CRASC. Poètes du melhoun du Maghreb, d’Ahmed Amine Dellaï : Entre «klam el jad», «klam el hezl», «khassa», «â-ma» et «touba»

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De tout ce qui s’offre au Salon international du livre, le dernier ouvrage d’Ahmed Amine Dellaï est d’une précieuse singularité, parce que consacré à un domaine orphelin de la recherche académique, de plus victime de dévalorisants préjugés. Edité par le Crasc, cet opus est un dictionnaire consacré aux auteurs du melhoun du Maghreb.

Nul doute qu’il va être apprécié par les spécialistes comme une référence, à l’instar de tout ce qu’a produit Dellaï comme ouvrages et articles. Cependant, même présenté avec des superlatifs, la performance éditoriale qu’il représente paraît insignifiante pour celui peu ou pas au fait de son domaine de recherche. Aussi, précisons qu’il est unique en son genre dans son approche d’une vaste aire géographique et qu’il constitue le couronnement d’une carrière de chercheur sur le patrimoine immatériel, soit 22 ans d’accumulation de données, dont 6 pour finaliser l’œuvre.

C’est le temps qu’il faut pour la faire aboutir, le matériau qui la constitue n’est pour l’essentiel pas consigné dans des archives ou des ouvrages, sa transmission et sa conservation appartenant à la tradition orale, celle des «hafadha» (mémorisateurs). Cela donne une idée du colossal travail d’investigation, de collecte et de recoupement, sachant que la mémoire n’est pas exempte de défaillance. En outre, les détenteurs de parcelles de mémoire, c’est une caractéristique «tradition» de leur milieu, ne sont pas partageux, la détention du titre de Chikh echioukh est aussi à ce prix. Pis, même ceux qui n’ont pas cette qualité font de la rétention, chacun étant jaloux de ce qu’il détient en mémoire ou dans des manuscrits. Le chercheur doit patiemment entrer dans leurs grâces, ne pas paraître en rival, leur imposer le respect par une érudition sans faille et un désintéressement certain.

Enfin, la masse de données réunie doit être constamment mise à jour par un laborieux travail de recoupement entre diverses sources, les versions d’un même poème peuvent différer de quelques vers ou de quelques mots, comme d’auteur présumé. Au bout du compte, Dellaï a rédigé des centaines de notices de poètes, réuni des dizaines de références bibliographiques et identifié des milliers de poèmes, le dictionnaire, présenté en coffret, est réparti en quatre tomes, le premier volume étant consacré à une bibliographie générale de tout ce qui s’est écrit (ouvrages, articles et recueils de poèmes). Les trois autres tomes regroupent les notices afférentes, pour le plus volumineux, à 980 poètes algériens, puis à 221 du Maroc et enfin 328 tunisiens et libyens réunis dans le dernier volume.

Cependant, comme le souligne dans la préface Hadj Miliani, l’ouvrage vaut surtout qualitativement, parce qu’il «cumule érudition et passion, vigilance critique et empathie littéraire, offre une véritable cartographie d’un univers poétique vaste et complexe qui instille imaginaire maghrébin et inspirations poétiques depuis des siècles».

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