Haftar veut-il prendre Tripoli en tenaille ?

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Haftar veut-il prendre Tripoli en tenaille ?

Ses troupes contrôlent désormais le sud libyen

L’opération française contre la colonne de l’opposition tchadienne fuyant la Libye montre que la campagne menée par Khalifa Haftar dans le Sud libyen a été précédée par une concertation avec ses alliés français et ses bailleurs de fonds du Golfe. Le sort de la transition en Libye semble se jouer en ce moment.

La campagne du maréchal Khalifa Haftar, dans le Sud libyen, a pris au dépourvu les forces de l’opposition tchadienne, implantées dans cette région, livrées à elles-mêmes depuis la chute d’El Gueddafi en 2011. Les forces de Khalifa Haftar se sont, ainsi, imposées comme les représentants de l’autorité légale en Libye, qui coordonne avec les alliés et les pays voisins le combat contre les terroristes et les envahisseurs. Les habitants du Sud libyen semblent, pour leur part, trouver le parrain perdu depuis El Gueddafi.

Il est clair que la mainmise rapide de Haftar sur le Sud libyen a été bien accueillie par les habitants de la région, ce qui change radicalement les équilibres sur l’ensemble du territoire libyen. Plusieurs signaux vont dans ce sens. D’abord, les tribus du Sud, toutes ethnies confondues, ainsi que leurs députés et leurs représentants au Conseil d’Etat, ont exprimé leur soutien à l’action de l’armée de Haftar. Les chefs de tribu ont même adressé une correspondance à l’envoyé spécial de l’ONU, considérant l’opération d’«audacieuse» et l’armée nationale «le corps le plus apte à protéger la paix et la stabilité».

Membre du Conseil d’Etat, Saad Ben Cherada, reproche à Fayez Al Sarraj de ne pas appliquer les recommandations sécuritaires de l’accord de Skhirat concernant le Sud. «Le Sud était, depuis des années, à la recherche d’un sauveteur, qu’il a trouvé, aujourd’hui, en la personne du maréchal Haftar, qui s’est dressé contre les groupes terroristes et les bandes de criminels à l’origine du chaos dans la région», a-t-il dit.

Les mêmes propos sont repris par l’ancien ministre libyen de l’Intérieur, Achour Chouayel, qui a analysé ainsi la situation sur Libya Hadath : «Le peuple libyen a besoin d’une autorité pour le gouverner. Laquelle autorité a besoin de force. Laquelle force n’existe, en ce moment, qu’entre les mains de l’armée. Concernant Al Sarraj, il dispose d’une autorité, sans force sur le terrain.»

Insatisfaction

Côté insatisfaits, il y en a plusieurs, surtout parmi le camp de l’Islam politique en Libye, opposé à Haftar, et les Tchadiens. Les premiers voient d’un mauvais œil que Haftar puisse réaliser, en un tour de main, la stabilité et la concordance tribale. Ce que Al Sarraj n’avait pu faire en deux ans. Ce camp craint, aussi, les conséquences de la domination de Haftar sur le champ pétrolier de Charara, le plus grand en Libye (340 000 barils/jour). L’homme fort de l’Est libyen détiendra, ainsi, toutes les clés du pétrole libyen, puisqu’il contrôle déjà les terminaux du Croissant pétrolier (Briga, Sedra et Ras Lanouf).

Autres perdants : les groupes armés de l’opposition tchadienne, pris désormais en sandwich entre les troupes de Haftar dans le Sud libyen et la force française Barkhane au nord du Tchad. Les Tchadiens ont ressenti le coup, dimanche dernier, lorsqu’une colonne de 40 pick-ups a été attaquée par l’aviation française, dès qu’elle s’est introduite au nord du Tchad, fuyant le Sud libyen. C’était un signal fort que rien ne sera plus comme avant dans la région.

Concernant les retombées de cette campagne du Sud sur l’équilibre général en Libye, le juge Jamel Bennour, président, en 2012/2013, du Conseil local de Benghazi, pense que cette opération n’est qu’une étape vers Tripoli : «La stabilisation du Sud après celle de l’Est, la mainmise sur les clés du pétrole en Libye, le contrôle d’une armée régulière et disciplinée, tout cela fait de l’armée de Haftar la force capable de stabiliser le pays et c’est ce qui fait peur aux courants dominants à Tripoli, qui voient déjà, devant eux, l’armée de Haftar et sentent la sympathie populaire à l’égard de cette force.»

Cela concorde par ailleurs, toujours selon Jamel Bennour, avec les propos du Maréchal, qui avait affirmé que «la libération de Tripoli est inévitable et suivrait une feuille de route préétablie».

Face à ces développements, le président du gouvernement de réconciliation, Fayez Al Sarraj, n’a pas commenté l’opération militaire au Sud. Il s’est limité à affirmer, lors de sa récente visite en République tchèque, que «les Libyens aspirent à édifier un Etat civil et démocratique et l’unique voie pour y parvenir, c’est de tenir des élections permettant au peuple de choisir ses gouverneurs de manière libre».

El-Watan.com