Contestation antirégime au Soudan : Le système El Béchir se lézarde

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Contestation antirégime au Soudan : Le système El Béchir se lézarde

La pression s’accroît sur le président soudanais Omar El Béchir dont le régime commence à se lézarder. Outre le fait que les manifestations appelant à son départ se poursuivent, la police commence à basculer dans le camp de la population qui manifeste contre le pouvoir depuis le mois de décembre dernier.

Pilier du dispositif sécuritaire soudanais, la police a appelé mardi à une transition politique et annoncé vouloir l’union du «peuple soudanais (…) pour un accord qui soutiendrait un transfert pacifique du pouvoir». Elle a appelé ses forces à ne pas intervenir contre les manifestants, quelques heures après avoir tenté de les disperser. Ce sont des éléments de l’armée qui ont protégé les manifestants.

Le chef de l’Etat soudanais est également de plus en plus désavoué au niveau international. Les ambassades à Khartoum des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Norvège ont ainsi demandé la mise en place d’«un plan de transition politique crédible», appelant les autorités soudanaises à «répondre (aux) revendications populaires».

Malgré ces alertes, Omar El Béchir, 75 ans, au pouvoir depuis un coup d’Etat en 1989, ne semble toujours pas vouloir abandonner le pouvoir. Refusant toujours de démissionner, il a instauré le 22 février l’état d’urgence – et son cortège de mesures d’exception ­– à l’échelle nationale.

Il s’est enfermé dans une logique de confrontation avec la population. Preuve en est, son parti, le Parti du congrès nationaliste (NCP, en anglais : Nationalist Congress Party) a appelé l’ensemble de ses membres à un rassemblement de soutien au chef de l’Etat aujourd’hui à Khartoum.

La machine répressive soudanaise fonctionne aussi à plein régime. Au moins 38 manifestants ont été tués depuis le début de la contestation, dont sept samedi, selon les autorités.

Le principal leader de l’opposition, Sadek Al Mahdi, a lui affirmé que 20 personnes ont été tuées depuis samedi par des hommes armés portant des masques et s’attaquant chaque matin aux manifestants rassemblés devant le QG de l’armée.

Pour tenter de justifier toutes ces tueries, le commandement de l’armée soudanaise met en avant la nécessité de maintenir l’ordre pour éviter le chaos. «Les forces armées soudanaises comprennent les motifs des manifestations et ne sont pas contre les demandes et les aspirations des citoyens, mais elles ne laisseront pas le pays sombrer dans le chaos», a indiqué le ministre de la Défense, le général Awad Ahmed Benawf, selon l’agence officielle Suna.

Dans un communiqué, le général Kamal Abdelmarouf, chef d’état-major de l’armée, a précisé que celle-ci «continuait d’obéir à sa responsabilité de protéger les citoyens».

Cette remarque est sans doute destinée à démentir l’information selon laquelle l’armée commence à échapper à son contrôle. Du côté de la rue, la population est toujours déterminée à «faire tomber Omar El Béchir». Elle a continué hier, pour la 5e journée consécutive, de défier le régime devant le QG de l’armée.

Les manifestants tentaient de réunir des fonds pour assurer eau et nourriture à la foule restée devant le QG, alors que la température dépasse les 40°C à l’ombre, en journée, à Khartoum. Depuis samedi, les contestataires ont essuyé à plusieurs reprises les assauts du puissant Service de renseignement (NISS) et de la police antiémeute, qui ont tenté en vain de les disperser à coups de gaz lacrymogènes.

Un conseil a été formé par les organisateurs de la contestation pour lancer des négociations avec les forces de sécurité et la communauté internationale, dans le but de transférer le pouvoir à un «gouvernement de transition», a déclaré Omar El Digeir, membre de l’opposition. «Nous réitérons la demande du peuple de la démission immédiate du chef du régime et de son gouvernement», a-t-il dit.

El-Watan.com