Forte polémique sur l’interdiction de la prière à l’école : De nouveau le chantage par la religion

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La polémique sur la prière à l’école ne cesse d’enfler. Commentant devant les députés la décision relative à l’interdiction d’accomplir la prière dans l’enceinte des établissements scolaires, la ministre de l’Education nationale, Mme Nouria Benghebrit, citée par l’APS, a affirmé, jeudi, que «nul n’est en mesure de toucher à l’identité et aux constantes des Algériens», précisant qu’il s’agit «d’un calendrier de travail à respecter» dans le secteur.

«Dans le cadre de la cohérence qui règne entre les ministères, il y a les mosquées qui sont un espace dédié» à l’accomplissement de la prière, poursuit-elle. La ministre avait soutenu, lundi, la décision de la directrice de l’Ecole internationale algérienne de Paris relative à la mise à pied une élève qui a défié l’administration en faisant la prière dans la cour de l’établissement. «Les élèves vont à l’école pour étudier. Ce qui s’est passé à l’Ecole de Paris, c’est qu’une élève est sortie dans la cour et a fait la prière d’une manière ostentatoire. L’école n’a fait que son travail», a-t-elle indiqué.

«Cette pratique (la prière) doit se faire à la maison», soutient Mme Benghebrit. Juste après cette déclaration, des images sur des prières collectives dirigées par des enseignants-imams avaient fleuri sur les réseaux sociaux. Des élèves ont pris possession des cours de leurs établissements et avaient accompli ce que les réseaux sociaux qualifient sarcastiquement de «salat zkara» (prière de défi à la ministre). Prenant un seflie avec ses élèves, un enseignant avait défendu la prière qui est le deuxième pilier de l’islam. «Ma prière, c’est ma vie», fait-il répéter à ses élèves alignés derrière lui. Rejoignant le concert d’indignation contre la ministre de l’Education, le président du MSP, Abderrazak Makri, s’est étonné que Mme Benghebrit empêche les élèves de prier, mais tolère la danse «wai-wai» «sous prétexte, constate-t-il, que cette danse aide à résoudre le problème de la violence dans les écoles».

A grands renforts de versets du Coran, le candidat du MSP à la présidentielle soupçonne la ministre de «s’inscrire dans un plan…» : «… Mme Benghebrit (et ceux qui sont derrière elle et la soutiennent), l’Algérie a-t-elle besoin d’un conflit d’identité ? N’avons-nous pas assez de la situation dans laquelle nous sommes ? Ou est-ce que cette tension s’inscrit, à la base, dans un plan ?» La ministre «est libre de ne pas prier, de croire ou non ou d’avoir une religion autre que l’islam, car il n’y a aucune contrainte en matière de religion, mais pourquoi empêche-t-elle les gens de pratiquer leur religion et de prier ?» s’interroge Makri, dont le parti a introduit une question écrite sur le sujet à l’APN.

«Laissez l’école en dehors de ce conflit idéologique !»

Député du FLN à Naâma, Slimane Sadaoui demande aux responsables de respecter la Constitution et de ne pas craindre la «daechisation» de l’école, qui est «sous le contrôle» des autorités. Hafid Derradji, animateur sportif, est, lui aussi, critique envers Mme Benghebrit qui interdit, selon lui, la prière, alors que dans toutes les écoles et les universités de Suède, il existe des «salles de prière». Invité de la rédaction à la Chaîne III, Mohamed Chaïb Draa Tani, conseiller au ministère de l’Education nationale, a accusé, jeudi, des «lobbies» d’être à l’origine du grand tollé de ces derniers jours. «Toutes les prières sont accomplies par l’enfant chez lui. Il reste la prière d’El Asr, lorsque l’enfant est peut-être à l’école, mais il peut faire sa prière une fois de retour à la maison.

Où est le problème ?» s’interroge le conseiller. Reconnaissant que la question de la prière dans les écoles «n’est pas un problème», Chaïb Draa est catégorique : «D’abord, la Constitution algérienne a tranché : l’islam est la religion de l’Etat ; deuxièmement, l’éducation islamique et les sciences islamiques sont enseignées de la première année primaire jusqu’à la troisième année secondaire.» S’agissant de l’arrêté portant organisation de la communauté éducative, le cadre du département de Mme Benghebrit précise qu’il «a fait l’objet d’un débat avec tous les partenaires sociaux dans le cadre d’une commission que j’ai présidée et il n’a jamais été dit et décidé que l’école doit réserver un endroit pour la prière».

Le cadre rappelle l’époque des années 1990 où «on voulait coûte que coûte instrumentaliser l’école à des fins non déclarées». Cet «état d’esprit», relève-t-il, est «toujours présent dans le pays» et reflète cette «volonté d’impliquer l’école dans un conflit idéologique qui n’est pas le sien». «Il est de la responsabilité de toute la société de protéger l’école publique, républicaine, moderne. Cette volonté, nous la constatons depuis un certain nombre d’années et je dis basta ! Laissez l’école en dehors de ce conflit idéologique (…)

Il ne s’agit pas d’impliquer l’école dans ce conflit», a-t-il dénoncé, affirmant qu’il est «très facile pour certains de coller des étiquettes gratuitement». Si Mme Benghebrit a des détracteurs, elle a également des «soutiens» qui dénoncent, sur les réseaux sociaux, très clivés, l’«emprise» de la religion dans une école censée être «laïque». Dénonçant une polémique surfaite, le militant des droits de l’homme, Brahim Tazaghart, parle de l’«exploitation» de la religion et de l’école pour «approfondir la crise dans un pays blessé». «Au citoyen musulman de protéger sa religion de ces réactions contre des objectifs qui ne concernent pas le Créateur, mais visent à exploiter la religion à dessein», estime-t-il sur son mur.

El-Watan.com