Industrie de l’armement : La Turquie part à l’assaut de l’Afrique

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Industrie de l’armement : La Turquie part à l’assaut de l’Afrique

La Turquie n’est pas qu’un important acteur économique. La patrie de Mustafa Kemal Atatürk est aussi une puissance militaire qui repose sur une robuste industrie de l’armement. La preuve, les revenus de la défense et de l’aviation en Turquie ont bondi de 31% pour atteindre 8,76 milliards de dollars en 2018.

S’exprimant récemment lors d’une cérémonie de remise de prix à Ankara, le chef de la présidence de l’industrie de la défense (SSB), Ismail Demir, a annoncé que les exportations dans le domaine de la défense en Turquie ont augmenté aussi de 20%, pour atteindre 2,2 milliards de dollars au cours de la même période. «L’année dernière, nous avons dépensé 1,45 milliard de dollars pour la recherche et le développement dans le domaine de la défense», a-t-il ajouté, expliquant que le secteur emploie plus de 67 000 personnes.

Il paraît clair que le développement d’une industrie militaire renvoie donc chez les autorités turques à un changement de stratégie. La Turquie ne se contente plus d’assembler des pièces d’un armement ou d’un avion conçu par une entreprise étrangère. Elle a la volonté d’être un partenaire à part entière.

Aussi faut-il, pour vendre en Turquie, passer par des partenariats avec des entreprises locales. Les entreprises étrangères ont peu d’opportunités de remporter des appels d’offres directs. Cette politique ambitieuse implique cependant des investissements importants dans la recherche. Le 1,4 milliard de dollars investi dans la recherche en 2018 a irrigué des groupes publics, comme TAI ou Roketsan, ainsi que le millier de sous-traitants.

Naissance d’une industrie

Aselsan, société créée en 1975 spécialisée dans la production de systèmes de communication de guerre électroniques (EW), de surveillance (radars) et d’optronique IR, est l’autre vaisseau amiral de l’industrie de l’armement turque. Jugée très compétitive, la firme basée à Ankara investit une grande part de ses revenus dans la recherche et le développement pour améliorer régulièrement ses produits.

Pour cela, elle a tissé des partenariats avec des universités turques. «Auparavant, nous développions certains projets dans l’industrie de la défense dans la plupart du temps, dans le cadre d’octroi de licences ou de transfert de technologie. Mais depuis plusieurs décennies, nous avons lancé le développement de notre propre technologie.

Non seulement nous équipons l’armée turque, mais nous parvenons aussi à exporter nos produits partout dans le monde», explique Osman Devrim Fidanci, vice-président du département maketing d’Aselsan. Osman Devrim Fidanci rappelle qu’en décidant de lancer une industrie militaire, la Turquie voulait avant tout réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers.

Quarante années après, les Turcs sont passés d’importateurs d’armes à exportateurs. Preuve que d’importants efforts ont été consentis, leur industrie de la défense est même devenue l’une des plus dynamiques d’Europe. Avec des coups de production bas, la Turquie exporte depuis plusieurs années son armement au Moyen-Orient, en Asie et en Europe.

Considérée comme un exportateur émergent, Ankara s’est donnée comme objectif d’atteindre en 2023 le 10e rang mondial pour le chiffre d’affaires de ses industries militaires. Les industries militaires turques ont encore montré toute l’étendue de leur savoir-faire durant la Foire internationale de l’industrie de la défense (IDEF19) qui s’est tenue du 30 avril au 3 mai à Istanbul. Plus de 70 pays, 480 entreprises locales et 580 entreprises étrangères ont participé à cet événement de quatre jours organisé par le ministère turc de la Défense.

Environ 250 participants turcs sont des petites et moyennes entreprises (PME). Les visiteurs ont eu l’occasion d’y voir beaucoup de nouveautés. Y étaient exposés des véhicules de combat blindés, des véhicules blindés tactiques, des roquettes pour véhicules terrestres sans pilote, des armes de poing, des fusils d’assaut, des missiles guidés, des armes d’infanterie, des drones, des systèmes de communication, des simulateurs militaires et des équipements de neutralisation d’explosifs, lors de la foire géante. De nombreux représentants de pays y sont également venus faire leurs «emplettes», surtout que l’armement turc a la réputation d’être de qualité et peu cher.

Les drones, les stars

Cette année, il a été observé une forte demande sur les systèmes anti-drone. Pourquoi ? Depuis deux ou trois années, les terroristes utilisent des drones pour frapper, pour recueillir des renseignements sur leurs cibles. Il s’agissait donc de trouver des parades à cette nouvelle menace.

Ce qui fut fait. Le marché de la défense anti-drone s’est d’ailleurs développé assez rapidement ces derniers mois. Voulant évidemment se placer sur ce segment de marché, Roketsan a développé son propre système anti-drone.

La firme l’a dévoilé justement lors de l’IDEF19. Baptisé Alka (DEW), il fonctionne à énergie dirigée et est capable de détruire ou de désactiver les drones hostiles. Roketsan, explique-t-elle, a développé Alka en réponse à des vagues d’attaques de drones ayant visé les forces armées turques.

Il fut procédé également lors de l’exposition à la signature d’un contrat portant sur la production en série d’Altay, premier char de combat fabriqué en Turquie et par la Turquie. Il est le fruit d’une association entre la crème des entreprises d’armements turques : BMC, Aselsan, Roketsan, la MKEK et Havelsan. Altay est une nouvelle génération de chars de combat.

La présidence des industries de défense (SSB) a également conclu un protocole avec Turkish Airlines (THY) pour une coopération logistique et un accord avec Aselsan pour des systèmes radar à basse altitude.

Pour répondre aux besoins des forces armées ukrainiennes, Aselsan et SFTE Spets Techno Export, une filiale du groupe industriel de défense ukrainien Ukroboronprom, ont signé des contrats portant sur la vente de radios militaires dotées de logiciel Aselsan et la fourniture de la caméra thermique du même fabriquant pour des systèmes de missiles antichars.

Aselsan est l’exemple type des sociétés turques qui ont réussi, en peu de temps, à s’imposer à l’internationale. Après s’être établie au Moyen-Orient et en Asie, l’entreprise se fixe maintenant pour défi de gagner des parts de marchés en Afrique.

Elle commence à y parvenir, puisqu’elle a décroché quelques contrats avec la Tunisie et l’Algérie. Des discussions sont entamées également avec le Maroc. Mais la tâche n’est pas aisée face aux constructeurs américains, russes, chinois ou français qui présentent de solides bases sur le continent.

Justement, pour passer cet écueil et lier des partenariats pérennes avec les pays de la région, Aselsan se dit «prête à partager sa technologie». De taille, l’argument ne laissera certainement pas indifférents, surtout que les budgets défense des nombreux pays africains sont souvent très limités.

El-Watan.com
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