiger le départ de ce système. A la faculté de médecine, des représentants ont été élus, et les débats sur les actions à mener sont organisés chaque jour. Une grève d’une semaine renouvelable est observée et des secouristes volontaires sont formés par les médecins pour assurer les soins nécessaires en cas d’incident lors des marches. Maintenant, nous sommes tous mobilisés et engagés pour que ce système dégage», souligne-t-elle.

El-Watan.com