Arezki Mekliche. Maître de conférences à l’ENSA : «Le recours au partenariat public-privé pourrait être un début de solution si…»

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Arezki Mekliche. Maître de conférences à l’ENSA : «Le recours au partenariat public-privé pourrait être un début de solution si…»

Que pensez-vous de la situation des fermes pilotes ? Ont-elles joué le rôle attendu d’elles par les pouvoirs publics ?

Il est important de noter que, malheureusement, les fermes dites pilotes n’ont, en réalité, de pilote que le nom. Elles n’ont pas pu jouer le rôle qui leur a été dévolu pour plusieurs raisons : pas de moyens, pas d’encadrement scientifique et managérial et, par-dessous tout, pas de liberté de décision.

Le gestionnaire est tenu de répondre à des directives bureaucratiques sans aucun lien avec la gestion d’une entreprise agricole dont la prise de décision doit être rapide et responsable. Or, c’est tout le contraire qui oblige le gestionnaire, à tout instant, à se référer à une hiérarchie noyée, elle-même, dans des lourdeurs bureaucratique indescriptibles.

Ces simples indications, sans sortir de Saint-Cyr, donnent un aperçu sur la situation actuelle des fermes pilotes. Nous sommes de ceux qui croient que les entreprises agricoles ne peuvent pas être gérées de façon bureaucratiques. Seule une autonomie réelle de gestion et de décision pourrait permettre un réel développement de ces fermes dites pilotes.

Sans entrer dans les détails de la situation des fermes pilotes, il est de notoriété publique que les fermes situées dans des environnements difficiles (proximité des villes, urbanisation) sont les plus touchées par l’envahissement du béton. Il faut s’interroger sur l’appui des pouvoir publics aux gestionnaires dans la préservation des terres agricoles.

Le gouvernement a opté pour des partenariats public-privé pour une meilleure exploitation des fermes. Est-ce une bonne solution ?

Le recours au partenariat public-privé pourrait être, effectivement, un début de solution, à court terme, pour au moins mobiliser des capitaux et, surtout, favoriser la fluidité dans la prise de décision sans laquelle rien n’est possible dans le domaine biologique. Le choix du partenaire est fondamental dans le succès de cette opération ; la minorité constituée par l’Etat doit être vigilante dans la bonne gestion de l’exploitation et ne pas apparaître comme un frein.

La formule idéale pourrait être une location, à long terme, à des groupes bien structurés et ayant fait leur preuve dans la production agricole. Ces groupes peuvent être nationaux ou internationaux. Il va, sans dire, que la définition des cahiers des charges doit être rigoureuse et l’application suivie par un organisme de l’Etat dont les responsabilités seront bien établies.

Le bilan de certains partenariats est très mitigé. Ce qui a incité le gouvernement à les annuler. Qu’est-ce qui n’a pas marché, selon vous ?

Certains partenaires, ayant une capacité managériale certaine, ont réussi bien au-delà des objectifs fixés. Ils ont innové et transformé radicalement l’exploitation dont ils sont partenaires en ayant recours à des compétences nationales et internationales, en mobilisant des capitaux appropriés.

Par contre, d’autres partenaires, qui sont plus attirés par des objectifs inavouables, et misant, sans doute, sur la faiblesse de l’Etat, ont pu accéder effectivement à un partenariat dont ils n’ont pas pu respecter les cahiers de charges. Ici, le rôle de l’Etat, au sens noble, doit être défini avec beaucoup de rigueur en désignant nommément le responsable qui doit suivre chaque exploitation.

Il y a quelques mois, une polémique est née quant au profil des éventuels futurs partenaires ; quels sont les critères devant être pris en considération pour réussir l’opération ?

En partant du postulat que l’Etat doit veiller à la bonne gestion des fermes pilotes dont il est propriétaire, il doit être capable, à tout instant, de faire respecter les cahiers des charges, il ne semble pas y avoir de crainte à ouvrir la gestion des fermes au partenariat public/privé (national ou international). L’Etat dispose, actuellement, de suffisamment de données concernant les bons et les mauvais partenaires, il suffit de ne pas refaire les mêmes erreurs.

Il existe, en Algérie, et ailleurs en international, des groupes spécialisés dans des productions agricoles bien déterminées (élevage, arboriculture, céréaliculture, etc.) dont les performances sont connues dans leur domaine. Pourquoi ne pas privilégier ces groupes ? Sans tabou aucun.

Les potentialités naturelles, au niveau de la plupart des fermes pilotes, sont considérables, l’Etat doit prendre ses responsabilités pour une bonne exploitation.

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