Il n’y aura ni conférence ni nouvelle Constitution !

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Repère

Hier, c’était le coup de grâce, celui que l’on assène à une créature maléfique. Les millions d’Algériens, qui ont déferlé dans la rue, dans toutes les villes et villages du pays, dans les coins les plus reculés du pays, ont rejeté la dernière manœuvre de Bouteflika et de son entourage pour rester au pouvoir.

Ils ont dit non à la prolongation du 4e mandat, pas seulement parce qu’elle bafoue la Constitution qui interdit de passer outre au scrutin présidentiel régulier toutes les cinq années, mais parce qu’elle propose, diaboliquement, un procédé consistant à régénérer le système honni par la rue : il s’agit d’une conférence nationale croupion d’individus désignés par une autorité liée au président de la République, en l’occurrence la personne de Lakhdar Brahimi désigné coordonnateur de cette conférence.

Parmi ces individus, des membres des partis de la coalition présidentielle, celle-là même qui a servi à bâtir et cautionner le système, le FLN, le RND, TAJ etc., des membres de la mouvance islamiste, des partis agréés tels que HMS mais également ceux du FIS dissous en direction duquel le pouvoir fait des clins d’œil depuis quelques années. Il y aurait enfin des gens dits de la société civile, on devine bien lesquels, ces professionnels de la «représentation» désignés par les pouvoirs publics souvent directement mais la plupart du temps par cooptation.

Une «société civile» organiquement liée au pouvoir, lui servant seulement de paravent démocratique. C’est à cette conférence dite inclusive que reviendra la tâche de confectionner la nouvelle Constitution dont on ne sait pas d’abord pourquoi, puisque Bouteflika a eu tout le loisir d’en confectionner une à sa mesure il y a seulement quelques années, après avoir procédé à deux modifications de la Loi fondamentale. En réalité, il exigerait de son président Lakhdar Brahimi un article qui lui redonne de la légitimité, lui en fabrique une autre, pour pallier la perte de la légitimité de son 4e mandat le 18 avril 2019.

Ce qu’il n’a pu avoir – ou espéré avoir – au scrutin présidentiel programmé à cette date, il pense l’obtenir par le tour de passe-passe de la conférence nationale. Mais les Algériens ont été doublement vigilants, ils lui ont interdit de briguer un 5e mandat, et cela des jours durant depuis le 22 février, puis depuis hier, toujours de plus en plus nombreux et déterminés, ils lui exigent de mettre fin à son diabolique scénario. Ils lui ont intimé une nouvelle fois de «dégager», de partir lui et tout son personnel politique et son système. Hier, le slogan était : «Non à une conférence nationale illégitime, oui à une assemblée constituante souveraine», le retour en fait à la volonté populaire historiquement confisquée depuis le début de l’indépendance, pratique qui s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui, Bouteflika ne cherchant en fait qu’à rééditer le coup de 1963 de Ben Bella.

Du temps a été perdu, beaucoup de temps, emportant des générations de vrais patriotes, parmi eux le valeureux Aït Ahmed dont un des combats essentiels a été la Constituante, c’est-à-dire le retour à la volonté du peuple, lutte jamais aboutie du fait de la confiscation des pouvoirs politiques par des régimes autoritaires (de Boumediène à Bouteflika en passant par Chadli) et des régimes inaboutis (Boudiaf, Zéroual). La revendication d’une assemblée constituante élue par le peuple est portée aujourd’hui à bout de bras par la jeunesse algérienne qui devine quelle est le chemin qui ouvre la voie à une reprise en main par la population de sa destinée, qui barre la route à tous les aventuristes politiques et militaires et refonde l’Etat sur des bases démocratiques et modernes. Une «nouvelle République algérienne» naîtra de cette Constituante, donnera à chaque Algérien et Algérienne, sans aucune discrimination, sa chance dans la vie.

Les droits et devoirs seront précisés et défendus par un Etat moderne et fort sous la conduite d’un pouvoir politique démocratique, représentatif, pratiquant l’alternance et contrôlé par de réels pouvoirs (législatifs et judiciaires). L’armée enfin aura définitivement réintégré ses casernes, son rôle limité à la défense du territoire, loin de toute interférence politique. Portée par toute la population algérienne, mobilisée en permanence sous le regard du monde entier qui admire sa discipline, la revendication clef qui est le départ immédiat et sans conditions ni manœuvres de Bouteflika le 18 avril prochain à la fin de son mandat ne saurait attendre. Elle signera la fin de la crise et annoncera le début d’une nouvelle ère.

S’il persiste dans son aventurisme diabolique, pire s’il l’accompagne ou le défend par des mesures portant atteinte aux libertés fondamentales, il portera une lourde responsabilité vis-à-vis de son peuple et de l’histoire.

El-Watan.com