Crise libyenne : Haftar provoque la panique à Tripoli

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Crise libyenne : Haftar provoque la panique à Tripoli

Cinq décès et 14 blessés ont été enregistrés suite aux premiers accrochages interlibyens survenus, avant-hier dans la ville d’Oubari, suite à l’avancée des troupes de Haftar vers le champ pétrolier de Charara, situé à 20 kilomètres d’Oubari. Les accrochages ont opposé deux groupes armés de la ville, le bataillon 177, favorable à Haftar, face à des milices populaires, dans le camp militaire de Tindi, au sud de la ville. Les chefs des tribus sont intervenus et ont calmé la situation. Le bataillon 177 s’est replié dans la localité de Jorma pour préserver le calme à Oubari. Les incidents ont toutefois épargné le champ pétrolier de Charara.

Si le chef du gouvernement libyen de réconciliation, Fayez Al Sarraj, n’a pas réagi à la prise de la ville de Sebha par les troupes de Haftar, Tripoli a condamné, dans un communiqué publié sur sa page Facebook «la tension militaire au Sud et notamment le bombardement de la ville de Marzek, qui a terrorisé la population et démoli l’infrastructure». Dans la foulée de ce communiqué, Al Sarraj a désigné le général Ali Kenh, un Targui à l’époque d’El Gueddafi, à la tête de la région militaire de Syrte et du Sud. Un poste vacant depuis des années et devant être occupé depuis les accords de Skhirat, en décembre 2016. Ali Kenh est encore à Tripoli et ne dispose d’aucun militaire sur le terrain. Selon son entourage, les craintes d’Al Sarraj portent surtout sur le champ pétrolier de Charara, le plus grand de Libye (340 000 barils/jour), qui est à l’arrêt depuis décembre dernier et est convoité par Haftar.

Mustapha Sanaallah, le président de l’Etablissement national de pétrole, réclame la sécurisation de Charara par des unités relevant de son autorité, pas des miliciens armés, comme c’est le cas actuellement, même s’ils déclarent leur allégeance au gouvernement Al Sarraj. A la différence de la ville de Sebha, plaque tournante de l’immigration clandestine, la ville d’Oubari, plus proche de la frontière algérienne (150 kilomètres), ne vaut que par le champ pétrolier de Charara, situé dans ses environs. Depuis 2016, le calme a régné entre ses diverses composantes tribales (Touareg, Teboo et Hsawna) ; le bataillon 456, relevant de l’armée qui était neutre dans le conflit intertribal de l’époque, a veillé au respect de l’armistice dans la région. Aujourd’hui, ce même bataillon, devenu le 177, a prêté allégeance à Haftar, alors que les jeunes des milices tribales soutiennent le gouvernement d’Al Sarraj «rattaché à la révolution», d’où les récentes tensions sur le terrain.

Le poids des notables

Les notables des tribus sont reconnaissants au bataillon 177 ; ils sont intervenus pour lui assurer le repli vers la localité de Jorma, dans les environs d’Oubari. Des tractations sont en cours pour éviter de nouveaux accrochages à Oubari, selon le journaliste Mustapha Khalifa. Par ailleurs, un communiqué du quartier général de l’armée libyenne, diffusé de Benghazi hier à l’aube, a fermé l’espace aérien du Sud à tous les vols, civils et militaires, exigeant des autorisations préalables délivrées par ses services. Le communiqué considère tout contrevenant comme une cible ennemie.

La main tendue de Salamé

Dans une interview diffusée mercredi par la chaîne Al Arabya, Ghassan Salamé, l’envoyé spécial de l’ONU en Libye a tenu à lever toutes les équivoques concernant les accusations portées par des politiciens de l’Est libyen sur son soutien à leurs rivaux de l’Ouest. «Il ne met jamais en relief les réussites de l’armée nationale contre le terrorisme à Benghazi, Derna et maintenant au Sud, ni les acquis en matière de stabilité en faveur des citoyens», reproche-t-on à Salamé. Ce dernier affirme son soutien à toutes les actions contre le terrorisme, pour sécuriser la vie quotidienne des citoyens, ainsi que toutes les démarches pour assurer les conditions nécessaires pour la tenue des élections. Par ailleurs, Salamé a rappelé qu’il a visité récemment le Sud et écouté les doléances des citoyens de Sebha sur l’insécurité régnant dans la ville. Il a félicité l’armée pour ses réussites contre le terrorisme et pour le rétablissement de l’ordre dans cette ville.

L’envoyé spécial de l’ONU a également souligné l’importance de l’ouverture d’un bureau de la mission de l’ONU à Benghazi et rappelé qu’il entretient de bonnes relations avec le maréchal Haftar. Salamé a insisté sur la nécessité de la reprise de production du champ de Charara et le devoir de soutenir l’instance des élections pour préparer les conditions nécessaires pour la tenue d’un scrutin. En diplomate, l’envoyé de l’ONU a évité les pièges, pour essayer de reprendre son rôle de médiateur, puisque certains dirigeants de l’Est disent ne plus le reconnaître. Entre-temps, la Libye traverse une phase déterminante de sa transition. «Si Haftar s’empare de tout le Sud, quel avenir pour Tripoli ?» s’interrogent les observateurs.

El-Watan.com