Bataille de Tripoli : La communauté internationale divisée

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Les intérêts respectifs divisent la communauté internationale sur le dossier libyen. Alors que l’Italie et la Grande-Bretagne ont condamné l’avancée de Haftar sur Tripoli, Trump et Al Sissi ont insisté sur le danger des Frères musulmans en Libye, et la France a réclamé de condamner l’alignement, dans la défense de Fayez Al Sarraj, de terroristes condamnés par le Conseil de sécurité.

La bataille de Tripoli se poursuit et s’intensifie face à une multitude de positions observées au sein de la communauté internationale, qui ont empêché, jusqu’ici, le Conseil de sécurité de voter des résolutions contraignantes. Il est clair, comme l’a senti le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, lors de sa rencontre avec Khalifa Haftar, que «ce dernier avait eu le feu vert de ses soutiens pour lancer son offensive». Lesquels soutiens empêchent toute condamnation explicite de leur allié. Le cessez-le-feu, réclamé par l’ONU, est tributaire d’un consensus entre ces positions, difficile à obtenir maintenant.

Intérêts multiples

La Libye est surtout valorisée par son statut de «station d’essence» pour les pays industriels, surtout l’Europe limitrophe. Jusqu’en 2011, ce sont surtout l’Italie, ancienne puissance coloniale, la Grande-Bretagne et, à un degré moindre, la Russie, qui se partagent les intérêts en Libye. Après la chute d’El Gueddafi, la situation a changé. La France se considère le sauveur de la révolution du 17 Février, puisqu’elle était à l’origine de la résolution du 18 mars 2011 du Conseil de sécurité, autorisant l’intervention internationale.

Le Qatar et la Turquie ont fortement soutenu les groupes armés islamistes et les gouvernements libyens imprégnés par cette tendance. L’Egypte, l’Algérie et la Tunisie se considèrent directement concernées par la sécurité en Libye et ont proposé le Plan Essebsi pour la transition en Libye. L’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis veulent eux soutenir la branche libyenne de l’islam soufi contre celle de l’islam politique, soutenue par le Qatar.

Sur le terrain, ces divergences se concrétisent dans des expressions de soutien aux camps présents en Libye. Ainsi, Khalifa Haftar est soutenu par l’Egypte limitrophe, soucieuse de contrer un éventuel soutien pour les Frères musulmans. Et ce n’est pas un hasard si le président égyptien Al Sissi a évoqué, mercredi dernier à Washington avec le président Trump, le danger des Frères musulmans en Libye.

Avertissement on ne peut plus clair pour Fayez Al Sarraj et son gouvernement d’union nationale, soutenu par les Frères musulmans, la Turquie et le Qatar. La France a indirectement soutenu Haftar en attirant l’attention de la communauté internationale sur les soutiens controversés d’Al Sarraj, comme ce terroriste Salah Badi et ce «PDG» impliqué dans la traite humaine, tous les deux cités dans une résolution du Conseil de sécurité de juillet dernier et condamnés par la justice libyenne. La position de Haftar est confortée par l’attitude française, puisqu’il assure combattre le terrorisme et le crime organisé.

Perspectives

Cette division internationale risque de faire prolonger la guerre. En effet, et comme l’a assuré un diplomate proche du secrétaire général de l’ONU, «en dépit d’un embargo de l’ONU sur les armes, chaque partie va demander de l’armement à ses soutiens pour pouvoir dominer l’autre bord, alors que la priorité absolue c’est un cessez-le-feu». Par conséquent, Antonio Guterres a demandé aux pays soutenant les belligérants libyens d’éviter une surenchère en armements pouvant alimenter des combats urbains meurtriers. Mais, «face à ce conflit d’intérêts, y a-t-il encore de l’espace pour la voix de la raison ?» s’interroge le juge libyen Jamel Bennour, plutôt pessimiste et considérant que «la guerre va se prolonger des mois, voire des années, à l’image que ce qu’avait connu Benghazi».

Pessimisme et peur caractérisent également la rue tripolitaine. «Je revois les visages d’Al Qaîda et les ténors de l’immigration clandestine des années 2014, 2015 et 2016, condamnés par les tribunaux», dit Salah, citoyen du quartier Aïn Zara, au milieu des combats du sud de Tripoli. Salah a dû emmener sa famille au quartier Hay Landelous, au centre de Tripoli. Même constat inquiet chez Mohamed, habitant près de l’aéroport international de Tripoli, qui appelle les habitants de Tripoli à «fuir les zones de combat, dès les premiers signes de tension». La population de Tripoli ne veut pas que leur ville soit détruite. Mais, les seigneurs de la guerre ont, semble-t-il, une autre vision, à moins d’un avertissement solennel de la communauté internationale.

El-Watan.com