Election paradoxale

  • 1 semaine il y a
  • 11 Vues
  • 0 0

Ce n’est pas la fin mais le début du suspense. De l’aventure précisément. Un énième test de résilience sera effectué sur la société algérienne, qui a accumulé les épreuves et les drames dans un pays soumis aux paradoxes les plus extrêmes. A ce moment de la vie nationale et d’un processus qualifié d’électoral, il est demandé aux citoyens de considérer que la fin de carrière et de vie est une promesse d’avenir. Que les forces vives du pays doivent compter sur une direction déclinante.

Il n’y a pas que la démocratie, signe de la vitalité d’une société, qui soit annulée, les lois de la nature comme la voie de la raison et du bon sens élémentaire sont ignorées. Dans cette opération menée en mission commandée pour la désignation du nouveau président de la République, il n’y a aucun contenu politique à attendre ni de programme électoral à présenter ou à défendre. Les engagements de réformes pris en avril 2011 ont été réitérés, à présent qu’il n’y a aucun printemps aux frontières, mais simplement un hiver intérieur sans fin. Le régime qui veut se perpétuer malgré sa fin de cycle ne s’encombre pas d’une ambition ou d’un projet, le pouvoir lui suffit. Il crie déjà victoire et tous ses opposants la lui reconnaissent d’ores et déjà.

Incrédule et atterrée, la population assiste à cet incroyable spectacle d’autoglorification qui heurte la détresse et le désarroi des simples citoyens qui constituent pourtant ce corps électoral convoqué pour le 18 avril prochain. La transformation du désespoir en plébiscite en faveur des artisans de l’échec sera une autre prouesse à inscrire au bilan d’un régime qui aura réussi une élection paradoxale.

Une ingénierie politique, plutôt bureaucratique qui méritera un intérêt certain des spécialistes et des analystes pour comprendre les mécanismes de reconversion d’un outil démocratique conçu pour l’alternance au pouvoir en un instrument de règne sans partage. Il reste également à analyser l’échec des forces politiques qui ont porté l’espoir du changement, que même les revers socioéconomiques et l’impasse institutionnelle n’ont pas aidé à mobiliser autour de leurs démarches et de leurs projets.

Elles persévèrent encore dans la sophistication des discours, construits avec beaucoup d’efforts et peu d’impact sur des consciences pressées qui optent pour les nouvelles technologies de communication. Les dernières propositions et déclinaisons du consensus national ou du nouveau rapport de force présentent un potentiel de persuasion plus qu’improbable. Pourtant, le changement ne manquera pas de survenir.

Il n’est pas jamais proposé par le sommet, rarement obtenu par des organisations intermédiaires, il est imposé par la base. Toutes les avancées politiques ou les lézardes dans la structure monolithique du système ont été la résultante de mouvements sociaux authentiques et profonds. Le pluralisme politique après Octobre 1988 et la reconnaissance de la dimension amazighe ont été rendus inéluctables par un souffle populaire irrépressible. Le pouvoir en place gagnera l’élection, mais perdra sa bataille contre la société.

El-Watan.com