Asie du Sud-est : Dangereuse escalade entre l’Inde et le Pakistan

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Asie du Sud-est : Dangereuse escalade entre l’Inde et le Pakistan

L a tension est montée d’un cran, hier, entre l’Inde et le Pakistan. Les deux pays ont chacun affirmé avoir abattu des avions ennemis.

Les événements ont commencé à se précipiter dans la région quand l’armée indienne a assuré, mardi, avoir mené un raid contre un camp d’entraînement au Pakistan du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed (JeM), qui avait revendiqué un attentat-suicide au Cachemire indien, ayant causé la mort d’au moins 40 paramilitaires indiens le 14 février.

Des observateurs soutiennent que le Premier ministre indien, Narendra Modi, a autorisé le raid sous la pression de son opinion publique qui exigeait de venger les victimes de l’attentat. Narendra Modi, rappellent les mêmes sources, cultive son image d’homme fort et briguera au printemps un second mandat, suggérant par là qu’il a agi par calcul électoral. Quoi qu’il en soit, Islamabad avait aussitôt dénoncé une «agression intempestive» et promis d’y répondre «à l’heure et à l’endroit de son choix».

Il s’agit de la première crise diplomatique majeure pour le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, entré en fonction l’été dernier, et qui avait jusqu’ici plaidé pour le dialogue avec New Delhi. M. Khan a rappelé avoir «immédiatement proposé» l’aide du Pakistan dans l’enquête après l’attentat. «Mais je craignais que l’Inde ne recoure à une action quelconque, nous obligeant à répondre», a-t-il ajouté.

La communauté internationale redoute maintenant fortement un réveil du vieux conflit entre les deux frères ennemis d’Asie du Sud autour de la région poudrière du Cachemire.

Offre de négociations

Mais Islamabad a assuré qu’elle ne voulait pas de confrontation avec New Delhi. Le Pakistan «ne veut pas aller vers la guerre» avec l’Inde, a assuré hier le porte-parole de l’armée lors d’un point presse. Les forces armées pakistanaises ont affirmé néanmoins avoir abattu deux avions indiens dans l’espace aérien pakistanais et arrêté deux pilotes indiens, dont l’un d’eux a été conduit à l’hôpital. New Delhi a, de son côté, annoncé peu après avoir abattu un avion pakistanais au Cachemire.

Le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a renouvelé de son côté son offre de «négociations» avec l’Inde. «J’invite une nouvelle fois l’Inde à venir à la table des négociations. Nous sommes prêts pour tout dialogue sur le terrorisme ou toute question», a-t-il déclaré lors d’un bref discours télévisé.

«Pouvons-nous nous permettre le moindre mauvais calcul avec le genre d’armes que nous avons et que vous avez ?», a-t-il interrogé en référence à l’arsenal nucléaire des deux pays. «Si l’escalade commence ici, jusqu’où cela ira-t-il ?» a-t-il lancé.

Plus tôt hier, la ministre indienne des Affaires étrangères, Sushma Swaraj, avait elle aussi semblé plaider l’apaisement, soulignant, lors d’un déplacement en Chine, que «l’Inde ne souhaite pas d’escalade» et «continuera à agir avec responsabilité et retenue». Sushma Swaraj a assuré, en outre, que l’opération de mardi n’était pas militaire, car «elle ne visait pas d’installations» militaires pakistanaises.

Appels au calme

Les appels à l’apaisement lancés autant à Islamabad qu’à New Delhi sont difficiles à prendre au sérieux, étant donné que la situation reste extrêmement volatile sur le terrain. Elle peut déraper à n’importe quel moment. Preuve en est, le Pakistan a fermé son espace aérien «jusqu’à nouvel ordre».

Dans la matinée, Islamabad avait également annoncé avoir «procédé à des frappes à travers la Ligne de contrôle», ligne de cessez-le-feu qui sert de frontière de facto entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire, «depuis l’espace aérien pakistanais». «Ce ne sont pas des représailles. Les cibles visées sont non militaires», avait insisté la diplomatie pakistanaise : «Le seul objectif est de démontrer notre droit, volonté et capacité à l’autodéfense.» En Inde, au moins 9 aéroports de la pointe nord du pays ont été fermés aux vols civils, selon l’agence Press Trust of India.

Face à la dangereuse évolution de la situation, les Etats-Unis ont appelé les deux puissances nucléaires à «la retenue», en exhortant Islamabad à agir contre les «groupes terroristes» sur son sol. «Nous encourageons l’Inde et le Pakistan à faire preuve de retenue et à éviter une escalade à tout prix», a dit le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, précisant s’être entretenu avec les ministres indien et pakistanais des Affaires étrangères.

La demande est la même du côté de la Russie, de l’Union européenne et de la Chine : «Nous avons à cœur que l’Inde et le Pakistan puissent entretenir des relations de bon voisinage et amicales. Nous espérons que l’Inde et le Pakistan prendront des initiatives propices au dialogue, avanceront l’un vers l’autre et s’efforceront d’assurer durablement paix et stabilité en Asie du Sud», a réagi le Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Par le passé, l’Inde et le Pakistan se sont livrés trois guerres.

Deux d’entres elles ont concerné le Cachemire, une région en majorité peuplée de musulmans qui demande son indépendance. Ce territoire est divisé entre ces deux pays qui la revendiquent chacun depuis leur indépendance de l’empire colonial britannique en 1947.

El-Watan.com