Quelques propositions pour la poursuite du changement actuel en Algérie

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A l’heure actuelle, il est très difficile de donner un avis ou faire un commentaire sans qu’il soit déjà en décalage important par rapport à la réalité, tant les événements dans le pays se précipitent à une vitesse vertigineuse.

Nous avons donc pensé qu’il est peut-être utile, en lieu et place de ces avis momentanés certes nécessaires et indispensables, d’essayer d’apporter une sorte de petite contribution-cadre sur les suites à donner à ce mouvement.

C’est une contribution faite dans le but d’aider éventuellement à mieux avancer, mais surtout d’avancer sûrement. Mais avant d’aller dans ces propositions concrètes, il nous a paru nécessaire et utile d’abord d’essayer, un tant soit peu, d’une part, de décrire quelques-unes des principales caractéristiques de ce mouvement et, d’autre part, de résumer ses revendications exprimées pour tenter de mieux éclairer les propositions qui seront avancées.

A propos des caractéristiques du mouvement, force est de constater avant tout qu’il a pris au dépourvu tout le monde. Quel que soit l’élément déclencheur, il a spontanément et surtout massivement gagné toutes les franges et les composantes de la société à travers tout le territoire national, en touchant même des catégories sociales traditionnellement peu enclines à la protestation massive de rue. Fait aussi très significatif, c’est un mouvement qui a mobilisé la cellule même de la société : la famille avec père, mère, enfants et grands-parents.

Les manifestations se succèdent à un rythme soutenu, rarement, voire jamais observé dans le monde. Durant la semaine, ce sont des catégories sociales qui déferlent, le vendredi c’est toute la population qui descend dans la rue. Sa jeunesse et son pacifisme ont ébahi le monde entier. Le numérique a joué un rôle majeur.

L’opposition classique a pris un train en marche. Le système encore en place qui louvoie en essayant de gagner du temps cherche en vain l’essoufflement de ce mouvement, essoufflement pratiquement impossible car toute la population y est engagée.

Au plan des revendications et des mots d’ordre clamés ou écrits, cœur de la problématique, sans les passer tous en revue, nous nous permettons de résumer uniquement ceux qui, selon nous, paraissent les plus dominants. Nous en citerons trois sans ordre chronologique. La première revendication, et de loin la plus importante, est le rejet global du système et de tout ce qui l’entoure ou le soutient (ses hauts responsables, les partis dits du cercle présidentiel…).

La deuxième a été le refus du 5e mandat, puis du prolongement du 4e mandat de l’ex-président et l’appel pour une IIe République. La dernière est l’acclamation de la fraternité entre l’armée et le peuple. C’est donc à la lumière de ces caractéristiques très synthétiques du mouvement et du résumé de ses revendications que nous essayerons d’avancer d’une façon stratégique quelques propositions dans un ordre de priorité mais de développement concomitant.

Premièrement, tant que la transition n’a pas été formalisée et n’a pas pris sa vitesse de croisière, maintien et développement des manifestations pacifiques massives de rue à chaque fois que cela est nécessaire.

C’est le rempart irremplaçable de toute déviation ou démobilisation. Vingt millions de citoyens souvent en famille dans la rue est une force inébranlable.

Deuxièmement, organisation et coordination plus élevées et structuration de ce mouvement notamment des jeunes pour acquérir davantage de force pour le soutien constant du processus de changement structurel en cours.

Troisièmement, tous les efforts doivent être déployés pour que toutes les institutions restent fonctionnelles.

Quatrièmement, refus de tout processus même institutionnel à même de récupérer la situation d’une façon ou d’une autre par le pouvoir actuel.

Cinquièmement, une transition démocratique s’impose. Les conditions de ce mouvement l’exigent non seulement pour passer de l’ancien système à l’édification du nouveau, mais également pour éviter le chaos et permettre au pays de rester debout et fonctionnel. Les débats autour de cette transition devenue aujourd’hui la préoccupation centrale du mouvement ont démarré.

De très nombreuses propositions sur le mode de cette transition sont quotidiennement avancées par toutes sortes de personnes ou de partis. De celles qui respectent la Constitution actuelle avec commission électorale indépendante acceptée par le peuple en passant par celles qui passent par un Comité présidentiel de l’Etat algérien ou par un Haut comité de transition et bien d’autres propositions de Convention ou de voie constitutionnelle réinterprétée, les idées foisonnent.

Notre but dans cet article n’est ni d’en faire un listing exhaustif, ni d’en proposer de nouvelles, encore moins de les analyser ou d’opter pour l’une d’entre elles, mais d’insister sur la nécessité, voire l’urgence d’avancer sur le plan de cette transition.

Compte tenu de la richesse de ces nombreuses idées, la nouvelle question importante et urgente n’est plus de réfléchir encore et encore sur les propositions, mais plutôt de trouver le cadre idoine qui permettra la discussion nécessaire pour adopter par consensus une forme de transition. C’est cette étape qu’il faut désormais et impérativement réussir. Même si elle n’est pas facile, elle est la seule voie réaliste à même de continuer le mouvement de la façon la plus constructive.

Le peuple a donné la force et les moyens nécessaires à l’opposition au sens global du terme (partis d’opposition, associations, syndicats autonomes, personnalités…) pour être aux premières loges, c’est désormais à cette opposition d’être à la hauteur de cette opportunité historique unique en Algérie.

C’est à elle qu’incombe la lourde tâche de trouver ce mode de transition consensuel qui répond au mieux à cette mobilisation énorme du peuple. L’une des meilleures voies pour atteindre cet objectif, selon nous, c’est une Initiative que doit prendre (ou appelée à prendre) l’une des personnalités les plus en vue, respectées, intègres et rassembleuses pour réunir dans une sorte de coordination toutes les parties impliquées par ce mouvement d’opposition et décider d’une façon consensuelle du mode et organisation de la transition et de veiller à ce que toutes les institutions continuent à fonctionner normalement.

De taille fonctionnelle, sous la houlette de la personnalité qui prendra l’Initiative (ou appelée à le faire), ce groupe sera composé de jeunes (fer de lance du mouvement) et de personnes issues de toute l’opposition actuelle souhaitant y participer (personnalités diverses non structurées, intellectuelles, membres de partis, syndicats autonomes, associations dont celles de femmes…).

C’est le moment de s’entendre, de se dépasser, de se transcender pour se hisser à la hauteur de ce fantastique mouvement. Il n’y a pas de vérité, seul le consensus balisé par les aspirations du peuple (démocratie,

Etat de droit, séparation des pouvoirs, égalité, liberté…) prime. Le chemin est long et difficile. Il faut impérativement éviter les erreurs du passé. Il ne faut rien mystifier. La réussite est à la portée du peuple, de ceux qui vont commencer à le représenter et de l’armée.

 

Par le Dr Abdelhak Bendib , [email protected]

El-Watan.com