Vives réactions d’indignation après ce qui s’est passé au commissariat de Baraki : «Une grave atteinte à la dignité humaine»

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Ce qui s’est passé samedi dernier dans un commissariat à Baraki est proprement scandaleux et constitue une grave atteinte à la dignité humaine. Rappel des faits : le samedi 13 avril, des militants de RAJ et du MDS, qui devaient tenir un rassemblement sur le parvis de la Grande-Poste, ont été embarqués par la police et conduits à la sûreté urbaine de Baraki.

Les filles qui ont été interpellées, ont alors été forcées à se dévêtir complètement. Dans un témoignage saisissant livré à El Watan, une des militantes confie : «On nous a transférées au commissariat de Baraki. Une fois sur place, on nous a séparées. Chacune de nous était dans un bureau. Une femme officier en tenue civile est entrée dans le bureau. Elle a exigé que je me déshabille. J’ai d’abord résisté, d’autant que cette femme ne portait pas d’uniforme.

Devant mon insistance, la policière m’a dit que c’est la procédure. Elle a commencé à me déshabiller et m’a touché les seins. Je lui ai dit d’arrêter. J’ai préféré enlever moi-même mes vêtements vu qu’elle ne portait pas de gants.…

Elle a fouillé mes vêtements, mes chaussettes et chaussures. Elle a fouillé mes cheveux et m’a demandé d’écarter les jambes. Qu’espérait-elle trouver ? Il y a une volonté manifeste de nous humilier.» (Voir : «Des militants dénoncent un comportement indécent», in El Watan du 15 avril 2019).

«Je porte plainte»

Contactée par nos soins, la militante, qui a livré ce témoignage, nous a affirmé hier qu’elle allait porter plainte et a d’ores et déjà pris attache avec une avocate pour engager une procédure judiciaire contre les services de police concernés. Plusieurs avocats ont, par ailleurs, proposé leurs services pour défendre la cause de ces militantes, a indiqué notre interlocutrice.
Cette affaire a suscité comme de juste de vives réactions d’indignation.

L’association RAJ a aussitôt réagi à travers un communiqué : «Le RAJ dénonce ces comportements d’un autre âge et condamne avec force ces actes qui portent atteinte à la dignité de la personne humaine. Le RAJ considère que cette manière d’agir n’est que de l’intimidation et de la pression inutiles sur les militantes, ne visant qu’à démobiliser et décourager les Algérien(ne)s de revendiquer leurs droits à la liberté de manifester et le droit de rassemblement.» L’écrivain et cinéaste Sid Ahmed Semiane a posté sur sa page Facebook un texte au vitriol sous le titre «L’humiliation de trop», dans lequel il dresse un parallèle entre cette attitude de la police et les agissements des hommes du général Massu durant la «Bataille d’Alger». «Ce qui s’est passé au commissariat de Baraki ne doit en aucun cas rester sans suite.

Sans paroles. Sans enquêtes. Sans poursuites. Sans sanctions», écrit-il. «Déshabiller des militantes dans un commissariat est un acte d’une violence impardonnable. Inqualifiable. Innommable. Vous n’êtes pas seulement la main de l’étranger, vous êtes les derniers fantômes de la colonisation. Les survivances de nos cauchemars… Vous êtes les enfants de Massu, de Bigeard…

En déshabillant des jeunes filles de 20 ans, vous avez déshabillé une nouvelle fois Louisette Ighilahriz. Vous déshabillez une dernière fois… Djamila Boupacha.»

«Un viol des consciences»

Pour Ghania Mouffok, «ce qui s’est passé dans le commissariat de Baraki porte un nom : c’est une ‘‘offense’’ au mouvement du 22 février, un viol des consciences». Notre consœur, qui s’est exprimée par le biais de son compte Facebook, s’interroge : «Qu’est-ce qu’elle cherche (la femme officier, ndlr), sinon à détruire les résistances et la liberté qui habitent ces corps, les réduire à cette humiliation au plus profond de leurs jeunes consciences, à réinscrire sur le corps des femmes algériennes la mémoire du viol comme une menace permanente.» «Indignons-nous immédiatement et agissons à la mesure de notre indignation.»

Ghania Mouffok estime que «le patron de la DGSN doit être saisi, cette femme doit être immédiatement relevée de ses fonctions, une enquête doit être faite sur l’ensemble des responsabilités, le délit doit être qualifié et relever de la justice.

Tous les responsables de cette insupportable affaire doivent être jugés publiquement et la sentence doit faire jurisprudence». Et de conclure : «Solidarité violente avec les victimes de ce fascisme caché et pourtant d’une banalité quotidienne. Agissons.»

Soufiane Djilali a interpellé lui aussi, à travers les réseaux sociaux, le patron de la police et les plus hautes autorités du pays. «Le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et le DGSN sont interpellés. La policière ayant commis cet acte barbare ainsi que ses responsables directs doivent être immédiatement relevés de leurs fonctions. Une enquête doit être diligentée pour savoir qui a donné cette instruction», a-t-il exigé.

L’écrivain Kamel Daoud s’est fendu, pour sa part, d’un texte percutant sur son compte Facebook pour dénoncer cet acte humiliant. «Le but est d’humilier, écraser, faire peur», charge-t-il. «C’est un scandale que des décennies de répression et d’Etat policier ont banalisé dans les mentalités. La police algérienne, même s’il ne faut jamais généraliser à toutes ses recrues, est ‘‘formée’’ pour traiter les civils comme une menace, un désordre, une plèbe.

Ce corps, comme d’autres, reproduit, sans en prendre conscience parfois, le mépris du régime pour les Algériens et surtout pour ses élites.

L’usage de la matraque, celui de la violence sont normalisés depuis toujours. Un policier trouve normal de reproduire ce comportement de colons qu’a le régime envers les ‘‘indigènes’’.» «Aujourd’hui, on déshabille des Algériennes dans un commissariat à Alger ; parce que c’est ainsi qu’ont été traités nos ancêtres», insiste-t-il.

Appels à l’ouverture d’une enquête

Autre voix qui mérite d’être entendue : celle de notre consœur Malika Abdelaziz Ziri, qui a mis l’accent dans une tribune diffusée sur les réseaux sociaux, sur la nécessité d’actionner la loi dans ce genre d’affaires en citant notamment l’article 107 du code pénal qui dispose : «Lorsqu’un fonctionnaire a ordonné ou commis un acte arbitraire ou attentatoire soit à la liberté individuelle, soit aux droits civiques d’un ou plusieurs citoyens, il encourt une peine de réclusion à temps, de cinq (5) à dix (10) ans.»

L’ancienne journaliste d’Algérie-Actualité ajoute : «Sylmia, sylmia, ça veut dire aussi bloquer les provocateurs embusqués dans les institutions, les tortionnaires planqués dans les fourgons et les commissariats… par le recours à la loi. La loi, ce n’est pas une partie à deux entre juges et avocats.

C’est aussi nous, société, partie civile, nos comités autour des victimes, nos aides à leur défense, nos plaintes formalisées, notre souci de justice, de vérité, d’application des sanctions pénales.»

Notons également la réaction d’Amnesty International. «Cette fouille ne se justifie en aucun cas», a déclaré l’ONG dans un communiqué. «Nous condamnons cet acte humiliant et dégradant qui porte atteinte à la dignité de ces militantes. Amnesty International appelle les autorités à l’ouverture d’une enquête impartiale et indépendante.»

Devant la tempête de récriminations soulevée par cette affaire, la sûreté de wilaya d’Alger est sortie de son mutisme pour nier toute «maltraitance» à l’encontre des militantes interpellées, justifie-t-elle, «dans le cadre d’une procédure sécuritaire préventive».

La police reconnaît néanmoins que les 4 citoyennes «ont subi une fouille corporelle, exécutée par une policière», avant de préciser : «Cette procédure conservatoire vise à délester la personne de toute matière ou outil qu’elle utilise contre elle-même ou un tiers.» Pas sûr que cela suffise pour excuser un comportement aussi dégradant. Affaire à suivre…

El-Watan.com