L’Algérie nouvelle ne peut pas se construire avec les résidus du système

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Près de deux semaines se sont écoulées depuis le communiqué de l’état-major de l’Anp appelant, en écho aux revendications populaires et pour dépasser l’impasse vers laquelle a conduit l’activation de l’article 102, à l’élargissement des dispositions constitutionnelles, devant encadrer et légitimer le processus de transition, aux articles 7 et 8 de la Constitution consacrant le peuple comme étant la source de tout pouvoir.

L’engagement de l’institution militaire est demeuré sans suite. Si l’application de l’article 102 s’est faite avec une surprenante célérité et dans l’intégralité de ses alinéas, jusqu’à la désignation du chef d’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah, la volonté populaire pour un changement radical du système et une transition démocratique réelle est ignorée et refusée aux millions d’Algériens mobilisés depuis le 22 février pour prendre leur destin en mains.

Il est difficile au chef d’état-major, Gaïd Salah, de convaincre qu’il n’y a aucun parti pris dans l’invocation sélective du cadre constitutionnel sur lequel s’appuie l’armée pour piloter la transition. L’interprétation tronquée, parcellaire et orientée, faite de manière tranchée et sans débat ni argumentation, des dispositions constitutionnelles rend, de l’avis quasi unanime, sans objet, pour ne pas dire suspectes, les allégations de respect de la légalité constitutionnelle opposées par le commandement militaire pour fermer la porte devant la solution politique revendiquée par le mouvement populaire.

L’institution militaire, qui communique dans cette crise par à-coups, entre réunions de l’état-major et déclarations de Gaïd Salah faites à l’occasion de ses visites sur le terrain, ne peut pas continuer longtemps à se dresser contre la volonté populaire en se drapant d’un formalisme constitutionnel qui est déconstruit par tous les spécialistes en la matière, qui ont eu à s’exprimer sur le sujet. Lesquels sont unanimes à reconnaître que l’écueil constitutionnel peut être aisément dépassé par la mise en place de mécanismes politiques puisés précisément de la lettre et de l’esprit des articles 7 et 8 de la Constitution.

Toutes ces tergiversations pour imposer une feuille de route concoctée dans le dos du peuple font peser sur la démarche des suspicions légitimes sur l’existence de velléités fortes de redonner une seconde vie au système en s’appuyant sur la légitimité de la seule institution du pays, incarnée par l’armée, qui n’est pas rejetée par le peuple depuis le départ de Bouteflika.

Avec le recul et le cheminement sinueux emprunté par la gestion de la crise, beaucoup se demandent aujourd’hui si l’agenda politique mis en œuvre, sans concertation avec la classe politique et le mouvement populaire qui appellent au changement du système, ne cache pas un deal secret entre l’armée et l’ex-président Bouteflika, par l’entremise de son clan, visant à garantir une immunité (impunité ?) à l’ancien chef de l’Etat et à ses proches en échange de sa démission.

Un deal pour protéger le clan présidentiel et plus, si affinités ?

Le bouclier de l’article 102 répond parfaitement à une telle préoccupation. Les instances et les hommes chargés de la gestion de la période de vacance du pouvoir et de la succession hérités de l’ère Bouteflika sont la preuve irréfutable que l’âme de l’ex-Président est bien présente dans la feuille de route mise en œuvre. Gaïd Salah a-t-il fait un faux calcul en pensant que la rue allait se suffire du seul départ de Bouteflika ? Le plafond de verre des revendications populaires a été brisé à la minute qui a suivi sa démission.

Les Algériens, qui ne sont pas des putschistes invétérés, comme on les accuse sur certains plateaux de télévision bien pensants, où l’on dispense des cours de citoyenneté et de respect des règles démocratiques, ne demandent qu’à être convaincus que la solution choisie, celle de la voie constitutionnelle, par son accès le plus étroit – l’article 102 rejeté par le peuple – est la plus idoine et sert véritablement les intérêts supérieurs du pays.

Depuis le début de la crise, hormis les laudateurs traditionnels du système toujours prêts à emboucher leurs trompettes pour saluer les initiatives des hommes forts du moment, on n’a pas entendu un seul constitutionnaliste, un seul avis d’expert, d’homme politique sérieux et crédible cautionner cette thèse qui ne trouve plus preneur même dans les milieux politico-médiatiques et chez les intellectuels organiques du système.

Les Algériens qui ont toujours été en avance sur leurs dirigeants sont déjà, par la réflexion et l’action, dans la transition et la rupture totale avec le système pour se faire un complexe en n’étant pas sourcilleux quant au respect d’une Constitution dans laquelle ils ne se reconnaissent pas et qui, de surcroît, a été plusieurs fois violée par ceux-là mêmes qui osent aujourd’hui donner des leçons de démocratie au peuple.

Ce qui est demandé aujourd’hui par la rue à l’institution militaire, avec de plus en plus de force au moment où le mouvement populaire se trouve à un tournant grave à la suite des incidents qui ont émaillé les dernières manifestations, ce n’est pas de se déjuger mais de se projeter, aux côtés du peuple, dans l’Algérie de demain qui ne peut pas se construire avec les résidus du système en place.

El-Watan.com