Confusion des pouvoirs

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Un magnat de la promotion immobilière de luxe, Bessa, se retrouve en prison pour avoir, entre autres, selon les informations ayant fuité dans la presse, porté atteinte à la dignité du wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, qui a déposé plainte contre le promoteur, lui reprochant d’être derrière une campagne visant son fils.

Le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Saïd Bouhadja, un fidèle du président Bouteflika, qui l’a coopté au perchoir de l’APN, vit probablement ses dernières heures à la tête de l’institution parlementaire pour avoir exercé ses prérogatives légales de se séparer de son secrétaire général indépendamment des raisons qui l’ont poussé à le faire maintenant. Ces deux exemples sont révélateurs du mal profond qui ronge le pays : le poids des interférences dans le système de gouvernance, dans tous les domaines de la vie nationale.

Quel est donc ce pouvoir régalien dont disposerait le wali d’Alger pour faire incarcérer un investisseur et menacer de représailles des sites électroniques qui auraient commis le crime de lèse-majesté de relayer ou d’alimenter des informations sur l’implication présumée de son fils dans des affaires de corruption, alors que la justice vient à peine de se saisir du dossier ? Pour nombre d’observateurs, l’affaire aurait dû rester dans le cadre de la sphère privée du délit de diffamation si la preuve en est apportée par l’accusation. Toutes les charges l’accablant — ayant trait à l’accaparement de biens publics, l’accès à des prêts bancaires dans des conditions suspectes — ne sont, dit-on, que des artifices pour le faire tomber et solder les comptes avec lui.

Comment se fait-il que ce promoteur, qui avait pignon sur rue sur le marché immobilier, à Alger particulièrement, et était au-dessus de tout soupçon jusqu’ici, bénéficiant de toutes les facilités pour la réalisation de ses projets ? De la même façon que les motivations de l’hallali qui est sonné soudainement contre le président de l’APN sont vraisemblablement à rechercher ailleurs que dans les réflexes autoritaristes et les tentations dépensières prêtés à Saïd Bouhadja. Des griefs qui auraient pu et dû être traités dans le cadre organique des structures de l’Apn en recourant, au besoin, à la voie légale et judiciaire si les preuves de la dilapidation de l’argent public, dont il est accusé, sont établies.

La confusion et la confiscation des pouvoirs par des sphères privées de l’Etat ont fait que le pays et ses institutions sont parasités par des pouvoirs parallèles qui tirent leur force et leur légitimité de leur proximité avec le pouvoir qui les instrumentalise dans un partage des rôles gagnant-gagnant.

Qu’il s’agisse de formations politiques, de pouvoirs locaux, judiciaire…, il y a, à la base de cette crise de confiance – réelle ou préfabriquée visant le président de l’Apn qui ne s’explique guère au demeurant, politiquement parlant, connaissant la loyauté jamais prise en défaut de Bouhadja envers le président Bouteflika – un problème de fond qui relève de la construction et de l’exercice démocratique dans le pays. En construisant sa ligne de défense consistant à remettre son sort entre les mains du président de la République qui l’a proposé, imposé ou nommé à ce poste (on ne sait trop) – alors que cela ne devrait pas relever de ses prérogatives mais plutôt de la responsabilité de ses pairs parlementaires – le président de l’Apn a mis à nu, à son corps défendant, les incongruités de la démocratie parlementaire dans un système politique hyperprésidentiel qui ne laisse que peu de place aux autres pouvoirs.

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