Gaz de schiste : Un débat démocratique est nécessaire

  • 5 jours il y a
  • 9 Vues
  • 0 0

La décision prise par les dirigeants du secteur pétrolier pour entreprendre l’exploitation de gaz de schiste piétine les fondamentaux démocratiques, notamment lorsque, et c’est le cas, un projet engage l’Etat à investir des milliards de dollars sur des décennies.

Le Premier ministre Ahmed Ouyahia, le PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, défendent l’idée selon laquelle l’Algérie n’a pas le choix pour combler le déficit énergétique et ce, pour justifier l’exploitation de gaz de schiste.

La révision de la loi sur les hydrocarbures, entérinée et entrée en vigueur en janvier 2013, n’a pas, selon eux, attiré le potentiel d’investisseurs aptes à s’engager en partenariat avec Sonatrach dans l’extraction des énergies non conventionnelles. A ce titre, ils sont revenus à la charge ces derniers temps, pour essayer d’expliquer la nécessité d’extraire le gaz de schiste pour non seulement répondre à la demande interne et pouvoir continuer l’exportation des volumes de gaz afin que l’Algérie préserve ses parts de marché. La toute dernière déclaration de Guitouni s’inscrit en effet dans ce registre, lui qui a affirmé samedi 4 novembre à partir de Naâma, qu’une nouvelle loi sur les hydrocarbures sera prête en juillet 2019, pour justement attirer des partenaires internationaux. Il est aisément facile de deviner que les pouvoirs publics procèderont à des allègements fiscaux. Mais à quel prix ?

Le droit à la parole

Les responsables du secteur pétrolier ont maintes fois reproché à des acteurs de la société civile, entre autre des journalistes, des défenseurs de l’environnement, ainsi qu’à d’autres profils, non seulement leur manière de contester, et leur « intrusion » dans un débat technique qui ne les concernent nullement.

Si la question de l’exploitation de gaz de schiste, et des hydrocarbures de manière générale, relève d’un domaine hautement technique, et que des spécialistes détiennent une légitimité incontestée pour en discuter tout en englobant autant de paramètres possibles, il serait illégitime cependant d’interdire tout débat public.

Comme écrit plus haut, ce sont des milliards de dollars qui seront peut être  injectés dans un circuit et sur des décennies. Les montants exposés par les responsables oscillent entre 80 et 100 milliards de dollars à investir.

Ces décisions se répercuteraient à long terme si elles se concrétisent. Comme nous aujourd’hui, nous avons hérités des décisions et d’orientations prises successivement depuis l’indépendance. Dans ce cadre, nous avons le Droit de savoir si l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels est la meilleure des solutions pour un pays géré par la rente, et dont les dirigeants axent leur politique à partir des désidératas de fluctuations externes et d’informations extérieures à notre pays. L’EIA (Energy Information Administration) avait avancé des estimations de l’ordre de 20 000 milliards de mètres cubes de réserves de gaz de schiste en Algérie. Mais ces chiffres spéculatifs ne doivent pas pousser Sonatrach, par cette même entité, dans un gouffre financier, comme ce fut le cas en Pologne où les estimations de réserves ont été divisées par cinq, ce qui a mis fin au mirage et à l’enthousiasme de cet ex-pays soviétique qui veut gagner en indépendance énergétique.

On s’en souvient qu’à partir de 2012 et jusqu’en 2015 précisément, au lieu de l’émergence d’un débat serein et académique sur le dossier de l’exploitation de gaz de schiste, la question a plus été traitée sous l’angle de la polémique. Les contestations des citoyens à In Salah ont donné de la quintessence à la problématique. Qu’ils en soient ici remerciés encore une fois, car ils ont rappelé à l’ensemble des responsables étatiques et à toute la société, que de tels projets doivent être débattus en public et en toute transparence. Les manifestations qui ont duré plus d’un mois dans une région isolée, ont de surcroit mise en relief la nécessité d’évoquer la question énergétique dans un ensemble global intiment lié à l’importance d’une vision économique nationale. De même que le discours véhiculé au cours de quelques rassemblements organisés dans certaines villes (Ouargla, Tamanrasset, Adrar, Alger, Bejaia, Oran), contenait la même substance.

Ainsi, le message principal que doivent saisir des spécialistes du secteur pétrolier reste simple. Le sujet de l’exploitation des hydrocarbures n’est pas une chasse gardée. Avec tout le respect qu’on doit aux techniciens d’un secteur hautement stratégique pour l’heure, et dont les compétences seront sollicitées pour au moins les cinq prochaines décennies, il s’avère toutefois que toutes les problématiques doivent être débattues avec et au sein de la société. C’est un fondement démocratique à ne pas piétiner. A partir de là, une fois qu’un débat contradictoire est posé en bons termes, les polémiques seront évitées, et la société bénéficiera d’une meilleure compréhension des enjeux. Les discussions dans des chambres fermées sont l’apanage des dictatures et des régimes totalitaires.

Les alternatives existent

Rappelons qu’à la veille de la révision de la loi sur les hydrocarbures de janvier 2013, la commission parlementaire des questions économiques et énergétiques n’avait consulté que six spécialistes. La question se pose d’elle-même. Comment un projet qui engrange des milliards de dollars est discuté sans que l’opinion ne soit informée et sans que les autres centaines de spécialistes ne soient sollicités pour connaitre leurs avis, divergents soient-ils ? Rajoutons à cela, il ne s’agit pas d’inviter uniquement des compétences relevant du domaine énergétique, mais également ceux ayant les critères de mérite et provenant de divers secteurs. Ceci pour souligner l’importance de dialoguer de cette exploitation dans un cadre économique et de manière intégrale.

Sur ce point, parmi les principaux questionnements soulevés par des militants associatifs ou des journalistes entre 2012 et 2015 particulièrement, voire jusqu’à aujourd’hui, ces questionnement donc s’articulent autour de la rentabilité ou pas de l’exploitation du gaz de schistes, et des risques de pollution ou pas des nappes phréatiques et albiennes du Grand Sud.

Il semble que durant ces années, des porte-voix favorables à l’exploitation ont essayé de restreindre le sujet dans le plan écologique. Ce volet est bien entendu crucial, mais ce que veulent éviter les responsables, c’est le point lié à la rentabilité. Celle-ci a longuement été abordée par des experts pétroliers, des économistes et des analystes financiers. La plupart d’entre eux ont démontré scientifiquement que le projet d’exploitation de gaz de schiste n’est aucunement rentable. On peut citer à titre d’exemple, et il est intéressant de revenir sur leurs travaux et leurs interventions, les Ferhat Ait Ali, Mohamed Said Beghoul, Rabah Reghis, Chems Eddine Chitour, Hocine Bensaad, Nazim Zouiouèche, Hocine Malti, et le défunt Salah Mouhoubi.

En se basant sur les probabilités mathématiques et les prévisions financières sanctionnant la nullité économique de ce projet d’exploitation de gaz de schiste, nous sommes amenés à dire et souligner avec force que des alternatives existent. Mais faute d’un débat public national transparent, la société est privée de connaître les multiples solutions sectorielles, et qui dégagent une dimension sociale salvatrice. En clair, l’économie d’énergie est parmi les plus grands défis à relever par l’Algérie, pour en finir avec le fort taux de gaspillage de l’énergie, et pour inscrire des pratiques à tous les niveaux permettant au citoyen de participer à la construction d’un avenir Economique Durable. Les sujets alternatifs doivent être connus du grand public pour déconstruire le discours fataliste et décourageant des dirigeants de l’Etat. L’aménagement du territoire dans un souci d’équilibre démographique, dans l’espace urbain et/ou citadin, le lancement de projets agricoles viables sans utilisation de pesticides, la création de millions de petites et moyennes entreprises, la réforme complète du système juridique relatifs aux modalités d’investissement tout en accentuant sur le respect des droits humains, la formation aux nouveaux métiers, une indépendance totale de la Justice, la consécration des Libertés, l’alternance aux postes de responsabilités,,etc, sont autant de chantiers à mettre en œuvre en urgence, et avant l’entame de la prochaine décennie.

Que les milliards de dollars soient investis dans l’Humain, l’infrastructure utile, les projets solvables et que la méritocratie soit appliquée. Quant à faire perdurer l’esprit de la rente, cette attitude et cette mentalité ont prouvé que seul le totalitarisme se renforce, avec ses abus et dérives.

*Consultant en communication institutionnelle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

El-Watan.com