Il a été inhumé hier au cimetière de Sidi Yahia (Alger): Hassan Benkhedda, martyr de la liberté

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Il a été inhumé hier au cimetière de Sidi Yahia (Alger): Hassan Benkhedda, martyr de la liberté

Comme tous les Algériens, Hassan Benkhedda a investi la rue et marché pacifiquement parmi une marée humaine sur les hauteurs d’Alger. Des photos sur Facebook le montrent souriant, tenant un smartphone, accompagnant des jeunes et immortalisant cet instant historique.

Et, puis, le drame. Il s’est effondré à l’issue d’un mouvement de foule compacte. Le hasard ou le destin a voulu que son frère, Lyès Benkhedda, Pr et chef de service au niveau du CHU Mustapha Bacha à Alger, soit de permanence. Et la toute première victime des marches pacifiques et historiques décriant le 5e mandat présidentiel soit son frère, Hassan Benkhedda.

C’est un homme courageux et surtout digne, Lyès Benkhedda, que nous avons rencontré au domicile, à Hydra, de la famille Benkhedda envahie par des centaines de personnes hommes et femmes venant présenter leurs condoléances et leur témoigner leur soutien agissant. «Nous sommes en train d’attendre l’expertise. Hassan n’avait aucune maladie. Je suis bien placé pour savoir si c’est un arrêt cardiaque ou pas puisque je suis professeur en cardiologie. Selon des témoignages, la foule a essuyé des jets de bombes lacrymogènes des forces de sécurité à côté de l’hôtel Saint-Georges (Djazaïr). Et puis, on a ramené des zombies, des ‘‘baltagia’’ (les voyous à la solde du régime), vers 18h. La marche s’est bien déroulée jusqu’à 18h.

Ils ont tout saccagé et tout pillé. On demande une enquête. Qui les a ramenés ? Qui les a payés ? Notre frère est mort. Et puis, on n’a pas les détails. Nous avons lancé un appel à témoins. Parce que beaucoup de gens étaient présents. Ce qui est sûr, ce n’est pas un arrêt cardiaque. Hassan a été piétiné. Cela est sûr. Est-ce qu’il a été atteint par un projectile ? On attend les résultats de l’autopsie.»

«Nous considérons que Hassan est une victime de la répression»

«Nous considérons que Hassan est une victime de la répression. Tout comme son oncle Mohamed El
Ghazali, coiffeur de son état, qui était le premier martyr, le 8 mai 1945, à Alger, l’emblème national algérien à la main. Membre du PPA et du MTLD. C’était un ami de Belouizded, Allah yarhamou. Aujourd’hui, ma mère souffre. Les anciennes blessures du colonialisme français se sont rouvertes. Les Français nous ont assassinés, et puis, vous rajoutez ceux-là
(le régime en place). On ne s’en sort plus. Sûrement, on va demander une enquête.

Parce que les circonstances du décès de Hassan ne sont pas claires. On exige le ‘‘dem et le kissas’’ (le sang et la justice) de notre frère. C’est clair. Le bonhomme empruntait le chemin qui le menait chez lui. Il avait une famille. Deux enfants. Il était PHD de Cambridge (G-B.), il a été PDG au Royaume-Uni et rentré pour servir son pays. Il a exercé à Ooreedo, Jezzy et Mobilis. Il a dû quitter à chaque fois parce que tout est corrompu. Hassan était quelqu’un de très droit. Parce que notre père (Youcef Benkhedda), Allah Yarahmou, nous avait inculqué un ‘‘problème’’. Il nous avait dit que nous allions être ‘‘handicapés’’ par cette éducation (la droiture,
l’intégrité). Et là, nous sommes ‘‘handicapés’’ dans ce pays. Hassan, Inch’allah, c’est le chahid de la liberté et de la dignité de ce peuple. Cette liberté, il est temps que nous la retrouvions», nous confiera Lyès Benkhedda.

Mon papa, ce héros

La prière à la mosquée El Qods, à Hydra, et l’enterrement du défunt Hassan Benkhedda a drainé un foule innombrable, bien sûr, ayant marché jusqu’au cimetière de Sidi Yahia où  repose son père, Youcef Benkhedda, une grande figure du nationalisme et de la Révolution algérienne anticoloniale française. L’homme d’affaires Isaad Rebrab (Cevital), présent à l’inhumation, déclarera : «Allah Yaharmou, Hassan Benkhedda, déjà, son papa, est un héros de la Révolution.

Et il a suivi ses pas. Et ce qui s’est passé hier, c’était une journée extraordinaire. C’est pratiquement la deuxième indépendance du pays.» Le coordinateur national de l’Union démocratique et sociale (UDS), Karim Tabbou, témoignera : «Le fils de Youcef Benkhedda, Hassan, est un vrai martyr de ce long combat pour la dignité. En tout cas, il était là, parmi tous ces jeunes qui criaient leur ras-le-bol, leur colère. On ne peut qu’être triste de perdre un ami, un camarade comme ça. Il faut poursuivre le combat. Venir le matin manifester, comme l’a fait Hassan, est un choix politique, de conviction.

Et il a été le martyr de ce combat de la dignité et de la démocratie…». Le sang a coulé lors d’une marche pacifique. Il ne faut pas qu’il soit vain. Hassan Benkhedda est un martyr. Il a de qui tenir. Désormais, la marche prochaine s’auto-baptisera «Nous sommes tous Hassan
Benkhedda». Un frère «d’âme».

 

El-Watan.com