Le long combat pour la dignité

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Le long combat pour la dignité

L’écriture de la nouvelle page de l’histoire de l’Algérie entamée en 1988 n’est pas encore totalement achevée.
Les convulsions post Octobre 1988 ont enfanté dans la douleur et dans le sang les contours d’une nouvelle société qui puise son inspiration dans l’histoire millénaire de ce pays, de ses acquis et de ses échecs passés, et surtout des aspirations légitimes de ses enfants de construire un pays aux normes modernes qui survivra aux hommes et aux crises.

Après tant de souffrances et de larmes, la société en gestation ne peut être l’émanation d’un projet islamiste, ni d’un projet laïc (l’histoire ne reconnaît pas à ces mouvements le droit exclusif de parler au nom du peuple algérien), mais d’un ensemble de valeurs qui constituent le fondement même de cette nation puisées dans le respect de la religion, dans l’amour de la patrie, des valeurs du travail et de l’effort et des règles de bon voisinage.

Le renforcement de la cohésion nationale autour de ces valeurs constitue le socle de base autour duquel l’ensemble du peuple algérien, dans ses différentes composantes ethniques et confessionnelles, s’est unifié. C’est d’ailleurs le retour vers ces valeurs qui a permis, à chaque fois, à notre pays de dépasser les graves crises qui l’ont secoué.

Aujourd’hui, trente ans après les événements d’Octobre 88, la crise est toujours là. Elle a atteint son paroxysme car les solutions apportées, au lieu de s’attaquer au problème politique qui est au cœur de la crise, se sont contentées de replâtrages économiques et sociaux en omettant, volontairement ou involontairement, d’accorder la moindre attention aux sacrifices consentis par le peuple pour le renforcement des premiers jalons de l’édifice démocratique posés en 1989.
Cette crise politique s’est exacerbée pour plusieurs raisons, dont nous citerons trois en particulier :

1)- l’absence de véritables institutions élues démocratiquement capables de défendre les acquis de la société et de porter haut les aspirations du peuple et notamment de sa jeunesse qui représente plus de la moitié de la population ;
2)- la désertion du champ politique par l’élite politique et intellectuelle sincère et désintéressée capable de changer le rapport de force et de proposer au débat une alternative crédible au pouvoir dominant, et enfin ;
3)- le verrouillage du champ politique et médiatique par le pouvoir en place à toute voix discordante.

Ce sont là, à notre sens, les principaux éléments qui ont contribué au rétrécissement des libertés publiques et précipité la population dans un désespoir profond et partant dans une impasse, qui ne peuvent déboucher que sur une instabilité politique grandissante et une radicalisation de ses positions par rapport au régime en place, comme en témoignent les révoltes enregistrées ces dernières années. Comme elle a conduit la population à prendre également ses distances par rapport à la classe politique devenue majoritairement discréditée.

Les politiques menées depuis la fin des années 90’ à ce jour ont montré leurs limites faute de légitimité, et non de moyens, pour une sortie salutaire de la crise éminemment politique dans laquelle se débat le pays depuis 1962.

L’autoritarisme érigé en mode de gouvernance depuis l’indépendance a eu pour conséquence d’installer le pays dans un sous-développement endémique, traduisant l’incapacité des modèles successifs à assurer au pays le développement promis. Cette attitude de rejet, propre en règle générale aux systèmes politiques fermés, trahit une tendance lourde chez nos gouvernants à privilégier le statu quo actuel (les élites ne semblent pas toujours œuvrer en faveur de l’intérêt général et tentent trop souvent d’asseoir leur pouvoir et leurs privilèges – Berr 2006) à une ouverture politique réelle et authentique.

Aujourd’hui, le peuple dans son écrasante majorité aspire à la mise en place d’une Algérie nouvelle débarrassée des démons du totalitarisme et de l’autoritarisme de tous bords, en optant pour un projet qui s’inspire de la longue marche de ce pays vers la liberté, le progrès et la modernité.
Il est certain que l’Algérie n’est pas l’Egypte, ni la syrie, ni aucun autre pays de la région. La différence réside à notre sens non pas dans la clairvoyance de nos politiques, mais dans cette volonté dogmatique et viscérale d’isolement et de singularité qui caractérise le régime dans son œuvre d’enfermement du pays loin des mouvements qui traversent le monde. La jeunesse algérienne a réussi en l’espace d’un mois à attirer le regard du monde vers elle tant elle a montré une fraîcheur jamais démentie doublée d’une grande maturité politique et un immense sens des responsabilités.

La conjoncture actuelle, tant sur le plan national qu’international, devrait nous interpeller pour réfléchir sérieusement, et de façon sincère, à la situation structurelle de sous-développement dans laquelle certains cercles veulent à tout prix maintenir le pays, en accentuant davantage sa vulnérabilité et sa marginalisation.

A cet effet, nous nous interrogeons s’il est raisonnable de continuer à maintenir le même régime qui a gouverné le pays depuis 1962 en conduisant le pays dans l’impasse politique et économique où il est en prenant le risque de le livrer au chaos au regard des menaces internes et externes qui nous guettent.

De même qu’il n’est plus concevable, dans une conjoncture de transformations internationales profondes, de persister à faire la sourde oreille aux appels de changement de la société alors que la mondialisation rampante gagne de plus en plus de terrain, condamnant ainsi le pays à évoluer en marge du système mondialisé en cours de construction.

Il y va de la survie du pays de provoquer le changement tant attendu. Un changement en profondeur dans le fonctionnement de l’ensemble des institutions du pays est une nécessité impérieuse pour donner au pays les moyens d’avancer dans l’ordre et la sérénité.
Ce changement doit être porté par le peuple, notamment par la jeunesse qui aspire aujourd’hui à une vie digne dans un pays où le droit règne en maître absolu, où les institutions émanent réellement de la volonté du peuple et obéissent à la loi et non au désir des puissants, où elle peut participer activement à la construction du pays sur de nouvelles bases qui correspondent à ses rêves et à ses aspirations.

Cette jeunesse a soif de liberté, elle a besoin de se sentir en confiance, et surtout de forger sa conscience politique au contact des événements et des faits qui secouent chaque jour le monde où elle vit. Elle a aussi besoin de rêver, et de produire à son tour du rêve pour les générations à venir pour perpétuer le génie créateur dont cette nation a été pourvue. Elle a surtout envie d’avoir à défendre crânement ses idées et ses chances sans avoir à rougir de ses choix, ou à privilégier la compromission pour des intérêts individuels bassement matériels au détriment des intérêts de la nation.

Aussi, dans cette conjoncture particulière, la génération actuelle se doit de se mettre en rangs serrés et de lutter pacifiquement pour arracher son droit à l’existence, dans un monde en pleine mutation.

La période actuelle se caractérise par un effacement des idéologies anciennes au profit d’un nouveau système de valeurs qui tire son essence de la combinaison du triptyque Dieu, la patrie et l’homme. Ce sont là à notre sens les valeurs fondamentales qui forment le socle de notre nation. Une nouvelle page de l’histoire s’ouvre dont le contenu sera écrit par tous les hommes et femmes libres de ce pays, qui militent chaque jour pour que notre pays retrouve le chemin de la paix et du progrès.

A ce titre, la mission principale qui incombe à la génération actuelle est de réfléchir à l’avenir du pays loin des idéologies jusque-là dominantes et des organisations politiques incapables de penser l’avenir en dehors des schémas traditionnels et des recettes puisées dans les combats d’autrui.

La Déclaration de Novembre 1954 reste le document de référence par excellence dans le combat des enfants de ce pays pour le recouvrement de l’indépendance et la construction de la République algérienne démocratique et populaire. Il appartient à la génération d’aujourd’hui, au regard des bouleversements profonds que connaît le monde, de poser de manière réfléchie les contours de l’acte fondateur de la nouvelle République qui allie à la fois la tradition et la modernité au service du pays et du citoyen.

Cette réflexion ne peut être qu’inclusive en permettant au plus grand nombre d’Algériens, de quelque origine ou confession qu’ils soient, de contribuer au débat. L’avenir de notre pays dépend de notre capacité à transcender nos différences et à œuvrer à faire émerger les facteurs qui font notre union pour le bien de tous.

Je terminerai ce papier en citant Holtsni qui plaide pour «des Etats forts comme boucliers à la guerre, forts non de leurs moyens militaires ou techniques, mais de leur efficacité et de leur légitimité auprès de ceux qu’ils sont censés gouverner. L’alternative, c’est la fragmentation en féodalités, un gouvernement de gangs, des massacres communautaires et un nettoyage ethnique».

 

 

Par Mohamed Djaâfar

El-Watan.com