Hommage : La leçon de Brahimi

  • 3 mois il y a
  • 19 Vues
  • 0 0

Si l’on vous demande quel est l’homme qui a fait le plus de bien à la presse sans jamais être dans la presse, vous pourrez répondre, sans risque de vous tromper : Brahim Brahimi.

Un de plus dans la cohorte funèbre des artistes et intellectuels qui quittent le monde et notre Algérie, laquelle, avec leurs disparitions, devient à chaque fois un peu moins riche, subtile et profonde ! Bien sûr, nul n’est indispensable et la roue de l’histoire et de la vie continuera à tourner.

C’est ce que l’on dit sereinement dans les pays où l’on a pris soin d’assurer les relèves dans tous les domaines, depuis la maçonnerie jusqu’à la recherche stratégique en passant par la gestion des réseaux hydrauliques ou la machinerie d’un théâtre.

Mais j’ai beau creuser ma mémoire, m’aider de mes agendas, je ne vois pas à l’horizon un tel homme (ou une telle femme) capable – en tout cas à ce point, soyons juste – de faire du bien à la presse sans jamais être dans la presse. En espérant me tromper, je ne peux pour l’instant que m’incliner devant la mémoire de Brahim Brahimi dont j’ai découvert avec stupeur l’âge, 72 ans, quand on lui donnait aisément quinze de moins.

Il a incarné durant toute sa vie un idéal de journalisme qui combinait le romantisme de cette belle profession (et mode de vie) avec les rigueurs de la déontologie et les exigences modernes de son exercice.

Il avait choisi la voie de la recherche et de la formation pour la servir et mes confrères ont suffisamment évoqué son parcours rectiligne et brillant dont le point saillant est peut-être la fondation en 2009 de l’Ecole supérieure de journalisme et des sciences de l’information. Je dis peut-être car il accordait autant d’importance à ce haut fait qu’aux formations de courte durée qu’il assurait modestement aux quatre coins du pays.

Ce qui lui importait était de transmettre en tout temps et tous lieux son savoir mais aussi son savoir-faire car, au lieu de s’enfermer dans l’académisme, il entretenait un lien vivant avec les rédactions et leurs membres, au cœur de leurs pratiques.

Je l’ai connu dans les années 80’ quand il venait à Algérie-Actualités et abreuvait les journalistes de ses connaissances mais aussi de ses critiques qui pouvaient être dures sans que jamais, celui ou celle qui les recevait, ne s’en offusque ni même ne réalise qu’il s’agissait de critiques. Son élégance d’être, son savoir-vivre et son empathie étaient là pour emballer la charge.

Il entretenait à l’époque des liens dans plusieurs rédactions où il s’efforçait de promouvoir les bonnes pratiques du métier. Par amour de la presse en tant qu’institution utile et indispensable à l’épanouissement des sociétés et à la grandeur des nations.

J’ai toujours admiré en lui son mélange maîtrisé de science et de passion. Il n’observait pas la presse dans une éprouvette de laboratoire. Il entrait dans l’éprouvette puis en ressortait pour garder son recul méthodique d’universitaire.

Parfois, il écrivait, toujours sur le même sujet, l’information, pour développer ses points de vue et s’engager directement. A l’endroit des décideurs, il a toujours et clairement défendu la liberté d’expression tout en professant, à l’endroit des journalistes, le devoir de professionnalisme. Pour lui, l’une ne pouvait aller sans l’autre. J’ai eu la chance, lors d’un voyage en avion où nous nous étions retrouvés par hasard, de développer ce sujet avec lui.

Il affirmait que les manquements à la liberté compromettaient le développement du professionnalisme mais que, dans cette situation, les journalistes devaient alors défendre à la fois et à plus forte raison, la liberté et le professionnalisme.

Cet «à la fois» est sans doute d’une importance capitale et nous le devons d’abord aux lecteurs et lectrices qui nous font l’honneur et l’amabilité de nous lire ou de nous entendre. Là est, me semble-t-il, la leçon principale du Professeur Brahim Brahimi qui savait être un être exquis, imbu de notre culture populaire profonde.

L’article Hommage : La leçon de Brahimi est apparu en premier sur El Watan.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

El-Watan.com