Houari Boumediène : un grand analyste et fin stratège, un fier nationaliste, un humaniste, il aimait son pays et son peuple

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Houari Boumediène : un grand analyste et fin stratège, un fier nationaliste, un humaniste, il aimait son pays et son peuple

«Un peuple ignorant, en effet, est un peuple susceptible d’être exploité, soit par l’étranger, soit par une classe quelconque, car il n’est pas en mesure d’accéder à la connaissance. Un peuple ignorant s’expose à tous les dangers. C’est pour cela que la Révolution réserve la priorité au développement de l’enseignement.» Message à la nation le 31octobre 1966

Au-dedans, les options de Houari Boumediène se sont précisées en son temps, raffermies et affirmées petit à petit à travers ses propres discours.

Au dehors, la voix de H. Boumediène était écoutée, son conseil était recherché, ses décisions étaient prises au sérieux car l’Algérie se mettait à se tenir debout avec sa vitalité politique, économique, culturelle et même sociale.

S’il est bien des vertus que nous en tant que génération de H. Boumediène voudrions affecter à ce recueil de mémoire d’un passé récent riche en événements culturels, économiques et politiques, c’est un refus qui consiste à rejeter l’état actuel de ceux qui ont en main la destinée de ce très beau et grand pays. Ce pays est conduit et géré, et ce, depuis la disparition de H. Boumediène, par un régime de gabegie, de l’indifférence totale de la corruption généralisée et de la médiocrité qui a permis d’ effacer le rêve, l’espérance, l’utile et l’agréable ou l’art n’est plus mis en valeur.

«L’Algérie n’est pas une simple expression géographique mais plutôt un programme d’action et une philosophie politique.» Discours aux cadres du parti ,Tizi Ouzou 18 novembre 1974

Le destin de l’Algérie est suspendu, et le choix s’impose aujourd’hui et non demain à moins que le changement soit fait par le «yoyo» des forces du mal qui travaillent à la destruction de ce beau pays et de son oblitération générale en «médiocrisant» les centres de culture et en éliminant les centres de recherche (instituts et universités). Je sais pertinemment du fond de ma tête, de mon âme et conscience, de mes forces vives que sans justice sociale, il ne pourrait y avoir de paix ni de salut dans ce pays. Et ceci est bien un geste, un ton dont l’écho à travers le temps d’hier, d’aujourd’hui et de demain ; c’est une attitude claire, une expression qui se nourrissait dans le visage de feu H. Boumediène qui était un véritable autoritaire mais pas dictateur, car la parole était donnée aux doctes et universitaires plus qu’aux mauvais politiciens et charlatans de son temps. Son habit et son décor font de lui un homme de valeur respectable, H. Boumediène savait profondément et pertinemment que la justice et la dignité représentent le mobile à grande vitesse qui mène la société vers la prospérité et la paix sociale.

Il est clair que chaque régime, quel qu’il en soit, a pour règle en général de faire oublier, de gommer parfois ou noircir son prédécesseur, même si c’est un proche, croyant l’effacer de l’histoire du pays, mettant en avant les fautes, erreurs pour masquer les siennes. Alors, pour ce qui est d’un chef d’Etat, ses accomplissements positifs, nul n’a le droit de l’évacuer de la mémoire d’un peuple.

Par cette modeste contribution, mettre à la disposition de l’opinion publique algérienne qui est trop préoccupée par les agitations moroses du pays et contraint tôt ou tard d’opérer un véritable choix de société plus égalitaire via la véritable démocratie. Ce projet de société aurait pu être opéré pendant la période de l’âge d’or ou le pays avait un mérite, celui d’avoir implanté un type spécifique algérien de la politique et qui semble de nouveau en sommité en raison des manifestations spirituelles qui s’attachent au nom et à l’œuvre de H. Boumediène, peut-être que la priorité n’était pas encore à l’ordre du jour car le temps était bien utile et nécessaire. Laissons une marge pour ceux qui considèrent H. Boumediène – sa politique était loin d’être positive, c’est un droit incontestable et respectable – mais un excès allant plus loin, ils sont prêts à mettre sur le compte de H. Boumediène ce qui arrive aujourd’hui comme mal au pays. En tant que démocrate qui défend les bienfaits de H. Boumediène, mes convictions seront appuyées par des intuitions émanant de ses discours, de l’impression de ses actes et paroles et des sentiments qui paraphent notre jugement. Car l’Algérie n’est pas malade de son corps mais bien de son esprit d’aujourd’hui, car après H. Boumediène il y avait la décennie faste (pour une vie meilleure) qui était trompeuse, ensuite la décennie noire (terrorisme) fabriquée par la stratégie du chaos, suivie de la décennie perdue (démocratie de façade), liquidation du poids économique de l’Algérie, et enfin nous sommes dans la décennie pourrie (capitalisme sauvage) où valeurs morales, principes, droit et normes ne veulent rien dire. Le destin de l’Algérie est suspendu et le choix n’est pas encore amorcé… en attendant le réveil du peuple qui dort encore, oubliant sa dignité!

«Dans notre proclamation du 19 juin 1965, nous avons promis de restituer à ce pays, en premier lieu sa dignité. Voilà aujourd’hui que cette dignité représente la caractéristique dominante de la personnalité de notre peuple, en proclamant que le peuple algérien était l’unique détenteur de la souveraineté.» 

Meeting à Médéa 4 juin 1969

Dès son jeune âge, Houari Bumediène était une personne très et trop occupée de son pays meurtri pendant la colonisation, déchiré pendant la guerre et après l’indépendance. Pour ceux qui l’ont traité de fasciste, d’assassin et de bien trop d’autres mauvais qualificatifs suite au redressement du 19 juin 1965.

Cependant et à travers ses interviews et la multitude de ses discours et les entretiens qu’il avait eus avec Paul Balta(1) qui avait le sang arabe, H. Boumediène parlait selon les propos de P. Balta d’une voix très douce, sachant placer ses mots dans un contexte qui se voulait à lui, sans être un «rêveur», pesant et articulant très bien ses mots qui se confondent avec la paix, la justice, l’équité, la dignité, le respect, la fermeté et bien d’autres mots propres au bien-être de l’homme. Et entre deux phrases, il se laisse aller à un silence d’or remarquable et laisse communiquer ses yeux pétillants et perçants à la fois, donnant l’air d’être un véritable «rêveur».

C’est un homme qui savait très bien manipuler le geste à la parole et la parole au geste, il était celui qui faisait toujours ce qu’il disait et disait toujours ce qu’il fallait faire, dans le cadre du bien, du juste, du vrai et parfois même du beau et de l’agréable.

De loin, H. Boumediène était qualifié comme un inégal impénétrable comme disait Ania Franco(2). Il était austère et timide, d’un contact bien compliqué que l’on ne pense.

Lors de la conférence des Non-Alignés à Alger en 1973, ses portraits foisonnaient et se multipliaient à travers les unes de la presse internationale et chacun se permettait de mettre son grain de sel en avant, ce qui les étonne ensuite.Par contre, H. Boumediène n’avait pas changé, ses actions, ses comportements à l’intérieur du pays. Il misait sur la stabilité du pays, la réussite politique et le triomphe d’un homme d’Etat exemplaire que le sommet des Non-alignés lui a permis de lui confectionner une stature à l’échelle internationale pour le profit de la dignité de l’Algérien et de l’Algérie. Cet événement politique lui avait permis d’effacer ce visage qu’on lui avait attribué, celui d’un loup affamé et ironique qui inquiétait bien des personnalités et des journalistes du monde politique, culturel et médiatique.

Ses sourires étaient parfois en éclats, se fondaient par la suite en public ; le temps est passé où il dissimulait ses sourires derrière ses mains, préférant sourire très souvent avec les fellahs, les travailleurs, la jeunesse, les intellectuels et les petits lambdas. En public, le cigare que lui offrait Fidèle Castro ne le quittait pas, de même que le burnous noir, un bien noble et sacré des grands hauts-Plateaux. H. Boumediène voulait donner une stature nouvelle de «l’Algérien lambda», qu’il soit ouvrier au sens de l’industrialisation, fellah au sens de la Révolution agraire, étudiant au sens universel, jeune au sens culturel et travailleur au sens de la création de la richesse. De nouveaux êtres pleins d’orgueil à partir du plein sens d’équité et de justesse dépassant la fraternité pour en fin de compte faire de l’Algérie un pays fier et orgueilleux à la fois par l’instauration d’une nouvelle culture algérienne et d’un nouveau Algérien ombrageux, c’est-à-dire qui s’inquiétait pour la moindre raison et à la moindre saison.

Au lendemain de la conférence des Non-Alignés, H. Boumediène professera du haut de la tribune internationale d’Alger, très haut et bien fort, qu’un pays ne peut jouer un rôle international que s’il est vraiment stable ; totalement indépendant au sens large du terme ; s’il amorce son décollage économique.

Ces trois principes-clés que l’Algérie de son temps faisait des efforts louables pour atteindre permettaient de représenter l’Algérie en tant que pays «phare du Tiers-Monde». L’Algérie était devenue un pôle d’attraction parce qu’elle s’est attelée à la bataille du développement par plans interposés. Tout cela s’identifiait au sentiment national et que le bonheur et le progrès de notre peuple se construisaient autour de notre digne personnalité distincte, tout en admettant que la liberté, la nation, la justice, la dignité et l’équité qui représentent la dimension universelle, mais au fait le produit n’est que l’origine de la culture progressiste où le peuple ne devrait consommer que ce qu’il a produit en nourriture, en santé, en transport, en habits, en amusements et en éducation. La culture au sens prôné par H. Boumediène, c’est ce qui permettait à l’homme d’ordonner sa vie pour donner ce qu’il a de bien, de beau, d’utile et de nécessaire.

La culture est la représentation d’une économie, d’un style de vie, de rapports sociaux bien déterminés à un moment de la vie des hommes libres qui lui impliquent une orientation, un style, une sensibilité conforme aux conditions d’existence rencontrées comme aux règles sociales bien raffinées. H. Boumediène pensait concevoir à l’avenir un nouveau contexte pour mettre en évidence toutes nos caractéristiques et nos particularismes afin d’affirmer les composantes de notre personnalité algérienne et de notre authenticité

«L’Algérie est à nous tous. Il est intolérable qu’une fraction de la population vive dans l’opulence et que l’autre vive dans le dénuement. Toutes les religions rejettent pareille chose. Notre religion n’y manque pas. Le prophète Mohamed était pauvre, il vivait de son travail, bien qu’investi de sa mission céleste.»

Meeting à Boufarik le 2 octobre 1966

Les mots développement et culture revenaient souvent et en permanence dans sa bouche et dans ses discours. H. Boumediène en tant que chef d’Etat est entré dans la Révolution depuis son très jeune âge. Il avait fait de la Révolution algérienne sa deuxième religion tout en laissant de côté sa vie personnelle qui devrait lui permettre de s’occuper de son être et de sa famille sinon de vivre le quotidien d’un simple lambda. Il dira, par ailleurs : «Quand on est très haut et que l’on regarde devant soi, on ne voit pas le ciel, on ne voit que le ravin.»

  1. Boumediène savait pertinemment que très peu de chefs d’Etat du Tiers-Monde meurent dans leur lit de vieillesse, sauf lorsqu’il s’agit de président !

Pour H. Boumediène, une course contre la montre était engagée, il dira à cet effet : «Lorsque je ne travaille pas, je m’ennuie à mourir» ; l’institution de la présidence se confondait avec H. Boumediène car il avait l’habitude des longues réunions de nuit, beaucoup de personnalités lui ont reproché la personnalisation du pouvoir, mais en réalité c’était le contraire ; H. Boumediène déléguait des pans entiers de son autorité à ses ministres, qui étaient des ministrables face à ceux d’aujourd’hui, quant à ses membres du Conseil de la Révolution, il leur dira clairement haut et fort : «La réussite de la Révolution est le fruit du Conseil de la Révolution ; par contre, l’échec je l’assumerai personnellement.»

  1. Boumediène ne se saisissait d’un problème que lorsqu’ il s’agissait d’un secteur névralgique (pétrole, parti, Révolution agraire, diplomatie…) ensuite il l’abandonne quand la crise s’atténue face à sa résolution.

«Le Non-Alignement trouve sa raison d’être dans la défense des causes justes contre toute forme d’hégémonie politique et de domination économique. Son action vise avant tout l’émancipation des peuples, dans le cadre d’une coopération internationale basée sur l’égalité des états, le respect des souverainetés et l’instauration d’une paix juste dans le monda.»Révolution Africaine n° 498 du 7 au 13 septembre 1973

Exemple, en 1976, l’éclatement de l’affaire du Sahara occidental, H. Boumediène s’est senti menacé de l’extérieur, il ne prenait aucune décision sans avoir délibéré avec la direction politique et même avec certains doctes. En 1974, H. Boumediène avait beaucoup appris les cours de politisation interne et externe (conférences internationales, échanges…) ; le fait de bien écouter et comprendre des opinions différentes des siennes lui ont permis de se faire une idée de ce qui se passe chez soi.Il dira en ce sens que les expériences acquises lui ont permis de découvrir que les Européens qui se prétendent comme des paternalistes avec des attitudes hautaines se trompent en croyant que les chefs d’Etat et non des présidents du Tiers-monde se retrouvent entre eux pour uniquement s’amuser. L’exemple de la conférence des Non-Alignés que les occidentaux n’avaient pas pris au sérieux, mais suite à la crise du pétrole, lorsqu’ils ont eu un peu froid, ils ont commencé à écouter ce petit Tiers-Monde.

  1. Boumediène dira par la suite que les relations internationales ne sont pas imprégnées d’une certaine morale universelle, mais bel et bien d’un rapport de force où la loi du plus fort est mise en pratique et les deux poids deux mesures deviennent le dada des Etats-Unis.

Les Occidentaux commençaient timidement à effectuer des pèlerinages vers la nouvelle «Mecque des révolutionnaires» qu’était Alger et qui était aussi la «capitale révolutionnaire arabe». En 1973, lors du sommet des Non-Alignés, H. Boumediène s’était aperçu que la ligne de démarcation passait entre les pays riches et les pays pauvres, les analphabètes et les doctes, entre ceux qui partent à dos de l’âne et ceux qui empruntent des avions supersoniques.

Cette constatation a été accomplie et confortée par la rencontre spéciale (USA-URSS) en juillet 1975, ils avaient la même technologie ; H. Boumediène reconnaissait ouvertement que le socialisme de l’URSS et son camp de l’Est avaient vivement contribué à affaiblir l’impérialisme américain et permis par cette occasion la libération des peuples du Tiers-monde. L’amitié dans ce monde n’est pas gratuite, disait-il et l’Algérie devrait avoir des rapports égalitaires avec les deux camps.

  1. Boumediène se plaignait qu’il était très difficile de travailler avec les pays de l’Est, il disait que tout était secret politique, économique ; on ne pouvait se procurer un prospectus et on ne savait pas ce que l’on achetait ; d’autre part, il accusait ouvertement les multinationales de corrompre nos cadres. H. Boumediène disait : «Je ne puis ordonner d’acheter socialiste si les produits de l’Est sont de moins bonne qualité.»
  2. Boumediène diversifiait ses échanges entre les Etats-Unis, l’Europe, le Japon, la Chine et l’URSS, sachant pertinemment que les petits pays n’étaient rien dans le jeu des grandes puissances, il ne s’agissait pas aussi de confondre le péché soviétique et les crimes américains envers le Tiers-Monde.

Quant un pays du Tiers-Monde bouge, on le liquide par tous les moyens et il est mis en galère via les médias en exhibant quelques scandales de la CIA ; maison-Blanche, Pentagone, c’est la même chose comme aujourd’hui, ce sont les médias «mainstream» qui propagent la désinformation, les «fakes news», les mensonges, la désintoxication par le TIC(2).

«Nous, pays membres de l’OPEP, nous devons en tout état de cause agir positivement de sorte qu’aux yeux de l’histoire, il soit bien établi que nous aurons tous mis en œuvre pour réunir toutes les chances de réalisation de ces promesses» El Moudjahid, le 5 mars 1975

 

En 1974, H. Kissinger trouve la petite Algérie qui s’agite beaucoup et la course à la montre s’engageait entre le plus puissant pays capitaliste du monde et le leader le plus clairvoyant du Tiers- monde. Le plan Kissinger prévoyait d’isoler d’abord l’OPEP du Tiers-Monde via une augmentation du prix du pétrole afin de torpiller le développement des pays non producteurs de pétrole du Tiers-Monde.

  1. Boumediène est le 1er chef d’Etat de l’OPEP, il déclama lors du sommet islamique de Lahore (Pakistan) : «Nous entendons s’élever des voix pour dire aux pays du Tiers-Monde que la hausse du prix du pétrole est dirigée contre eux. Depuis quand l’exploiteur est-il devenu l’avocat de l’exploité ? Que les pays industriels ôtent leurs mains de nos richesses. Nous importons des produits industriels et la technologie à des prix excessifs. La bataille du pétrole est une partie de la bataille d’ensemble qui concerne toutes les matières premières, une bataille qui a posé le problème des rapports entre les pays industrialisés et les pays en voie de développement.»

Poursuivant sur sa lancée pour défendre le bien-fondé du Tiers-Monde, il envoie un message au secrétaire général de l’ONU, Kurt Waldheim, en sa qualité de président des pays Non-Alignés pour réclamer une session spéciale des Nations unies portant sur une réunion de toutes les questions se rapportant à l’ensemble des matières premières, et il dira dans ce sens : «Les Algériens en tant que tels ne veulent nullement que l’OPEP porte le chapeau pour tous les malheurs de l’économie mondiale.»

  1. Kissinger voulait dans ce cadre-là capsuler la fente, et un H. Boumediène sûr de lui voulait élargir le plus possible pour que toutes les matières premières (cuivre, cacao, fer, caoutchouc, café…) soient à l’image de l’OPEP. Le climat de la situation politique internationale se compliquait pour le développement et pour la paix également, car certains généraux américains pensaient déjà à remettre sur leurs têtes «Kriegspiel» (jeu de la guerre).

L’habileté de H. Boumediène tente d’un autre côté de séduire l’Europe, grande consommatrice de matières premières dans le but de l’écarter du chemin du gros rouleau compresseur. Déjà, lors de la conférence de Washington où étaient réunis les plus gros consommateurs de pétrole pour fonder l’OTAN, les Etats-Unis avaient rebattu leurs cartes. Car la vision principale des Américains n’était pas la question des prix, mais le pouvoir de contrôler les sources d’énergie et par conséquent assurer son pouvoir politique à l’échelle de la planète.

La session spéciale des Non-Alignés s’est ouverte le 10 avril 1974, une session qui faisait croire à beaucoup de monde que discours et parlotes stériles allaient garnir la tribune onusienne.

Le discours de Boumediène entièrement en arabe est venu de frapper fort les esprits avec une nouvelle conception sur les relations entre pays pauvres et pays riches, nationalisation des ressources naturelles, valorisation sur place des matières premières et revalorisation des cours ; de là, le développement des pays jeunes devait s’inscrire dans une dialectique de lutte sur le plan international et compter d’abord sur soi, sur ses propres moyens sur le plan interne.

C’était le nouvel ordre économique international prôné par le grand chef d’Etat : Monsieur Houari Boumediène.

Pour H. Boumediène, cela voulait dire que les nantis devaient revoir leur copie en matière monétaire, financière, technologique et alimentaire car le gaspillage des nantis est une forme d’insulte à la misère des pauvres, la course à l’armement, à la destruction du surplus agricole face à un monde en proie à la famine.

Toutes les manipulations, que ce soit sur le plan monétaire, financier ou autres ne font qu’appauvrir les pays pauvres et enrichir les pays riches.

Le nouvel ordre économique permet au Tiers-Monde qu’il s’organise et se généralise en forme d’association, à l’image de l’OPEP, sinon viendrait une mondialisation où les oligarchies sèmeront leur propre dictature par une expropriation gratuite de toutes les ressources naturelles.

  1. Boumediène savait pertinemment que cette conférence n’allait pas être suivie d’effet dans l’immédiat. Mais en recevant, à Alger, des personnalités de tous horizons, suite à l’écho de la conférence des Non-Alignés, tout le monde lui avançait que ce nouvel ordre économique mondial allait provoquer un tel chambardement qu’il était impossible de le construire. H. Boumediène dira que ce système serait certes dur à changer, mais l’essentiel était de reconnaître d’abord et avant tout qu’il est injuste !
  2. Boumediène voulait d’abord semer pour faire fructifier et faire avancer les idées de justesse et non d’arracher dans l’immédiat des résolutions triomphantes qui n’ont point d’effet sur le terrain.

L’idée du nouvel ordre économique plus juste va être présente dans toutes les officines et conférences internationales. H. Boumediène avait pris une position en flèche dans ce nouvel affrontement «Nord-Sud»très différentes de la rivalité «Est-Ouest» où la guerre froide faisait rage ; une forme de diversion politique basée sur la«realpolitik», et c’est à partir de là que l’Algérie est devenue la capitale «révolutionnaire» du monde arabe et des pays progressistes et donc devenue la cible n°1 de l’impérialisme américain.

  1. Kissinger s’est rendu à Alger en décembre 1973 pour tester le poids de l’Algérie sur le conflit du Moyen-Orient et voir si vraiment Alger était dans le camp des modérés ou celui des irréductibles, comme Baghdad, Syrie, Tripoli. H. Boumediène devait lui répondre ainsi : «Je ne peux vous répondre de ce que j’avais déjà dit aux leaders de la résistance palestinienne, l’Algérie ne pratique pas la surenchère, exiger plus d’eux, c’est de la démagogie, moins, c’est de la trahison.»
  2. Boumediène savait que les USA cherchaient à faire taire par tous les moyens cette Algérie qui tonnait fort à l’OPEP et aussi dans le concert du Tiers-monde. H. Boumediène était le seul chef d’Etat du Tiers-Monde à pouvoir dire aux grands de ce monde que le roi est nu. H. Boumediène savait très bien que dans ce monde les faibles s’effondrent et sont massacrés comme des bêtes et effacés de l’histoire ; par contre, les forts survivent pour leurs biens et pour le mal des autres. Dans ce monde, les forts se font respecter forcément et se concertent sur le dos des faibles ; par conséquent, la paix se fait par les forts.

Par ailleurs, suite à la disparition de Nasser, Sadat «dénassérise» par sa politique d’«infitah» (libéralisation sauvage et à outrance de l’économie égyptienne où les prédateurs s’accaparent de tout). Devant ce fait accompli, l’Algérie se retrouve seule, H. Kissinger avait convaincu Sadat de monnayer pas à pas et en douceur les succès de la guerre d’octobre 73, tandis que H. Boumediène ressent que la «pax americana» est en marche sur le monde arabe. Il découvre les complicités et manigances des petits présidents larbins arabes. La bataille et non la guerre de 73 était un événement, un plus pour H. Boumediène, et il dira à cet effet : «Les Arabes ont vaincu leur peur et les Palestiniens se sont débarrassés de leur tutelle arabe.»

Au sommet d’Alger de novembre 1973, il propulsa en avant Yasser Arafat sur la scène internationale malgré les réticences égyptiennes et jordaniennes. L’OLP est reconnue à Alger par la majorité des pays arabes comme étant l’unique représentant légitime du peuple palestinien. Suite à cet événement majeur, H. Boumediène voulait encore faire avancer la préparation d’une stratégie arabe commune qui devrait s’élaborer au niveau même de ce sommet, et cette stratégie devrait reposer : comment combiner contre Israël toutes les armes arabes, à savoir le pétrole, les finances, le poids diplomatique, les alliances, les groupements. H. Boumediène dessine à cet effet une politique arabe à long terme qui ne séduit pas le larbin Sadat, ni même son banquier, le roi Fayçal d’Arabie Saoudite, encore moins le roitelet de Jordanie.

  1. Boumediène suite à ces événements riches en activité, le dialogue avec les grands commence à se faire d’égal à égal, alors que certains parmi les cadres algériens se posaient déjà la question de savoir si H. Boumediène n’allait pas sacrifier au goût du prestige comme au temps du «benbelisme» pour se prendre pour un Mao, et l’accident de l’avion avec ses 40 morts avait permis de rehausser les discussions sur l’absence des institutions du pays. Que serait-il arrivé à l’Algérie si l’avion écrasé était présidentiel et c’est à partir de là que la construction de l’Etat prenait forme par l’instauration des premières institutions de l’Etat, en commençant par le bas de l’échelle : commune, wilaya, APN. A partir de là, l’édification d’un Etat fort commençait à prendre forme, elle était à la fois l’objectif et la raison du redressement du 19 juin 1965 que le temps n’a pas permis à ce rêveur de finir sa bataille car les loups internes et externes étaient par derrière et n’attendaient que sa fin pour mettre en œuvre la stratégie du chaos.

Pour conclure d’une manière générale, tout ce qui se rapporte au pays, à son peuple, sa vision profonde dans son ensemble était comment appliquer le concept des dispositions du 1er Novembre 1954, à savoir un 1er Novembre social, un 1er Novembre économique, un 1er Novembre financier, un 1er Novembre politique, un 1er Novembre culturel, un 1er Novembre humain, un 1er Novembre révolutionnaire, un 1er Novembre technologique où la justice,  la dignité et le bien-être jouent les premiers rôles…

Il est clair que l’Algérie est passée d’un pays non-aligné respecté à un pays aligné soumis, autrement plus imagé d’un homme libre à un homme soumis. L’Algérie s’est alignée sur les pays occidentaux, reniant ses propres principes de Novembre, cela se justifie par le changement du système économique socialiste à un système libéral d’économie de marché où les règles du jeu du marché économique, culturel et politique ont été préparées, établies et imposées par cet Occident arrogant et impérialiste. L’Algérie a été propulsée au premier rang en tant que leadership sur la scène internationale par le mouvement des Non-alignés en 1975 ; l’Algérie avait créé le G77(4) (groupe des 77) qui avait pour mission de réduire les inégalités économiques entre le Nord et le Sud. Le droit au développement économique et de la nécessité de réformer le système économique international par l’établissement d’un nouvel ordre économique international basé sur des échanges justes et équitables entre le Nord et le Sud. Tout cela est tombé à l’eau suite à la disparition de feu H. Boumediène.

 

Par BENALLAL MOHAMED.  ancien cadre

 

 

1)– Paul Balta et Claudine Rulleau La Stratégie de Boumediène Paris Sindbad 1978.

2)- Anias Francos et J. P. Sérénie

3)-P. Balta : «Boumediène me disait que j’avais du sang arabe.»

4)- G77. Organisé en 1967 à Alger où il a publié la fameuse «Charte des droits économiques du Tiers-Monde : base de tout débat ultérieur «Nord-Sud»

«Que reste-t-il de Boumediène, Jeune Afrique du 18/2/008 –

*www.jeune afrique.com 187687 politique que reste-t-il de boumediène

*citations du président Boumediène L’héritage ; Que reste-t-il ?

Discours du président Boumediène 19 Juin-1965-19 Juin 1970 Tome II Edit2 par le ministère de l’Information et de la Culture.

 

El-Watan.com