Ce qui devait arriver arriva… et le reste viendra…

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Ce qui devait arriver arriva… et le reste viendra…

L’Algérie est en train de faire sa mue depuis que le système politique aux abois, en phase de déclin, a commis l’erreur irréparable de soutenir le 5e mandat de son représentant qui a régné sans partage pendant 20 ans.

Ayant eu la certitude que le peuple algérien est docile, soit par l’épouvantail de la peur, soit par les politiques d’achat de la paix sociale, les clans du pouvoir et leurs alliés oligarques se sont accrochés à la logique autoritariste que leur a imprégnée durant ces 20 dernières années le président Bouteflika.

Leur autoritarisme aveugle met à nu leur fragilité face au soulèvement conscient, intelligent et irréversible d’une jeunesse marginalisée, méprisée et sans rêve, à part celui de la harga sans retour.

Ce mouvement de masse pacifique, mais en même temps revendicatif, est un produit de la société civile qui a su contourner les territoires exigus des pseudo-partis de l’opposition pour créer un espace de liberté, de solidarité et de créativité visant à terme une Algérie du sens et de la renaissance.

L’évocation d’un cinquième mandat pour un postulant malade et en fin de carrière politique a eu le mérite d’éveiller les consciences anesthésiées par le discours récurrent de la peur et par la déliquescence d’un mode de gouvernance éculé qui a épuisé le consensus de façade maintenu autour d’un théocrate allié à une oligarchie.

Le cri de la rue du 22 février est l’expression de ce rejet radical, non seulement du cinquième mandat, mais aussi et surtout du discours de la continuité que veulent vendre les tenants du pouvoir, même après la démission du président Bouteflika.

C’est un cri impressionnant par son ampleur, sa dimension géographique, ses slogans, son pacifisme qui a impliqué toutes les catégories de la population partout en Algérie et dans le monde où vit notre diaspora. La question fondamentale qu’il faut se poser à présent, compte tenu de ces bouleversements sociopolitiques, est de savoir comment et qui va orienter la suite de ce mouvement ?
Il s’agira de se situer dans l’optique du changement mené par des acteurs crédibles, honnêtes et visionnaires issus du peuple et déconnectés du système de pouvoir actuel en puisant dans les ressources parmi l’élite intellectuelle non organique.

’émergence, ou le réveil, de cette élite commence d’ailleurs à marquer son implication à travers ses écrivains, ses avocats, ses magistrats, ses journalistes, ses universitaires ayant pris fait et cause pour les millions d’Algériens qui manifestent tous les vendredis, et les jours de semaine pour certaines catégories sociales. On assiste, en même temps depuis quelques jours, à un véritable sursaut de créativité ressenti lors des manifestations, dans certains médias et les réseaux sociaux.

C’est une Révolution pacifique multidimensionnelle qui s’impose graduellement, mais sûrement, conséquemment aux grandes marches qui revendiquent une rupture radicale avec le système.
Sur le plan politique, une rupture du système actuel ne peut être effective et irréversible que si les conditions d’un mode de gouvernance nouveau puise sa légitimité dans un consensus social approuvé par un processus électoral transparent et honnête qui rompt avec la fraude héritée des pratiques à la Naegelen.

Ce mode de gouvernance signifie une émancipation des partis politiques et une société civile à l’avant-garde des luttes pour la citoyenneté, des libertés individuelles et collectives, de la défense des droits humains, seules garanties pour l’édification d’un Etat de droit.

L’émancipation des partis politiques s’inscrit nécessairement dans une dynamique sociale imprégnée des idéaux démocratiques où l’alternance au pouvoir devient une règle consensuelle pour les partis porteurs d’un projet de société accepté par les urnes.

En outre, cette émancipation passe par la promotion de la culture de la tolérance, l’écoute et le respect des idées de l’autre, et enfin par l’offre d’un programme politique à toute échéance électorale.
L’implication de la société civile, libérée de l’emprise autocratique et du poids de l’autoritarisme, s’exprime à travers les millions de marcheurs, en dehors de tout encadrement des partis politiques traditionnels ou de leadership autoproclamé.

Elle a pris en charge l’organisation des marches sur les plans sécuritaire, logistique et politique, en maintenant le caractère pacifique au cours des différentes grandes manifestations.

Cette implication marque aussi les esprits par l’explosion du mouvement culturel de la jeunesse qui s’exprime à travers les réseaux sociaux, le théâtre de la rue, les mots d’ordre politiques et humoristiques, la chanson, le street art, etc.

Un changement qualitatif incontestable dans le comportement collectif est observé, où l’action pacifique se double de discipline, de civisme et de la protection du bien public.
Au-delà de ces actions qui resteront gravées dans la mémoire collective des Algériens, le chemin reste encore pavé d’obstacles et de résistances au changement.

La vieille garde résiste, encore et toujours, et le cap de la rupture avec le système n’est pas franchi, mais le processus révolutionnaire est implanté et va crescendo grâce à une mobilisation pacifique qui rejette massivement chaque vendredi les tergiversations du pouvoir en place.

Pour reprendre les propos d’Antonio Gramsci, «le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres».

 

Par le Dr Allaouat Farid  , Maître de conférences HEC Alger

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