Flou politique et désordre institutionnel

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Flou politique et désordre  institutionnel

Les changements intervenus au lendemain de l’élection présidentielle de 2014 ont réduit considérablement les capacités de négociation et d’arbitrage à l’intérieur du régime.

C’est la marche vers l’inconnu. A mesure que le rendez-vous présidentiel s’approche, le paysage politique s’enfonce un peu plus dans le brouillard. A seulement six mois de l’élection présidentielle, la confusion est totale au sommet du pouvoir. La visibilité est nulle. A l’incertitude s’ajoute l’inquiétude d’un lendemain peu rassurant. Le pays renvoie une image hideuse.

Les responsables politiques désignés pour conduire les affaires publiques se livrent à un spectacle affligeant. L’épisode de l’Assemblée nationale qui a vu des députés de la «majorité» parlementaire se rebeller contre leur propre président, Saïd Bouhadja (FLN), vient renforcer ce flou politique dominant. Il est le révélateur de la dégradation des rapports entre les différents centres du pouvoir.

Par son ampleur et ce qu’il peut produire comme conséquences, il provoque un désordre institutionnel certain. La curieuse fronde des parlementaires des partis de la coalition, l’obstination du président de la Chambre basse du Parlement et l’entrée en ligne du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, en «invitant» le troisième personnage de l’Etat à démissionner ne peuvent être la résultante de la banale et supposée «mauvaise» gestion administrative du l’APN. L’affaire a pris une tournure politique sérieuse.

Le moment dans lequel elle intervient laisse penser qu’elle est en rapport direct avec l’agenda politique à venir. D’évidence, cette tempête qui agite les travées de l’hémicycle révèle un climat de tension, de nervosité et de méfiance qui s’empare de la maison du pouvoir. Elle met en lumière l’équilibre précaire et instable au sein du sérail. La guerre des tranchées qui oppose les «frères ennemis» est-elle l’expression de la véritable crise, celle qui agite les réels détenteurs du pouvoir ? «La forme, c’est le fond qui remonte à la surface.»

Le bras de fer qui oppose le président de l’Assemblée nationale au Premier ministre, Ahmed Ouyahia, par députés interposés peut être perçu comme annonciateur d’un désaccord sur la marche à suivre et sur l’élaboration du scénario final devant présider à l’organisation soit de la reconduction de Abdelaziz Bouteflika – une hypothèse faible – ou de la succession.

Signe que l’étape pré-présidentielle serait laborieuse. Tributaire des rapports de forces changeants, le scénario s’écrit au jour le jour. Manifestement,  toutes les options divisent. La multiplication des incidents peut creuser les clivages. Par effet accumulatif, la crise est devenue inextricable. Ça déborde de partout.

Aucune institution ne donne l’impression de contrôler les événements. Pis encore, aucun responsable ne tient ses troupes. Le pouvoir se retrouve dans la situation d’avant-avril 2014 mais avec des complications encore plus énormes. Sans stratégie sérieuse, les différents cercles du pouvoir recourent à la manœuvre et jouent le pourrissement. Une méthode élevée au rang de vertu cardinale dans l’administration politique du pays.

En plus du fait que c’est un quinquennat à blanc, le 4e mandat présidentiel qui s’achemine vers sa fin n’aura pas servi à mieux préparer l’après-Bouteflika. L’état du délabrement institutionnel a atteint des proportions alarmantes. Et les mécanismes du système et ses fonctions ne sont plus assumés de la même manière.

Les changements intervenus au lendemain de l’élection présidentielle de 2014 ont réduit considérablement les capacités de négociation et d’arbitrage à l’intérieur du régime. Le management des conflits fait défaut et la nouvelle ingénierie politique tarde à prendre forme. Le retrait du président de la République, qui concentre l’essentiel des pouvoirs, a ouvert la porte au désordre. Les scandales impliquant de hauts dignitaires du régime, civils et militaires, s’accumulent, portant des coups supplémentaires au peu de crédit qui reste encore à l’Etat.

Le recul de l’Etat de droit et le non-respect des règles ont permis aux groupes extraconstitutionnels de prendre le dessus, de dicter les conduites à tenir et de fixer le cap. Cette nouvelle équation ne pouvait que multiplier les contradictions et générer des tensions internes. Les forces qui ont accumulés des pouvoirs – politiques et économiques – à l’ombre des années Bouteflika redoutent tout changement politique. Elles se dressent vigoureusement contre la possibilité de passer à une nouvelle étape, alors que l’Algérie en a grandement besoin. Elles ne peuvent prendre en otage tout un pays et compromettre l’avenir de la nation.

Elles sont l’avatar d’un système de gouvernance à bout de souffle. Ses limites objectives atteintes, il n’est plus en mesure d’apporter des réponses aux multiples crises qui cernent l’Algérie. Il ne dispose plus de capacité à relever les défis de demain. S’obstiner à le maintenir c’est faire courir au pays le risque d’effondrement. S’il n’est pas trop tard pour trouver une sortie par le haut, mais le temps presse.   

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