Djelani Maachi. Coiffeur algéro-français : «Pour me faire un nom, il fallait que je crée des coiffures plus ou moins insolites»

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Djelani Maachi. Coiffeur algéro-français : «Pour me faire un nom, il fallait que je crée des coiffures plus ou moins insolites»

Djelani Maachi est réputé, depuis une vingtaine d’années, pour ses coupes de coiffure lunaire. A l’occasion de la sortie au Sila 2018 de son livre ça ne tient qu’à un cheveu, De l’Algérie à Paris : parcours d’un coiffeur lunaire, publié par les éditions Necib, il revient avec beaucoup d’émotion sur l’écriture de ce livre, marquant la célébration de ses
50 ans de carrière professionnelle.

 

Dans votre livre ça ne tient qu’à un cheveu, de l’Algérie à Paris, parcours d’un coiffeur lunaire, vous vous livrez entièrement à vos lecteurs…

Je voulais au départ tracer mon parcours en disant que j’avais connu le journaliste français Philipe Bouvard, qui disait que pour réussir, il fallait faire autre chose.

En fait, j’ai voulu lui prouver qu’on peut réussir en touchant avec les mots. J’avais une histoire à raconter depuis mon départ de l’Algérie. J’ai eu une mauvaise période. Cela n’était pas tout le temps rose pour moi. C’était un peu noir au départ parce qu’il y avait le racisme en France.

Pour se faire un nom dans le métier que j’exerce actuellement, la coiffure, il fallait traverser plusieurs frontières. Il fallait vraiment dépasser le cap des grands salons de coiffure. C’était très difficile d’être originaire du Maghreb et se faire un nom en France, ou même ailleurs. Ce n’était pas évident à l’époque. J’ai eu la chance de rencontrer un grand coiffeur. Il s’agit de Jacques de Closets qui coiffait toutes les grandes stars, il m’a beaucoup aidé au départ.

Après, je me suis débrouillé pour m’imposer. Ainsi, pour me faire un nom, il fallait que je crée des coiffures plus ou moins insolites. C’est ce qui m’a permis de franchir toutes ces frontières et entrer de plain-pied dans le cercle fermé des coiffeurs.

Pour y pénétrer, il faut être innovateur et créateur. J’avais commencé à créer des coiffures insolites qui m’ont permis d’être adopté par les gros médias. Et à partir de là, la Fédération internationale de la coiffure a fait appel à moi en tant que créateur. J’ai pu faire plusieurs shows à Paris et à l’étranger.

C’est ce qui m’a permis de me positionner dans la cour des grands. Rien qu’avec le parcours que j’ai fait, je trouve que c’est une belle histoire, bien qu’elle soit ponctuée de moments moins heureux. En arrivant en France entre 1963 et 1964, le racisme était trop fort.

J’ai donc raté mes études. Mes parents ne sachant pas ce qu’ils voulaient faire de moi, j’ai commencé à délirer en cherchant des métiers plus ou moins manuels. J’ai fait de la maçonnerie et de la mécanique auto.

Cela n’a pas toujours marché car je ne trouvais pas de travail. Je suis donc parti pour la capitale. J’ai donc quitté le domicile familial pour aller me construire à Paris. Là, j’ai trouvé un garagiste qui m’a embauché. Il était satisfait de mon travail, mais ce qu’il n’aimait pas chez moi, c’était mes cheveux.

Il m’avait dit que s’il voulait me garder, il fallait que je me coupe les cheveux. Aujourd’hui, le pauvre m’attend toujours. Je ne suis jamais retourné travailler.

Je suis allé, en 1968, me couper les cheveux et j’ai découvert la coiffure. C’était une année très difficile, il y avait les manifestations de Mai 1968 à Paris. J’ai fait le choix de travailler avec Jacques de Closets.

Ma carrière a ainsi débuté chez lui, et se poursuit jusqu’à ce jour. J’en suis très fier, tout comme l’étaient mes parents. Ils ne pensaient pas du tout que j’allais vraiment trouver un métier. Aujourd’hui, j’ai un nom qui a traversé plusieurs frontières. J’ai toujours une pensée pour l’Algérie, car c’est mon pays natal.

Pourquoi avoir opté pour le titre ça ne tient qu’à un cheveu… ?

J’ai choisi ce titre car à chaque fois que je réalisais quelque chose, tout se tenait sur le fil d’un rasoir à cheveux. Mais je dois reconnaître que j’ai réalisé tout ce que je voulais durant ma vie. Mon livre a eu l’insigne honneur d’être préfacé par mon regretté ami et frère Abdelhak Berhi.

Vous êtes réputé aussi bien en Algérie qu’à l’international pour être un coiffeur de la pleine lune ?

Je n’ai rien inventé. C’est un dicton du XVIIe siècle. Je voulais en avoir le cœur net et constater si c’est vrai ou faux. Si les cheveux repoussaient plus vite durant cette période. Après plusieurs tests, il s’est avéré que c’était vrai. Et là, depuis 35 ans, je travaille tous les soirs de pleine lune de 22h à 6h.

Aujourd’hui, il y a 35% de la population mondiale qui croit à ce phénomène de se couper les cheveux lors de la pleine lune. Aujourd’hui, j’ai une clientèle qui ne se fait couper les cheveux qu’à la pleine lune. De toutes les façons, qu’on n’y croit ou pas, une coupe de cheveux ne fait jamais de mal à personne.

Dans votre livre, vous racontez de poignants souvenirs familiaux, mais vous revenez, également, sur votre rapt en Albanie ?

Effectivement, j’ai été pris en otage pendant quatre jours à Tirana, dans la capitale de l’Albanie à cause d’un logiciel de coiffure. Les gens qui m’ont séquestré n’avaient pas compris la formation que je leur avais dispensée à Paris et en Albanie.

Quand j’ai leur ai livré la commande, ils ont pensé que c’était un phénomène de photomaton qui a réalisé des coiffures. Alors qu’il faut un expert en la matière, à savoir, un vrai spécialiste. Ils n’ont absolument rien compris à ma formation. J’ai vécu des moments de hautes tensions et de peur à la fois. Je ne suis prêt pas d’oublier cet épisode douloureux de ma vie.

Pourquoi avoir choisi de publier votre livre d’abord en Algérie ?

Je dirai que cela a été voulu dès le départ. Je voulais sortir mon livre dans un premier temps en Algérie aux éditions Necib. Aujourd’hui, j’ai plusieurs libraires en France qui me le réclament. Je pense que mon livre va faire le même voyage que moi. C’est mon histoire qui part de l’Algérie jusqu’en France. Sans prétention aucune, j’ai publié ce livre pour donner un exemple aux jeunes Beurs installés en France. Je leur dis qu’on peut réussir et ne pas rester dans le ghetto.

Il faut savoir s’intégrer pour réussir. Quand on s’intègre, toutes les portes s’ouvrent. Pour ma part, j’en suis convaincu. Il est vrai que j’ai rencontré le racisme quand j’ai quitté l’Algérie, mais là aujourd’hui, j’ai pignon sur rue. J’ai même un salon de coiffure qui en plein cœur de Paris. Je pense que c’est le fruit de toutes ces années de labeur.

Vous êtes aussi à l’écoute de la jeunesse algérienne qui vous sollicite…

Je viens souvent en Algérie. Il y a beaucoup de jeunes via les réseaux sociaux qui me demandent de les aider et de les aiguiller. Souvent, je les invite ; malheureusement, il y a souvent un blocage des visas. Comme j’ai l’opportunité de me rendre dans mon pays natal, je viens vers eux. J’essaie de leur transmettre ce que j’ai appris d’autres personnes. Il est à noter, par ailleurs, que j’interviens sur une chaîne de télévision algérienne pour donner des conseils de relooking aux femmes.

Caressez-vous le rêve de porter votre roman à l’écran ?

C’est mon rêve. Justement, un réalisateur m’a contacté pour réaliser ce projet cinématographique. Il a lu mon livre et trouve que mon parcours est atypique et que c’est une idée intéressante car j’ai vécu la guerre. C’est vrai que j’étais un peu turbulent, mais je ne regrette pas d’avoir vécu et connu la Guerre de Libération nationale, et d’avoir traverser toute cette période. Je trouve que c’est une belle expérience d’avoir vécu cela et aujourd’hui, avec le recul, je dis quand même que j’ai eu un beau parcours. Allez, laissons le plaisir aux lecteurs de lire mon ouvrage.

A quand la parution d’un beau livre ?

Je suis sur le projet de la réalisation d’un beau livre en couleur qui retracera toutes les coiffures à travers mes 50 ans de carrière. Je vais publier toutes mes réalisations et toutes mes coiffures. Cela sera une rétrospective de ma carrière qui se fera avec un éditeur algérien.

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