Foyers de violence, rentes et impostures électorales

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Foyers de violence, rentes et impostures électorales

Pourquoi l’Algérie ne veut pas décoller économiquement ? Parce qu’il y a une limite à la compétition par l’innovation, c’est-à-dire l’accès au marché est fermé à la compétition économique par l’innovation.

Et pourquoi l’accès au marché par la compétition économique par l’innovation est fermé ? Parce que la logique de la coalition dominante au pouvoir consiste à créer des rentes par le biais des privilèges et non à éroder les rentes par le biais de la compétition.

Et pourquoi la coalition dominante veut créer des rentes ? Le mécanisme de la distribution de rentes compense le défaut de représentativité du dirigeant de la coalition dominante. Le contrôle de la violence dépend de la structure et du maintien des relations entre «puissants».

Et pourquoi il y a un défaut de représentativité du dirigeant ? Parce qu’il y a un groupe qui a confisqué la politique et empêche que le peuple algérien puisse s’émanciper et se libérer pour prendre son destin en main. Ainsi, le peuple est détenu en otage dans un rôle passif et générique.

C’est ce groupe qui manipule les élections et soutien le candidat de son choix. C’est ce groupe à l’abri de tout contrôle politique par le peuple, par défaut d’absence d’une réelle et légitime représentation accompagnée de véritables élus, qui se trouve être à l’origine des déboires et des catastrophes que subit notre pays.

C’est ce groupe protégé et politiquement à l’abri, qui gouverne en se cachant, manipule les élections (fraude électorale systématique), coopte et fait passer le candidat président de son choix qui sert en priorité ses intérêts et non l’intérêt du peuple. Ce groupe a toujours été à l’origine des mauvais choix pour l’Algérie (Chadli, Bouteflika etc.).

Ce groupe existe parce que la nature a horreur du vide, c’est-à-dire que nous n’avons pas une réelle représentation comme dans les pays développés. Dans les pays développés par exemple, la centralisation du contrôle politique sur l’armée ou d’autres coalitions, par les représentés, dispense les élites de devoir maintenir des alliances avec diverses factions civiles ou militaires.

La représentation politique en Algérie est confrontée à deux immenses remparts : tous les partis sont oligarchiques et métapolitiques sans exclusive, ne sont pas enchâssés en profondeur dans notre société, donc étrangers aux luttes et aux préoccupations des centaines de mouvements sociaux et lignes de masses algériennes, d’une part, et, d’autre part, la fraude électorale qui est devenue structurelle n’avantage que le candidat de ce groupe.

Prime conséquence, les élites et les partis métapolitiques sans exclusive sont piégés et ne se destinent qu’à être des seconds couteaux.

Nos partis métapolitiques totalement déconnectés des luttes sociales et faute d’audience sont totalement éloignés des luttes de nos lignes de masses et dans l’incapacité d’obtenir leur adhésion, fonctionnent de façon oligarchique, à vide, faute de force motrice entraînante.

C’est de cette incapacité intrinsèque de nos partis métapolitiques à prendre le pouvoir par eux-mêmes qu’est né ce besoin pressant d’alliance secrète et de vassalisation avec certaines factions de ce groupe.

Ces élites et les partis par cupidité rentière et de pouvoir, acceptent de prêter allégeance par «devoir» en maintenant des accords avec diverses factions de ce groupe. Par ailleurs, le but et le dessein de ces mascarades électorales présidentielles récurrentes nées de cette alliance partis et armée, c’est de servir à prolonger la longévité et à auto-entretenir un système qui a épuisé son parcours.

Pour pouvoir expliquer pourquoi l’Algérie est prisonnière de ce sort et de cette impasse tragique, il nous faut un large détour et développer une réelle et nouvelle vision sur le fonctionnement et le développement des sociétés sur le temps long de l’Histoire.

Quelles sont les raisons qui ont permis à l’Europe à se distinguer radicalement dans le processus du développement économique et politique sans précédent dans l’histoire de l’humanité ?

Les derniers travaux interdisciplinaires (histoire, anthropologie, droit, sociologie, sciences politiques, économie) s’accordent avec une puissance extraordinaire à renverser l’ordre de la causalité de l’économie standard, qu’il faut considérer plus comme des manifestations que comme des causes du développement.

Ces travaux interdisciplinaires s’accordent à dire que le problème majeur des sociétés humaines, quelle que soit l’époque, est le jeu des acteurs dominants du pouvoir et la régulation de la violence en leur sein (on n’a rien créé : Engels, bien placé, fils d’un industriel et compagnon de Marx, est le premier qui a soulevé le rôle de la violence dans la régulation économique et politique).

De la réponse à cette contrainte structurante qu’est la violence découlent les institutions économiques, politiques et sociales, et notamment la première d’entre elles : l’Etat (l’organisation des organisations).

Dans les sociétés développées (démocratiques) où l’accès est ouvert à la compétition économique par l’innovation, dites aussi sociétés wébériennes, le gouvernement a le monopole de la violence, qui est soumis à des règles strictes et bien établies.

Dans ces sociétés, les arrangements politiques et sociaux désignent certaines organisations militaires et policières qui ont le droit de recourir à la violence, et certaines organisations qui sont chargées de contrôler l’usage qu’en font ces dernières. Le contrôle du gouvernement est lui aussi contestable et soumis à des règles claires, strictes et bien établies.

Dans les sociétés développées, la logique de la coalition dominante consiste à éroder les rentes par le biais de la compétition contrairement à celle des Pays en voie de développement (PVD), qui consiste à créer des rentes par le biais des privilèges (spécifique à notre pays, nous sommes en train de le vivre avec une rigueur mathématique).

Dans les pays développés, où la démocratie libérale est sous le contrôle du capital, la centralisation du contrôle politique sur l’armée par les représentés dispense les élites de devoir maintenir des alliances avec diverses factions militaires, lesquelles ne sont activées que dans les situations d’explosion de violence.

Les économistes ne montrent ni pourquoi ni comment le système politique définit les droits de propriété, veille à l’exécution des contrats et instaure l’Etat de droit nécessaire au fonctionnement des marchés, ils sont incapables de dire à quoi tient la stabilité d’un ordre démocratique où l’accès à la création de richesses et l’économie par l’innovation est ouvert à tout le monde.

Quant aux sciences politiques, leur pouvoir explicatif se concentre pour leur part sur la démocratie et prennent pareillement pour acquise l’ouverture de l’accès et la compétition politique, se contentent d’en étudier les conséquences. Elles n’expliquent pas pourquoi les sociétés développées démocratiques peuvent entretenir une démocratie stable qui soutient l’économie de marché, à la différence de la plupart des PVD peu démocratiques.

Tout PVD est confronté au problème de la violence, et si d’emblée nous considérons les PVD comme des sociétés wébériennes (l’erreur que font tous nos sociologues sans exclusive, y compris mon ami Addi Lahouari), c’est-à-dire nous envisageons l’Etat comme un acteur unique détenant le monopole de la violence, alors nous passons à côté du problème fondamental.

Dans le régime Bouteflika où celui-ci n’a jamais gouverné avec des coudées franches (réellement, ce régime est sous le sceau de 12 généraux de l’état-major que Bouteflika a réussi à les corrompre tous, celui-ci même embaumé restera au pouvoir), contrairement aux Etats wébériens, l’Etat bouteflikien est une organisation impliquant une pluralité d’individus qui, tout en préservant leurs intérêts personnels, coopèrent en vue d’un objectif commun.

Les ressources que les organisations élitaires en Algérie apportent à la coalition dominante renforcent les relations au sein de la coalition. Les membres de la coalition dominante de ce régime, qu’ils soient eux-mêmes violents ou non, dirigent des organisations composées de plusieurs professionnels, dont les spécialistes de la violence, parce que la mise en œuvre de la violence doit être organisée, les spécialistes de la violence appartiennent à des organisations ou les dirigent.

Étant donné que dans des régimes politiques sans consentement généralisé des administrés (fraude électorale massive) la coalition dominante dont les membres jouissent de privilèges spéciaux, dont aucune des parties (des bandes avec des chefs, organisation adhérente) ne peut assurer le respect des règles, la paix ne va pas de soi, mais dépend de l’équilibre des intérêts générés par le processus de création de rentes.

En permanence, la violence et la guerre civile sont toujours en puissance. En ce sens, le régime de Bouteflika en réservant ces privilèges aux membres de la coalition dominante pose des incitations crédibles à la coopération plutôt qu’à l’affrontement. Parce qu’elles sont conscientes que la violence risque d’entamer leurs propres rentes, elles ont tout intérêt à ne pas se battre.

Sur ce registre, le système politique actuel manipule l’économie en vue de produire des rentes qui, à leur tour, garantissent le maintien de l’ordre politique.

C’est grâce aux études anthropologiques que nous avons appris que le fonctionnement du régime politique de Bouteflika (car faute de représentation et d’adhésion des lignes de masses) ne relève pas de la pathologie, mais bien de la marche normale des sociétés depuis 10 000 ans, où l’organisation sociale se construit – avec des fortunes diverses – autour du pouvoir politique pour contenir, limiter, endiguer la violence entre acteurs sociaux.

Toutes les analyses qui nous sont coutumières, opposant des pays développés riches et bien gouvernés à des pays en développement souffrant chroniquement de tous les maux, mettent l’accent que sur une «mauvaise gouvernance» endémique, évalués uniquement à l’aune de leurs manques, de leurs défaillances ; bref, des différences entre eux et les pays riches.
En limitant l’accès au cercle de la coalition dominante, les élites au pouvoir créent des rentes dont l’allocation sélective détermine toute la valeur.

Postes politiques, honorifiques, positions de monopole, terres, marchés, contrôle des ressources naturelles (carrières et gisements miniers), financement avantageux (bonifiés et sans contrepartie de garanties, voire moratoires sur les remboursements), licences d’importation (voitures, sucre, céréales, produits alimentaires, etc.), les représentations d’exclusivité et de monopole (ce mal bien français que nous avons hérité), filtres de l’ANDI et du CNI, ressources à bas prix, etc. sont ainsi distribuées au sein de la coalition dominante pour contenir la violence de la lutte au pouvoir.

Ces rentes qui circulent entre pouvoir et richesse ont ainsi pour fonction essentielle de stabiliser l’ordre social au sein du cercle des acteurs dominants.

L’existence et le fonctionnement des institutions nécessaires à l’organisation des marchés et à la production de richesse, dans la théorie néoclassique, ne sont pas questionnés, ils sont présupposés (c’est de là que commence la césure).

Dorénavant, on doit revenir à ces questions premières sur l’Etat, le contrôle de la violence et les institutions nécessaires pour soutenir la prospérité.

Et c’est finement l’évolution de la relation entre pouvoir et richesse, les études historiques que j’ai revues en détail, montrent que ce n’est pas l’accumulation du capital ou ce que nous appellerions aujourd’hui la croissance économique, mais bien la stabilité de l’ordre social qui est l’objectif fondamental des puissants.

C’est de par la création de rentes que le dirigeant et sa coalition dominante limitent l’accès à la création de richesse où la compétition par l’innovation n’est plus opérative.

Ces privilèges distribués constituent un rempart politique infranchissable pour le développement et le décollage économique de l’Algérie (entendons-nous bien, le sucre et l’huile ce sont des rentes et n’ont rien d’innovatrices ou d’entrepreneuriales, le sucre est un bien commun à toute la nation de par sa juteuse nature boursière [terme et spot], demeure un réservoir fabuleux de trésorerie et d’accumulation et de concentration du capital qui va investir tous les filons de gisements de rentes et il est inconcevable qui soit détenu par deux ou trois familles en Algérie, il faut nationaliser le sucre en urgence).

Comment Bouteflika, les «puissants» de l’état-major de l’armée (12 généraux) et les autres groupes de sa coalition dominante s’engagent-ils de façon crédible à cesser les hostilités entre eux ?

La réponse à cette question est à l’origine de tout ce gigantesque travail pluridisciplinaire, qui se limite aux Etats peu démocratiques où l’accès à la compétition économique est limité volontairement par la coalition dominante.

Seul le mécanisme de la distribution de rentes compense le défaut de représentativité du dirigeant de la coalition dominante. Le contrôle de la violence dépend de la structure et du maintien des relations entre «puissants».

L’institution électorale en Algérie n’a rien à voir avec la démocratie, car elle est soumise à des fraudes généralisées, récurrentes et systématiques à chaque rendez-vous électoral.
Dans le régime Bouteflika, la création systématique de rentes par la limitation de l’accès n’est pas une simple tactique permettant à la coalition dominante de s’enrichir : c’est la clé du contrôle de la violence.

La création de rentes, les limites à la compétition et à l’accès aux organisations de l’Etat sont déterminantes pour définir le régime Bouteflika, ses institutions et les faibles, voire quasi nulles performances de la société à tous points de vue.

L’éventualité que certains aient recours à la violence pose un problème permanent et majeur à la coalition dominante en Algérie. Aucune société ne résout ce problème en éliminant purement et simplement la violence : au mieux, la violence pourra être endiguée et gérée. Ses manifestations sont diverses. Elle peut s’exprimer soit par un passage à l’acte, soit par des menaces. Le concept de violence englobe aussi bien la menace que l’action.

Nous nous intéressons principalement à la violence organisée, c’est-à-dire aux actes violents ou aux menaces émanent de groupe, du gang à l’armée en passant par tous types d’organisations qui peuvent recourir à la violence, tels les syndicats, les partis, tous types d’organisations affiliées directement à l’Etat ou non. Il est connu que dans le cadre du droit constitutionnel constitué et non constituant (les luttes et les combats), c’est à travers les institutions que les Etats modernes démocratiques (où l’accès à la compétition économique est ouvert) endiguent la violence.

La coalition dominante en Algérie inclut des individus spécialisés dans diverses activités (militaires, religieuses [zaouïas], politiques, économiques, syndicalistes, etc.). Ces individus (l’élite), que nous appelons les spécialistes de la violence, chacun dans son monde où l’un contrôle l’autre, et pour reconnaître leurs droits de contrôler la terre, le commerce, la main-d’œuvre, les licences d’importation, les ressources dans leur sphère respective.

Parce qu’ils sont conscients que la violence risque d’entamer leurs propres rentes, elles ont tout intérêt à ne pas se battre. Les spécialistes de la violence ne déposent pas les armes, mais si leurs terres, leur main-d’œuvre, leurs commerces et leurs ressources s’avèrent plus productives en l’absence de violence, alors l’ouverture des hostilités leur en coûtera davantage.

Au-delà de la Théorie économique standard (TES) torturée et tricotée sur toutes les facettes et coutures par mes amis contributeurs de haut niveau (Hafsi, Aktouf, Addi Lahouari, etc.), ressassent, pérorent et s’égosillent à longueur d’année dans la presse et les plateaux de TV, sans pouvoir réussir et dans l’incapacité à sortir du cercle pour nous fournir un modèle explicatif pour argumenter de façon probante ce à quoi est due cette résilience à notre décollage économique.

Ils croient savoir que seule la croissance économique amorcera le développement économique et qu’il suffirait de supprimer les obstacles à cet objectif, en injectant de l’épargne et de l’investissement, en améliorant le capital humain et les infrastructures techniques, en libéralisant le marché et en promouvant la bonne gouvernance. Ils se trompent en long et en large et sur toutes les coutures.

La croissance économique n’est pas un objectif qui va de soi. C’est la stabilité de l’ordre social (le contrôle de la violence par la distribution de rentes) qui constitue le fondement des régulations sociales et donc la préoccupation majeure de notre régime.

C’est à partir de ce fondement qu’est générée cette résilience à notre décollage économique et qui explique pourquoi la coalition dominante est dans l’incapacité de partager le gâteau et d’amorcer et entreprendre toute véritable politique de développement conformément à la théorie économique standard.

Je suis conscient que je suis en train de bouleverser l’ordre des choses en procédant autrement pour postuler que la création de rentes, les limites à la compétition par l’innovation et à l’accès aux organisations sont déterminantes pour définir l’Etat, ses institutions et la performance de la société.

Depuis toujours, les sociétés ont exercé leur contrôle sur les activités politiques, économiques, religieuses et éducatives en vue d’endiguer la violence. Dans la plupart des sociétés, le pouvoir, qu’il soit politique, économique, religieux ou militaire, est fondé sur les institutions qui structurent les organisations et les relations humaines.

Ces institutions confèrent à quelques individus le monopole des ressources et des fonctions sociales et limitent ainsi le recours à la violence en canalisant les perspectives de gain des individus et des groupes potentiellement violents.

Étant donné que dans des régimes politiques sans consentement généralisé des administrés, la coalition dominante, dont aucune des parties (des bandes avec des chefs, ex : Gaïd Salah, Ouyahia, Saadani, Bouchouareb, Saïd Bouteflika, etc.) n’assure le respect des règles, la paix ne va pas de soi, mais dépend de l’équilibre des intérêts générés par le processus de création de rentes.

En permanence, la violence et la guerre civile sont toujours en puissance.
L’instabilité du régime de Bouteflika à moyen terme lui interdit d’élaborer des formes durables du droit public (Georg Jellinek) ; (pour rappel, le droit public conditionne le comportement de l’Etat).

Le régime de Bouteflika est incapable d’édicter et à faire respecter le droit privé, particularité visible dans toutes les cours de justice en Algérie (pour rappel, le droit privé conditionne les relations entre individus que l’Etat fera appliquer).

Ces schémas d’organisation sociale, Weber les appelle «les ordres sociaux».

Dans le monde moderne, on trouve deux modèles d’ordres sociaux

Dans le monde développé, 40% de la population mondiale (la masse européenne et nord-américaine) vit dans un ordre social caractérisé par une bonne corrélation entre développement économique à hauts revenus et démocratie libérale inféodée et constitutive au capital (notons qu’à un autre niveau, cette démocratie libérale est constitutive et inféodée au capital, n’est pas encore cette démocratie absolue où le pouvoir est pour tous et exercé par tous, il ne faut pas vous tromper sur ce registre), ce modèle se définit par :

1- la centralisation du contrôle politique sur l’armée ;
2- un développement politique et économique ;
3- une économie qui enregistre beaucoup moins de croissance négative ;
4- une société civile diversifiée et vigoureuse, dotée d’un grand nombre d’organisations ;
5- un Etat plus étendu et décentralisé ;
6- un tissu de relations sociales impersonnelles, incluant Etat de droit, droits de propriété sécurisés, justice et égalité, dans lequel tous les individus sont traités de la même façon ;
7- pérennité des organisations élitaires publiques et privées, dont l’Etat lui-même ;
8- des systèmes de croyances communes sur l’intégration et l’égalité de tous les citoyens ;
9- accès sans restriction aux activités économiques, politiques, religieuses et éducatives ;
10- soutien aux organisations dans les activités ouvertes à tous (en veillant par exemple à l’exécution des contrats) ;
11- Etat de droit qui s’applique indistinctement à tous les citoyens ;
12- impersonnalité des échanges.
Dans le monde dit sous-développé ou en voie de développement (nous), 50% de la population mondiale vit dans un ordre social caractérisé par :

1- l’armée demeure sans contrôle politique faute d’une véritable représentation et constitue le principal et le plus important foyer de violence, de corruption et d’accaparement de rentes ;

2- la Constitution est un acte de gouvernement au lieu d’être un acte du peuple (qui n’est pas élaborée à partir d’une sommation et synthèse de l’ensemble des cahiers de doléances de toute la population).

Distance infranchissable entre le pouvoir constituant (en tant que producteur de normes, principe immanent aux systèmes juridiques) et le pouvoir constitué. [Les partis politiques désuets qui ne visent que le pouvoir, croient savoir que pour régler les problèmes de l’Algérie, il suffit de relancer simplement quelques initiatives d’ingénierie constitutionnelle que confectionneront nos technocrates et politiques, cachés derrière leurs bureaux feutrés.

Démunis de la nécessaire praxis de la dialectique de l’histoire et de l’historiographie des mouvements de masse, nos indigents et hâtifs politiques ne savent pas qu’il faut d’abord s’atteler à élaborer une Constitution constituante qui doit refléter et incarner la multiplicité des mouvements sociaux et forces sociales, de sorte à interpréter l’immanence et l’ontologie plurielle du politique.

La Constitution ne peut émerger qu’à partir de luttes constituantes. Dorénavant, les pouvoirs constituants doivent fonctionner et être continuellement renouvelés par le bas.

Car le représenté est confiné dans un rôle politique passif et générique. Notre machine représentative n’est plus fiable ni viable. Elle n’a jamais fait son temps ni ne le fera. Jamais !] ;

3- les systèmes juridiques de façon subreptice trouvent leur origine dans la définition des privilèges des élites (la réglementation des changes chamboulée dernièrement pour permettre à Rebrab et Haddad d’investir à l’étranger les fonds communs de notre rente pétrolière, aussi le droit de préemption supprimé pour que la coalition dominante cède nos entreprises à «Daech», c’est-à-dire aux pétromonarchies, l’Union européenne, le Maroc, la France et Israël) ;

4- le degré de la portée de l’organisation humaine est restreint ;

5- un Etat plus réduit et plus centralisé ;

6- des régimes politiques sans consentement généralisé des populations ;

7- une économie à croissance lente, ou une économie rentière (Algérie) vulnérable aux chocs ;

8- une prédominance des relations sociales organisées sur un modèle personnel, reposant sur des privilèges, une hiérarchie sociale, basée sur les relations d’allégeances et de cooptations, des lois appliquées au cas par cas avec comme soubassement une justice corrompue et aux ordres de l’Exécutif, des droits de propriété fragiles et le présupposé que tous les individus ne sont pas égaux.

Le régime de Bouteflika gère le problème de la violence en formant une coalition dominante qui réserve aux groupes élitaires l’accès aux ressources et le contrôle des activités profitables.

La création de rentes par la limitation à l’accès cimente la coalition, permettant aux élites de prendre des engagements crédibles les unes envers les autres afin de soutenir le régime, remplir leurs fonctions et s’abstenir de la violence.

La limitation de l’accès aux organisations est la clé de voûte de ces régimes qui accèdent au pouvoir par la fraude électorale, c’est-à-dire sans une véritable volonté populaire (population passive et impassible) : non seulement elle génère des rentes à travers des privilèges exclusifs, mais elle accroît la valeur des privilèges en rendant les élites plus productives à travers leurs organisations.

La cessation de la violence (la paix) ne résulte pas du fait que les élites déposent des armes, mais qu’elles concluent des accords (explicites ou implicites) entre elles, réduisant le niveau de violence.

De facto, un dirigeant est plus puissant que les autres, mais ne sera jamais plus puissant en tant qu’individu que la coalition de ses pairs (les 12 généraux de l’état-major).

Bouteflika ne sera puissant que s’il est à la tête d’une coalition puissante
Bouteflika, pour se maintenir au pouvoir, doit entretenir une coalition dominante capable de l’emporter sur tous ses rivaux. Bouteflika n’est qu’un des multiples acteurs qui entrent en jeu dans la coalition dominante.

C’est par l’analyse des relations dynamiques entre acteurs dans la coalition dominante que nous pourrons comprendre la logique de l’ordre social et les conditions sous-jacentes à toutes les organisations sociales dans l’Etat du régime Bouteflika.

L’une des questions fondamentales est celle-ci : Quelles sont les innovations organisationnelles à introduire pour mettre en place des organisations pérennes pour nous permettre d’accéder et de transiter vers le mode démocratique des pays développés ? Ce sera l’objet d’un immense travail, comment créer ce champ gravitationnel de Higgs visant à transformer une particule énergétique sans masse en particule massive.

Par le Dr Belhoucine Mohamed

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