L’irrésistible cavalcade de la vache folle

  • 2 semaines il y a
  • 26 Vues
  • 0 0
Tipasa : L’ex sénateur Malik Boujouher condamné à 07 de prison ferme

Je me souviens toujours de l’anecdote suivante qui remonte à ces temps lointains qui remontent au dernier millénaire. Nous découvrions alors la parabole et nous avions commencé à voyager dans le monde entier par écrans interposés quand le couvre-feu faisait écran aux envies de sortir des plus téméraires. Je regardais un journal télévisé français, attendant que l’on parle de ce pays qui est le mien et donc le vôtre. Non pas pour m’informer mais pour lancer une bordée d’injures contre la façon dont la chaîne présentait Alger.

On se défoule comme on peut en période de couvre-feu avec, disons, des loisirs basiques, sinon idiots, capables en tout cas de vous faire passer la rage et au fond, la peur. Mais, au-delà des commentaires puisés de L’Apocalypse de Jean ou de L’Enfer de Dante, je me demandais d’où ils ramenaient les images représentant la capitale. Etait-ce une ruelle de bidonville ? Une contre-plongée fellinienne sous les piliers du pont de l’oued El Harrach avant sa résurrection ?

En tout cas, une sorte de cloaque sombre et nauséabond que l’on pouvait par miracle sentir via satellite et qui revenait souvent dans les envois de mystérieux correspondants. Heureusement, devant tant d’horreur, il y avait l’épisode de la maladie de la vache folle qui battait son plein dans l’Europe de 1996. Tout est relatif, car le sort de ces pauvres bêtes nourries contre-nature avec des farines animales avait de quoi faire pleurer dans les chaumières.

Je n’en ai ri qu’une fois – mais une bonne –, quand ma fille, alors écolière, était venue poser sa tête contre mon épaule, me demandant : «Papa, ils ne l’ont pas encore arrêtée la vache folle ?» Ces enfants, quel poison ! Elle ne pouvait pas me demander simplement pourquoi la vache rit sur des triangles ? Eh bien non, ma fille, toutes les polices d’Europe sont encore à ses trousses, Sherlock Holmes en tête, car c’est en Angleterre que tout cela avait commencé !

Depuis, en ce millénaire tout neuf et tout high-tech, j’ai fini par oublier la vache folle et sa cavale continentale. Mais voilà que deux chercheurs algériens ont découvert que sa maladie affecte certains de nos braves dromadaires. On dirait une histoire de réseau dormant, digne d’un roman de John Le Carré, maître littéraire de la main de l’étranger. Comment diable une affaire bovine a-t-elle bien pu se «cameliniser», outre-mer et outre-millénaire ? Sors de là, esprit ou virus malfaisant !

Mais, au fond, pourquoi s’en inquiéter plus que ça ? Il était écrit que nous verrions tout. Par exemple – pour rester dans le règne animal – un cheval offert à un cadre, soit le seul être vivant de toute l’histoire de l’humanité (je l’ai vérifié) à avoir été donné à un objet. Bonjour le Guinness. Ou, pour visiter l’espèce humaine, tous ces gens qui dénoncent aujourd’hui avec une prodigieuse véhémence ce qu’ils adoraient hier, à commencer par ces députés à l’aplomb incroyable qui doivent confondre 22 février et 19 mars.

On dit bien chez nous que le visage des faussaires est couvert de béton. Vous plaisantez ? Ils ont dû inventer un matériau révolutionnaire mille fois plus résistant. A l’épreuve des brise-roches, des canons, des lasers et, surtout, de la honte. Pourquoi alors s’étonner que la vache folle ait décidé de se payer un petit séjour au Sahara ? Vois-tu, ma fille, la vache folle court toujours. Même qu’elle nous rend visite.

El-Watan.com
elwatan

GRATUIT
VOIR