Handicap : entre la culture de l’aumône et la politique sociale !

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Handicap : entre la culture de l’aumône et la politique sociale !

L’autisme est le nouveau fléau qui touche plusieurs familles algériennes (1 enfant sur 150, selon certaines sources d’information), qui ne savent plus où aller ou que faire ! Désemparées, les familles frappent à toutes les portes.

Malheureusement, c’est une aubaine pour les marchands de «malheurs des hommes» ! Des initiatives de création de centres, des associations de parents, des crèches, etc., restent à l’état embryonnaire.

Car il n’existe pour l’instant ni texte juridique spécifique aux personnes en situation du handicap, qui tracerait le cadre préalable pour ouvrir des centres d’accueil, ni le niveau de formation requis pour exercer auprès de cette population. La législation pour le moment reste très floue sur le remboursement du prix de la journée, sur les centres d’accompagnement et sur les statuts des métiers qui les accompagne.

L’exemple des psychologues ou des orthophonistes qui, malheureusement, en l’absence d’un statut juridique d’exercice, laissent régner une anarchie au niveau de ces professions. Il est impossible d’envisager un titre de psychologue après trois années universitaires, c’est-à-dire, une licence.

L’Etat doit protéger le titre en créant des institutions qui peuvent les déchoir en cas de fautes graves, en se basant sur des critères scientifiques, de même pour les orthophonistes, les ergothérapeutes, les éducateurs, les assistantes sociales, etc.

Protéger ces métiers en exigeant une base scientifique solide suivie d’un stage obligatoire, c’est offrir un accompagnement de qualité aux personnes en situation du handicap. Il reste la question épineuse, c’est-à-dire le financement.

Il faut le dire, depuis l’indépendance, nous n’avons pas créé une culture politique sociale, mais une culture d’assistanat. Car à ce jour, les services sociaux ne font pas partie d’une politique générale, ils restent réduits à une démarche administrative et électorale. Comment ?

La question du handicap ne peut être réduite à de la solidarité, ni à des donateurs, ni à l’aumône, c’est une question de politique sociale. Car les personnes en situation de handicap existent et existeront toujours, l’Etat doit les protéger dans un cadre légal, avec des institutions pérennes qui peuvent assurer leur accompagnement dans leur scolarité, leur vie professionnelle et leur insertion sociale.

A vrai dire, le peu qui existe est une goutte d’eau dans un océan, vu le nombre de demandes qui émergent sur l’ensemble du territoire national. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation, en premier lieu, la guerre de l’indépendance, qui a laissé des séquelles transgénérationnelles, qui ne sont pas encore prises en charge sur les plans psychologique et social, même si les aspects médical et économique ont été pris en charge.

La seconde, c’est la décennie noire, qui également laissé des traumatismes refoulés, des comportements violents inexpliqués, un renforcement de la culture de la violence par les convictions politiques ou religieuses, sans laisser la place à la culture de l’autre. Et d’autres facteurs qui peuvent s’ajouter.

Il s’agit d’un mariage consanguin qui mine la société pour les maladies héréditaires et génétiques. Enfin, avec la mutation de la société, qui est devenue une évidence, nous sommes passés d’une société tribale à une société individualiste (insécurisée), où la personne en situation de handicap est devenue une affaire de la grande famille, désormais, c’est est l’affaire des parents, d’où l’urgence de créer des centres qui peuvent accueillir des personnes en situation de handicap avec une dépendance, où le niveau d’autonomie est réduit, mais, et surtout, avoir une politique sociale qui peut leur assurer une prise en charge de qualité, avec une source financière digne (et non pas avec 4000 DA, qui ne peuvent même pas assurer le minium des couches pour les personnes dépendantes).

Laisser l’ensemble de ces dossiers à une seule institution me semble dérisoire, car il faut une institution (à l’image du MDPH2 en France) qui peut regrouper l’ensemble des personnes en situation de handicap, avec un financement public, un projet d’accompagnement personnalisé pour les enfants scolarisés ou les personnes aux besoins spécifiques. Elle peut collaborer avec les écoles, les entreprises spécialisées, etc. La partie recherche et documentation des données reste également à faire.

En somme, nous sommes devant un chantier immense qui nécessite l’effort de chacun, de l’Etat, de la société civile et surtout des personnes en situation de handicap pour qu’elles puissent s’insérer dans la société, car elle a besoin de ces personnes. Leur place n’est pas dans l’enfermement (maison, asile psychiatrique, etc.), mais dans la société.

 

Par Yazid Haddar  , Neuropsychologue

 

 

El-Watan.com