Confiscation, usurpation et putsch

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Confiscation, usurpation et putsch

travers le refus à un 5e mandat, le peuple algérien a montré au monde entier qu’il est en train d’afficher sa colère et de crier son mécontentement contre un régime politique et ses hommes en place depuis 20 ans. Tous les pays admiratifs témoignent par solidarité à cette marque de fabrique inédite dans l’histoire contemporaine.

Des manifestations pacifiques sont organisées et suivies par des millions de citoyens dans tout le pays, sans leadership, en l’absence de toute opposition politique unie, vidées de toute forme fanatique et de dogmatisme. Ces soulèvements populaires convergent et s’orientent vers un seul objectif : le changement du pouvoir et le départ de ses détenteurs. Le peuple espère voir d’autres Algériens compétents, limpides et aptes à prendre en main son destin. Dans ce but, la transition proposée ne se fera qu’avec des patriotes irréprochables et en aucun cas avec la majorité des hommes du pouvoir actuel.

Et par la suite, la souveraineté du pays sera conduite par des cadres irrépréhensibles. Ils (elles) auront pour missions le respect des institutions, la préservation des droits et des devoirs de chaque Algérienne et chaque Algérien et le partage des richesses d’une manière équitable. C’est à eux seuls d’organiser et de procurer les nouveaux outils démocratiques dans la gestion du pays, comme c’est le cas en Espagne, en France, en Argentine, en Angleterre, en Afrique du Sud… Et si, aujourd’hui, le socle de nos institutions est à plat pour vivre cette mutation, c’est à cause d’une perpétuation d’un pouvoir unique.

A titre de rappel, sans tarder et sans ressasser, les historiens feront le reste. Si, actuellement, l’Algérie vit cette crise politique grave et imposée d’en haut, c’est à cause de la démagogie des politiques grossistes d’hier, des mandats présidentiels en lots. C’est aussi la faute aux gardiens du temple, qui ont défendu bec et ongles l’initiative d’un 3e et d’un 4e mandats, même lorsque tout semblait les discréditer.

C’est l’entrée par effraction des prétendants républicains sur la scène politique, dans les affaires et à la tête des partis politiques. Evidemment, sans citer d’autres, qui ont préféré l’intérêt personnel : des biens immobiliers, des crédits bancaires, de l’importation de bazar, de la spéculation financière et des avantages fiscaux à la pelle comme contrepartie pour promouvoir la révision de la Constitution en 2002 et en 2008 afin de garder M. Bouteflika au pouvoir.

A présent, non seulement nous avons un Président à vie, mais nous avons aussi une nomenklatura, une monarchie et une mafia. Les trois en un. Par la validation du changement de l’article qui limite les mandats présidentiels à deux, les partenaires politiques du Président d’hier sont devenus ses opposants conditionnels de maintenant. S’ils ne sont pas hués par le peuple dans les manifestations, ils sont entre le marteau et l’enclume.

Et à peine s’ils lèvent le doigt sans être montrés du doigt. L’histoire de l’Algérie ne pardonnera plus, surtout depuis le 22 février 2019, car elle est en train de s’écrire par mot, par image et montrée en direct au monde entier. Suite aux précédents changements de la Constitution pour garder un seul pouvoir durant 20 ans, nous avons sur la table une crise politique inédite. Et nous avons hypothéqué le destin de l’Algérie et de nos enfants entre les hommes de ce pouvoir.

La preuve est dans l’exemple suivant : par la ruse, ce pouvoir est devenu l’as des as, le roi de la magouille et du canular, Molière et notre Jeha seront admiratifs. Au lieu de poursuivre un processus électoral démocratiquement, comme stipule la loi, il invente une crise sans précédent, en imposant un 5e mandat par procuration et par mensonge. Et maintenant, vu l’éveil du peuple et son refus, il procède au report des élections sans donner une date fixe.

Allez-y comprendre !!! Le comble, Paris «l’officieuse» soutient et sert de base arrière dans la manœuvre, la tractation et la malhonnêteté. Les décisions du 11 mars sont du même ordre et de la même lecture que celles de la révision de la Constitution à deux reprises. D’après des analystes et des sociologues, elles plongeront le pays dans l’incertain et dans un avenir sombre.

Nous, les enfants de cette patrie, avons assumé un passé épuisant, mais il serait difficile de nous projeter dans un futur hypothétique. Dans le calme et la joie jusqu’au 19 avril 2019 prochain. Le Président sortant sera le nôtre avec les youyous de nos femmes, avec les applaudissements de nos jeunes et la reconnaissance de nos aînés. Par la suite, comme le stipule le droit constitutionnel et selon le schéma actuel, le président du Sénat exercera le pouvoir provisoirement durant la préparation et l’organisation des élections libres dans une période raisonnable et limitée. Le futur élu sera le Président de tous les Algériens.

Comme Macron, pour les Français, et Trump, pour les Américains. Le peuple algérien n’a pas demandé ni souhaité cette situation diabolique. Sa maturité, sa plénitude et sa sagesse ne devraient ni être bafouées, ni salies, ni tachées, par le mensonge au plus haut niveau de l’Etat. Son cri au monde entier pour le changement ne devrait pas être accaparé et compensé par le maintien de M. Bouteflika au pouvoir.

Vue de l’extérieur et sur le plan diplomatique, l’Algérie n’aura plus de président de la République à partir du 19 avril prochain, minuit. Au-delà de cette date et en dehors de tout cadre juridique et constitutionnel, dont l’implication des forces vives de ce peuple, le poste de président de la République sera vacant et par conséquent la désobéissance sera inévitable.

Monsieur le Président sortant, notre pays n’est pas en guerre pour reporter les élections présidentielles. L’ennemi ne vient plus de l’extérieur, grâce à nos militaires, la décennie noire est derrière nous, grâce à la tolérance et à notre présent commun. L’obscurantisme est banni grâce à notre savoir et les mains de l’extérieur sont coupées. Et bientôt, votre pouvoir subira le même sort. Le plus jeune des nos adultes a un niveau de bac plus deux. Nous ne méritons pas le mensonge à la place de la vérité, l’humiliation à la place de la gloire, l’imposture à la place de la sincérité, la manipulation à la place de la constance.

Le message du peuple est entendu par le monde entier. A présent, l’Algérien s’adresse au monde entier sans pleurnicher, et vu son attitude civilisée et studieuse, il ne mérite pas cette réponse abjecte et immature du 11 mars de son Président. Il ne devrait pas recevoir le mépris dans son honneur, en pleine fougue et dans sa fierté par son dirigeant suprême. L’humiliation du 11 mars 2019 sera de même nature que le jour de la Nakba pour le peuple palestinien.

Ne vous laissez pas embarquer pour votre dernière sortie de l’histoire de ce pays par une telle manigance. Les Algériens ne sont ni sous tutelle ni dans une garderie. Les jeunes ne seront pas matière dans un laboratoire de recherche pour expérimenter une telle République ou une telle Constitution. Les Etats-Unis d’Amérique sont liés depuis 1789 par une des plus anciennes Constitutions écrites, encore appliquées au monde.

A notre connaissance, l’époque des prophètes a vécu et la présidence à vie est révolue. Le peuple est l’unique propriétaire de cette terre et le seul maître chez lui. Il vous dit : «Non !» Par ses dernières manifestations, il a déjà voté, et par ses prochains soulèvements, il continuera d’exprimer son refus à cette manœuvre. Son exhortation au monde est de dénoncer la confiscation du pouvoir par certains hommes à la tête du pays.

Depuis le 11 mars 2019, à travers vous, non seulement ces individus enfoncent les règles fondamentales de la démocratie, mais ils prennent aussi en otages les aspirations, les rêves et l’espoir de ce peuple, alors qu’il revendique le renversement de ce pouvoir et sa façon de s’exercer, par des voies pacifiques.

Sur le plan de la démocratie, si vous n’avez rien changé en 20 ans alors que le peuple était acquis (admettons !), comment aujourd’hui avec les mêmes protagonistes de ce pourrissement, vous allez mettre en place un comité des sages, une période de transition et une nouvelle Constitution, et de surcroît, cerise sur le gâteau, vous avez adressé trois lettres en l’espace d’un mois pour promouvoir un 5e mandat et maintenant, dans votre dernière déclaration, vous dites que vous n’avez jamais accepté de vous représenter ? Absurde. Nous devons croire qui et quoi ? Soit vos précédentes lettres, MM. Ouyahia, Bouchouareb, Benyounes, Ghoul, Haddad, Sidi Saïd et dernièrement ce brillant cadre, Zaâlane.

Ces derniers ont promu votre candidature, alors que vous étiez contre ! Ou bien croire maintenant MM. Lamamra, Brahimi et Bedoui, qui adhèrent et se portent garants de votre dernière déclaration pour vous maintenir au pouvoir ? Avant tout engagement, vous nous devez des réponses claires à ces questions : alors qui manipule qui ? Qui ment, et dans quel intérêt ? Dans quel but ces promesses sont-elles faites ? Qui décide ? Qui rédige ces courriers ? Qui marchande en mettant en monnaie unique les sentiments et les bonnes intentions de ce peuple ?

Qui joue avec l’intégrité de nos cadres militaires et qui se cache derrière ce complot d’Etat ? Suite à ces questionnements, votre entourage aurait souhaité que les enfants du peuple et de ses cadres en Algérie et en dehors qui en se levant le 12 mars au matin gobent cette tricherie, écrivent cette falsification de l’histoire et s’alignent sur cette tromperie. Devant ce constat, nous ne pouvons percevoir une nouvelle vision et envisager des perspectives claires qu’avec une autre équipe dirigeante. Les discours démagogiques et les décisions irréfléchies ne feront pas dérouler le tapis rouge à nos futures générations.

Le pays ne s’améliorera pas avec des étiquettes, des mensonges et des slogans. Soyons respectueux à son égard, évitons l’insolence pour laisser place à la réflexion et à la considération à ce peuple et à ses demandes indispensables. Dans le calme, les soulèvements populaires réclament le départ de l’ensemble des individus qui gravitent derrière le maintien. Il suffit de voir ces images qui font le tour du monde et de lire la presse mondiale.

Le peuple algérien est devenu universel et son appel symbolise un hymne pour tous les peuples de la terre, les observateurs internationaux de l’ONU, de l’Union africaine et de l’Union européenne. Aussi, de grands politiques et des spécialistes dans les analyses géopolitiques tirent l’alarme et répondent favorablement à son hymne : le changement.

Cette démarche se concrétisera seulement par le départ de ce groupe qui est à la tête de l’Etat. En d’autres termes, voir à la manœuvre et à la tête de l’Etat d’autres Algériens. Dans d’autres pays, les politiques et les décideurs arrivent et partent par des voies démocratiques. Dans le nôtre, à force de voir les mêmes, nous sommes devenus amnésiques, heureusement que l’éveil du peuple est à l’heure. Depuis que la Terre tourne, les peuples et les nations sont commandés par l’alternance au pouvoir.

El-Watan.com