Après la tonne de cocaïne saisie à Oran et Skikda : L’Algérie devient-elle la nouvelle route de «la blanche» ?

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Même si la quantité de cocaïne (1,15 kg) découverte mercredi dernier dans un container à l’entrepôt sous douane, de Khemis El Khechna, wilaya de Boumerdès, reste infiniment moins importante que celles saisies à Oran (701 kg) ou à Skikda (300 kg), l’affaire suscite de lourdes interrogations.

D’abord sur les circonstances de cette découverte par des douaniers qui auraient agi sur la base de renseignements. Le sachet de poudre blanche (bien visible) se trouvait dans un container frigorifique, bourré de cartons de matière première destinée à la fabrication d’une marque de fromage bien connue sur le marché algérien appartenant à un député. La marchandise a été importée de la Hollande et a fait escale à Vallence, en Espagne avant d’être acheminée au port sec de Khemis El Khechna, à Boumerdès, où elle était en attente de dédouanement depuis une semaine.

Cette escale en Espagne, nous rappelle, étrangement, celle effectuée par le navire MS Vega, appartenant à la même société de transport maritime, qui avait assuré, l’acheminement de la cargaison de viande congelée de Kamel Chikhi (en détention) du Brésil jusqu’en Algérie, et dans laquelle étaient dissimulés les 701 kg de cocaïne. Y a-t-il un lien entre les deux affaires ?

On n’en sait rien. Pour l’instant, l’enquête n’est qu’à son début entourée d’une grande discrétion, surtout après qu’elle ait été confiée aux services de la Gendarmerie nationale et particulièrement de la sécurité intérieure. Des sources proches du dossier trouvent «troublante» cette affaire.

Certains n’hésitent pas à privilégier la thèse du règlement de comptes entre producteurs de fromage. «L’importateur a une part très importante du marché, il est probable que toute cette affaire soit montée pour détruire sa marque», expliquent nos interlocuteurs, en précisant qu’«une telle quantité pouvait être facilement dissimulée, mais elle ne l’était pas.» Mais d’autres sources restent plutôt sceptiques.

«A raison de 14 000 à 15 000 DA le gramme, un kilogramme de cocaïne vaut entre 14 et 15 millions de dinars. Ce montant est insignifiant pour ce producteur de fromage. Son chiffre d’affaires est très important. Cependant, on peut privilégier la thèse de la consommation personnelle, mais là, il faudra le prouver. Pour l’instant l’enquête n’est qu’à son début.

Les premiers éléments obtenus à ce stade des investigations n’ont rien apporté de concret, aussi bien sur les activités de l’importateur que sur la présence de la drogue à l’intérieur de son container», notent nos sources. Entre les avis des uns et des autres, il y a une réalité que personne ne peut ignorer. Alors qu’elle était connue comme un pays de transit pour la résine de cannabis, produite au Maroc, l’Algérie risque de se transformer en nouvelle route (transit) pour le trafic des drogues dures latino-américaines.

Habitués aux petites quantités de poudre blanche saisies dans les régions sud du pays, souvent sur des ressortissants subsahariens qui la commercialisent pour financer leur voyage vers l’Europe, les services de sécurité sont de plus en plus confrontés à des volumes importants de drogues dures au Nord, tantôt dissimulées dans des containers de marchandises, tantôt renvoyées par la mer sur les côtes. Les spécialistes sont de plus en plus nombreux à alerter sur cette nouvelle route que les trafiquants des drogues dures latino-américains ont instituée en Méditerranée, en utilisant les réseaux mis en place par les trafiquants de cannabis marocains. Les spécialistes expliquent ce redéploiement par les difficultés que rencontrent les narcotrafiquants dans la région sahélo-sahélienne, et en Afrique de l’Ouest, à acheminer leurs marchandises, qui a connu un boom en matière de production durant 2016 et 2017. La découverte des 701 kg sur le navire Vega Mercury, dissimulés dans une cargaison de viande congelée, a certes surpris plus d’un, même s’il ne s’agissait pas de la première opération du genre.

Il y a quelques années, 200 kg de cocaïne, importés par une entreprise publique et déclarés comme poudre de lait, avaient été découverts dans un entrepôt sous douane à Baraki, et l’enquête n’a jamais pu expliquer les circonstances de cette affaire. Une autre, similaire, avait été déclenchée à la suite d’une information transmise par les autorités espagnole, faisant état d’une quantité importante de cocaïne, importée par une société privée spécialisée dans l’importation de sanitaire. Soulevées par le mauvais temps, les vagues ont, il y a quelques jours, renvoyé sur la côte de Skikda près de 300 kg de cocaïne, abandonnés dans des sacs hermétiques.

A ce jour, aucune des enquêtes ouvertes sur ces affaires de drogue dure n’ont pu élucider leur origine, leurs propriétaires et surtout leurs destinataires. Peut-on dire que les côtes algériennes sont sur le point de devenir des zones de transit pour la drogue latino-américaine ? La question reste posée tant que les affaires des 701 kg, des 300 kg et des 200 kg de cocaïne, pour ne citer que celles-ci, ne mettent pas la lumière sur les réseaux de narcotrafiquants.

El-Watan.com