Ath Smaïl (Béjaïa) : De Tergregt à New York

  • 3 jours il y a
  • 6 Vues
  • 0 0
Ath Smaïl (Béjaïa) : De Tergregt à New York

Venus des quatre coins du pays, des étudiants, porteurs d’idées, s’engagent dans une compétition : à qui lancera le meilleur projet de start-up. Ce sont les Techstars global Start-up week-end (TGSW) organisées par l’association féminine scientifique Amzur d’Ath Smaïl, et que sponsorise, entre autres, Google For Entrepreneurs. Cornaqués par des coachs et des mentors chevronnés, les étudiants s’attellent à rendre leurs projets fiables et réalisables.

Le meilleur projet ira représenter l’Algérie à une compétition mondiale dans la ville de New York. Cela se passe à Tergregt, chef-lieu de commune d’Ath Smaïl, région montagneuse enclavée mais avec un fort potentiel touristique. Il est peut-être temps de mettre les nouvelles technologies numériques au service de notre terroir pour s’inventer une nouvelle économie, semblent nous dire ces jeunes. Reportage.

Dans la grande salle de lecture d’une bibliothèque communale, des groupes d’étudiants sont penchés chacun sur son ordinateur personnel depuis trois jours. Les discussions sont animées et l’ambiance est tantôt studieuse, tantôt bon enfant. Travaillant en équipes de 4 à 5 personnes, ils sont occupés à dessiner les contours de demain et inventer un futur simple. Des applications qui facilitent ou simplifient la vie, ou bien encore les produits de consommation des futures générations.

Ces petits services qui révolutionnent la vie quotidienne, comme commander un taxi à partir de son téléphone ou trouver un spectacle pour votre week-end ou un quelconque objet utilitaire au meilleur prix. Nous sommes dans un incubateur d’entreprises, un accélérateur de start-up et ces petits génies de l’informatique ou des nouvelles technologies sont venus des quatre coins de l’Algérie. Ils se sont retrouvés, l’espace d’un week-end, au pied du mont Adrar n’Fad à Ath Smaïl. Une petite commune nichée au milieu d’un paysage déchiqueté de pics de montagne et des ravins abrupts, comme seuls les Babors savent en faire. En effet, Tergregt, le chef-lieu de la commune, abrite les Techstars Global Start-up Week-end. Derrière cet anglicisme un peu rébarbatif se cache une compétition d’idées innovantes dans le domaine de l’entrepreneuriat. Il est question de marketing, business, design, etc.

Sites naturels et produits du terroir

Des start-up dans une région plutôt connue pour la beauté de ses paysages et ses produits du terroir, avouez que c’est plutôt inhabituel, mais derrière cette audacieuse association qui prend à contre-pied bien des clichés, se cache une jeune association féminine scientifique dénommée Amzour (La tresse). Créée par des jeunes universitaires de la commune, Amzour ambitionne de changer quelque peu la situation de la femme à Ath Smaïl pour mieux l’intégrer dans la société et la projeter dans le monde de demain.

«C’est le problème qui crée l’idée», soutient Thiziri, l’une des membres d’Amzour. «Nous avons un grand potentiel à Ath Smaïl. Les femmes produisent beaucoup de choses : de la poterie, du tissage, des produits du terroir, des produits culinaires authentiques, etc. Il faut digitaliser et aider les gens à avoir une stratégie marketing, un site-web pour plus de visibilité au niveau national et international. Beaucoup d’idées simples peuvent aboutir à de belles entreprises prospères», soutient Thiziri, team-leader du projet qui a déjà participé à ce genre d’événement.

Les étudiants vont d’abord «pitcher», c’est-à-dire exposer leurs idées individuellement. Puis, on passe au vote des participants et des coachs et les idées qui recueillent le plus de suffrages sont retenues. On forme ensuite des groupes polyvalents avec un designer, un developper, etc. pour que ces idées deviennent des projets réalisables. Chaque groupe travaille ensuite sur son idée et est accompagné par les coachs et les mentors. Vers la fin du week-end, chaque groupe expose son projet devant le jury qui délibère. Le projet retenu rentre dans la présélection pour représenter l’Algérie au niveau international, car cette compétition se déroule aussi dans 5 autres wilayas.

Représenter dignement l’Algérie

«L’année passée, l’Algérie avait décroché un grand prix international à Paris avec les Start-up week-end for women grâce à une application pour automobile qui détecte la présence de chameaux sur les routes du désert. Cette année, les équipes gagnantes vont représenter le pays à New York», dit Thiziri qui précise au passage qu’il existe une communauté de TGSW nationale avec 4 facilitateurs.

Dans la salle de la bibliothèque, on cogite à tout-va. Dans le groupe 5, on travaille sur un casque AR (Augmented reality) pour les enfants qui ont la phobie des injections. Le casque diminue la peur de la fameuse piqûre en présentant à l’enfant une réalité virtuelle avec un personnage de BD ou un héros qui permet de le distraire. Ils sont quatre à plancher sur le projet : Hamza Yassaad, 24 ans, étudiant en médecine à Constantine ; Kheirdine, 26 ans, étudiant à Blida en électronique des systèmes embarqués ; Charafedine, 19 ans, étudiant en automatique et informatique industrielle, et Mohamed Al Mahdi, 19 ans, également étudiant en 3e année informatique.

Dans le groupe 7, on travaille à recycler le marc de café en produits cosmétiques et de soins corporels. Shampooing, exfoliant, traitement anticellulite, soins du corps, etc. «Le marc de café est toxique à l’air libre. Il émet des gaz toxiques. Notre projet a donc une utilité écologique et commerciale», explique l’un des étudiants en charge du projet.

Dans le groupe 2, on cherche à fabriquer des compléments alimentaires à partir du lactosérum. Un liquide disponible en grandes quantités dans les laiteries, mais qui est jeté après la production de lait et de fromage. Dans le groupe 8, il est plutôt question de tourisme rural et solidaire : créer un projet touristique à Ath Smaïl en s’appuyant sur les sites naturels de la région et ses nombreux produits du terroir.

Des idées à la pelle

Le groupe 1 travaille sur une application qui s’appelle SeqssiMe qui se propose d’aider les clients des supermarchés à trouver en un clic le produit qu’ils recherchent. Smaïl, 21 ans, membre du Computer science community club (CSCC) de Blida, explique que l’appli mobile permet de savoir si un produit est disponible dans les grandes surfaces du voisinage. Un autre groupe travaille sur une appli qui s’appelle Happy Baby. Une application qui propose de guider et conseiller les femmes durant leur grossesse avec à la clé la géolocalisation des médecins gynécologues notés par leurs patientes et un forum de discussion des femmes enceintes qui partagent infos, conseils et astuces.

Selon Sadek Rabaï, le président d’APC, la commune d’une superficie de 28 km2 compte une vingtaine de villages pour une population globale de près de 16 000 habitants. Tergregt, le chef-lieu de commune, est à 600 mètres d’altitude. «Nous sommes une région touristique par excellence avec beaucoup de sites naturels, notamment le mont Takkoucht qui culmine à 1890 mètres d’altitude et qui compte des peuplements de chêne vert et de cèdre de l’Atlas. A partir de ce sommet, on a la possibilité de découvrir un magnifique panorama qui couvre toute la ville de Béjaïa et la mer Méditerranée», dit le P/APC.

De passage à Tergregt, Khodir Madani, professeur à l’université de Béjaïa et spécialiste des industries agroalimentaires, est ravi de découvrir cette pépinière de talents. «Je suis quelqu’un qui regarde de très près les avancées et les innovations technologiques orientées vers les industries agroalimentaires. Nous avons là un bel exemple que notre jeunesse peut s’unir pour chercher des idées en innovant dans les technologies. Cela veut dire que la relève est bien assurée», dit-il. «C’est un cadre mondial et ce sont les USA qui organisent, mais Béjaïa est dotée actuellement d’un centre national de recherche en industries agroalimentaires et je pourrai trouver des idées assez palpitantes pour les orienter vers ce centre», conclut le professeur Madani.

«Les jeunes porteurs de projets viennent de partout. C’est un défi qu’ils vont relever, pitcher, trouver une idée en 54 heures, développer une vraie start-up, un projet solide avec des objectifs très réalistes, le décrire et faire un model business ou un business plan et nous on les accompagne pendant tout le processus. Ils vont le présenter devant un jury et il y aura une seule équipe gagnante qui va représenter l’Algérie à New York. Cela nous redonne espoir de voir tous ces talents et ces potentialités», estime Mme Djebari, consultante dans l’agroalimentaire et l’une des organisatrices de ces TGSW. Entamées un 1er novembre, comme un clin d’œil à la Révolution de leurs grands-parents, les jeunes étudiants des TGSW veulent peut-être envoyer un message aux Algériens qu’il est grand temps de passer à autre chose : la révolution numérique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

El-Watan.com