Une enquête sur les prénoms des enfants de l’immigration

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Les mœurs changent et les habitudes aussi : «Les prénoms donnés par les immigrés à leurs enfants nés en France reflètent l’héritage culturel, ainsi que les normes dominantes en France, sachant que ces dernières évoluent : s’appeler Lina, Mila ou Inès, pour les filles, Adam, Liam ou Ethan, pour les garçons, autant de prénoms dans le top 20 en 2017, est une marque d’adoption des goûts dominants. Pourtant, ces prénoms étaient quasiment inexistants avant l’an 2000 et peuvent difficilement passer pour ‘‘typiquement français’’».

C’est ce que révèle une passionnante publication de l’Ined Trajectoires, qui vient d’être rendue publique.
Ainsi, les concepteurs de l’étude notent : «Les immigrés du Maghreb arrivent en France avec des prénoms très éloignés de ceux de la population majoritaire (Mohamed, Fatiha). La part des prénoms arabo-musulmans est supérieure à 90%.

A la génération suivante, encore près des deux tiers des enfants d’immigrés reçoivent un prénom arabo-musulman, mais leur registre culturel est plus ambigu (Nadia, Myriam). Les prénoms que reçoivent les petits-enfants sont, en 2008, proches de ceux que la population majoritaire donne à ses enfants. Là aussi, on remarque, comme pour les petits-enfants des Européens du Sud, le choix croissant de prénoms appartenant au registre des prénoms maintenant considérés comme communs (Inès, Sarah)».

L’étude conclut que «la convergence entre population majoritaire et descendants d’immigrés ne se fait pas autour de prénoms typiquement ‘‘français’’, mais de prénoms internationaux auxquels tous et toutes peuvent s’identifier.

Il existe pourtant une transmission significative de prénoms associés à des origines maghrébines qui suivent deux registres différents.

Tout d’abord une transmission dans la filiation des prénoms arabo-musulmans, en particulier dans les familles à forte religiosité, mais également sous une forme d’innovation culturelle avec l’introduction de nouveaux prénoms (Yanis, Rayane ou Lina) qui sont rapidement perçus comme d’origine maghrébine par la population majoritaire. En d’autres termes, pour la population d’origine maghrébine, l’invisibilisation des connotations culturelles des prénoms n’est pas complètement réalisée : Yanis n’est pas encore vu comme Enzo».

Enfin, la prégnance religieuse n’a pas le même caractère de contrainte qu’elle ne le fut, même si cette identité reste forte : «Si, en moyenne, 23% des petits-enfants d’immigrés maghrébins portent un prénom arabo-musulman, la proportion varie selon la religiosité des parents. Alors que des parents sans religion choisissent dans 7% des cas un prénom arabo-musulman pour leur enfant, ce sont 63% de ceux à forte religiosité (qui considèrent la religion comme très importante dans leur vie) qui le font. Ce n’est que dans ce cas que l’on constate une rétention culturelle à la troisième génération.

On ne constate pas une dynamique similaire à la troisième génération pour les familles chrétiennes d’origine immigrée, car les prénoms qui leur seraient spécifiques sont communs avec ceux des familles majoritaires chrétiennes.»

El-Watan.com