Élection présidentielle, quel rôle pour l’opposition ?

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Par «opposition», j’entends, en premier lieu, les partis légalement constitués qui se sont démarqués des partis affiliés au pouvoir ; cependant, par extension, j’englobe également tous ces mécontents, qu’ils soient organisés ou non, et qui, à juste titre, critiquent le pouvoir pour sa mauvaise gouvernance du pays, et ce, tant sur le plan institutionnel que celui politique, économique et socioculturel.

Ceci dit, quelle est pour tout ce monde la position à prendre face à l’échéance de la future élection présidentielle ?
Le pouvoir, avec ce qu’il en est advenu, à savoir un système clanique désarticulé sans parrain patenté, n’est plus en mesure de gérer les affaires courantes de l’Etat en raison des difficultés que rencontrent les forces qui le composent à parvenir à un consensus autour du choix d’un nouveau président en remplacement de l’actuel atteint d’une longue maladie handicapante. Il est vrai que dans ces circonstances il n’est pas aisé de trouver un président démagogue qui soit capable à la fois de s’occuper de la façade politique et de jouer l’équilibriste afin de satisfaire les desiderata des uns et des autres. Et il ne reste à ces forces qu’à prier pour que Dieu leur garde le président Bouteflika le plus longtemps en vie pour postuler à autant de mandats. D’ici là, on verra !

Cette question étant entendue, il faut se rendre à l’évidence que l’organisation de l’élection présidentielle est pour le pouvoir un simple tour de passe-passe. Il s’agit tout simplement de mobiliser les partis maisons et leurs satellites, de mettre en branle les médias publics et privés ainsi que les institutions étatiques, de fermer l’œil au regard de la fraude en tous genres, de la corruption, des marchés informels, des constructions illicites, et enfin de prendre des mesures d’apaisement social comme la distribution de logements et le renforcement des subventions anti-économiques.

C’est alors que nous aurons, dans le cadre du système en cours, un nouveau président «démocratiquement élu».
Devant ce scénario qui se répète en boucle à tous les niveaux des élections, et sachant par ailleurs qu’un vote populaire libre sans l’ingérence du pouvoir conduirait, dans l’état d’une société algérienne encrassée dans l’obscurantisme religieux, à l’instauration d’un pouvoir théocratique qui placerait l’Algérie devant le risque de se retrouver dans la même situation d’avant la décennie noire, on peut alors se demander à quoi joue l’opposition qui s’obstine à se focaliser sur les élections libres et leurs garanties.

Au lieu de continuer de faire le jeu du pouvoir, pourquoi ne cherche-t-elle pas à s’entendre sur l’élaboration d’un programme rassembleur ? Il est clair que dans ce cas, elle devra, d’une part, réfléchir sur les procédures visant à la réalisation d’une façon effective la séparation des pouvoirs en se basant sur les principes fondamentaux d’un Etat républicain, et, d’autre part, concevoir des moyens puissants pour éradiquer les deux fléaux qui rongent notre société, à savoir l’obscurantisme religieux et la corruption qui constituent de fait le sous-bassement du pouvoir.

Ce programme ne devra pas en outre faire l’impasse sur des questions qui fâchent et devra s’efforcer à sensibiliser les générations et éveiller leur conscience afin de les amener à consentir, à l’instar de la génération de Novembre, de gros sacrifices en renonçant au mode de consommation actuel, lequel en se nourrissant essentiellement de la manne pétrolière est loin d’être le produit d’un travail laborieux productif de biens et de services. Il faudra expliciter clairement à la génération présente que c’est dans le rétablissement de la vérité des prix et la rémunération en fonction des compétences, des efforts fournis, et de la création des richesses que l’Algérie retrouvera la voie du progrès, de la modernité et du développement durable.

En bref, nous pouvons affirmer que l’élection présidentielle ou autres dans le système algérien actuel sont un leurre et que par conséquent tous les opposants, que dis-je, tous ceux qui aiment leur pays, devraient plutôt se mobiliser en masse pour amener le pouvoir à se rendre à l’idée que seul un programme de redressement drastique mais pacifique peut sortir le pays de l’impasse politique et économique dans laquelle il se trouve. Il est à noter que le pouvoir, bien qu’il repose sur des forces de sécurité et notamment sur l’institution militaire, sait qu’il lui sera difficile et dangereux de recourir à celle-ci dont le représentant direct n’a pas cessé de proclamer son attachement à la non-ingérence dans les affaires politiques de l’Etat et à continuer à respecter et à défendre les institutions républicaines.

C’est dire que l’opposition en renonçant à l’alternative de l’organisation d’élections libres et en se focalisant sur la manière de sensibiliser la classe politique, les sociétés civiles et professionnelles autour d’un programme de redressement clairement exprimé et soutenu finira, avec le temps et la persévérance, à faire adhérer un plus grand nombre de citoyens désireux, dans la sérénité, de parvenir à une solution pacifique amenant de la sorte le pouvoir en place à composer et à accepter une solution raisonnable dans l’intérêt de la nation. Peut-on encore espérer ?

Malheureusement, c’est cela ou l’éclatement un jour ou l’autre de notre société, minée qu’elle est par des faux problèmes et guettée en son sein par des prédateurs de tous bords.

 

Par Khalfallah Abdelaziz

Cadre de la nation en retraite, ex-chef de zone de la Wilaya II historique

 

 

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