Des centaines de milliers disent non au 5e mandat

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Des centaines de milliers disent non au 5e mandat

Sous un ciel bleu azur, des milliers d’étudiants, après s’être rassemblés durant des heures au sein-même des universités, ont fini par braver le service d’ordre en sortant dans la rue, pour marcher des kilomètres et rejoindre leurs camarades au centre-ville, en scandant tout le long du parcours, sous un soleil de plomb : «Non au 5e mandat», «L’Algérie est une République et non un royaume», «El Djazair horrra démocratia» (Algérie libre et démocratique).

A l’université de Bouzaréah, les étudiants sont venus tôt la matinée. Beaucoup ont eu cours durant les deux premières heures, avant que de petits groupes ne commencent à affluer vers le centre de la capitale.

Ils étaient quelques dizaines, puis des centaines, certains drapés de l’emblème national, d’autres hissant des pancartes, ils criaient tous très fort «Chaab la yourid Bouteflika wa Said» (le peuple ne veut pas de Bouteflika et de Saïd), «Non au 5e mandat», «Bouteflika rouh trieh» (Bouteflika va te reposer), «Al mayate yarahmou, alih mayvotiwch alih» (on ne vote pas pour un mort, on lui souhaite la bénédiction de Dieu), «Laissez-nous aimer l’Algérie», etc. Drapé de l’emblème national, Noureddine se déclare en révolte contre «ceux qui veulent maintenir Bouteflika au pouvoir, alors qu’il n’est plus en mesure de diriger le pays.

Je refuse qu’ils nous dirigent à sa place. Il faut qu’ils le laissent se reposer. Nous sommes ici pour leur dire haut et fort cette colère que nous ressentons», nous dit-il. Naima, sa camarade de classe, abonde dans le même sens et précise : «Je veux que mon pays se porte mieux, que notre voix soit entendue.» Elle enlace le drapeau et se met à chanter très fort : «Min djibalina talla sawtou al ahrar younadina» (de nos montagnes se sont élevées les voix des libres qui nous appellent…), une chanson patriotique qui renvoie à la guerre de Libération nationale.

Tous dans cette enceinte universitaire sont unanimes à refuser le 5e mandat.
De jeunes étudiants encadrent très bien la foule. Ils la chauffent, puis la calment avant de la relancer. Le rituel dure des heures sans réduire d’un iota l’énergie des étudiants qui expriment à la fois leur colère et l’attachement au pays. «Makach ouhda khamsa ya Bouteflika, djibou BRI djibou saîka» (Pas de 5e mandat Bouteflika, ramenez les brigades d’intervention et les tanks», «Etudiants en colère, de la situation ils ne sont pas contents», sont les slogans qui reviennent comme un hymne au changement.

Ils sont en harmonie avec le contenu des pancartes et des banderoles hissées très haut, par des mains aussi jeunes. «Si nous votons pour un cadre, autant choisir celui de Mona Lisa», «Lorsque le peuple se lève, le jeu prend fin», «La révolte c’est la vie, la soumission c’est la mort», peut-on lire. L’enceinte n’arrive plus à contenir le nombre impressionnant d’étudiants.

Un sac en bandoulière, une casquette sur la tête, Azeddine court à droite, à gauche, corrige les slogans, met en garde contre les propos qui ne cadrent pas avec le rassemblement, insiste sur le caractère pacifique de la manifestation, puis donne des mots d’ordre d’avancer vers la porte principale de l’université, bloquée par un cordon de policiers. La foule suit ses directives à la lettre. «Nous sommes ici parce que nous faisons partie de ce peuple et nous ne pouvons pas rester en marge de l’histoire.

Nos grands-parents sont morts pour l’indépendance de l’Algérie, à notre tour de marcher pour l’Algérie», crie-t-il sous les youyous et les coups de sifflet. Une minute de silence, puis l’hymne national chanté en chœur et d’une seule voix. Les encadreurs demandent aux étudiants de marcher vers l’autre bout de l’enceinte universitaire, en entonnant l’hymne national.

Des moments intenses. Filles et garçons, côte à côte réclament : «Y en a marre, y en a marre, nous voulons le départ du système.»
La masse compacte d’étudiants arrive au bout du chemin. L’accès à la rue est bloquée par un important dispositif policier.

Les «marcheurs» ne désespèrent pas. Ils continuent à scander des slogans hostiles au 5e mandat, ponctués par : «Policier et peuple sont des frères», comme pour rassurer les forces de sécurité de leur intention pacifique. L’attente dure au moins 20 minutes, avant que la foule ne fasse demi-tour, en direction d’une autre sortie située à quelques centaines de mètres.

Cela fait trois heures que les manifestants crient leur colère. Ils prennent de court les policiers en sortant de l’enceinte universitaire, sous les youyous stridents. Ils suscitent la sympathie aussi bien des automobilistes que des passants.

Assis à même le sol, ils continuent à crier haut et fort leur refus d’un 5e mandat, puis se lèvent et décident de marcher. Mis devant le fait accompli, les policiers les encadrent. Ils remontent jusqu’à l’entrée principale de l’université et tentent de libérer leurs camarades isolés à l’intérieur. Le cordon de policiers résiste.

Les étudiants persistent à vouloir libérer le passage et les policiers se montrent intransigeants. Des deux côtés du portail, les manifestants scandent : «Chaab chorta khaoua khaoua» (peuple et policiers sont frères) et subitement une masse humaine se retrouve dans la rue, sous le regard médusé des policiers. «Masira silmiya» (marche pacifique), le mot d’ordre qui revient avec force. L’imposante foule s’ébranle.

Avec leurs banderoles, les pancartes et les drapeaux, les étudiants entament leur marche, sous les youyous et les applaudissements. Escortés par les policiers, ils traversent les grandes artères de Bouzaréah. Entre eux et les citoyens lambdas, c’est la synergie. Tantôt ils sont applaudis, tantôt remerciés, tantôt encouragés.

Un sentiment de fierté se dégage. Les manifestants continuent leur grande marche alors que des signes d’encouragement leur sont exprimés par les passants et les automobilistes. Ils descendent vers Chevalley, où ils sont rejoints par d’autres étudiants de la faculté de médecine, des universités de Beni Messous, de Dély Ibrahim et de Ben Aknoun.

La masse humaine devient compacte et imposante. Elle continue sa marche, sous les applaudissements des passants, et les sons stridents des youyous. Personne, à part le premier peloton, ne sait où la chaîne interminable d’étudiants va aboutir.

Dans une ambiance festive, elle traverse Châteauneuf, Ben Aknoun, El Biar, pour rejoindre les milliers d’autres étudiants qui étaient rassemblés à la Fac centrale au centre-ville. Leur volonté de dire massivement «non au 5e mandat» est très forte…

El-Watan.com