La chronique de A. Merad : De la culture répressive à la politique gérontocratique

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La chronique de A. Merad : De la culture répressive à la politique gérontocratique

L’Algérie reçoit un prix Nobel de littérature, mais ses médias publics n’accordent aucun intérêt particulier à cette visite. La Télévision nationale parle de l’ambiance du SILA, de l’effervescence populaire que le Salon du livre ne cesse de produire, autrement dit de la forme mais pas du fond de l’événement, et c’est certainement la raison qui fait qu’une interview ou une émission consacrée à cet illustre écrivain qui a tenu à accompagner son pays, invité d’honneur dans cette édition, n’a pas effleuré les esprits des programmateurs ou des journalistes spécialisés.

On aurait aimé mieux connaître l’hôte de l’Algérie, connaître son cheminement, ses convictions, ses avis sur les auteurs algériens, surtout ceux incarnant la nouvelle génération, mais l’Unique n’a pas pensé à son public en dépit du fait qu’elle dispose de deux émissions «littéraires» bien rodées.

Dans d’autres contrées, les médias lourds se battraient pour avoir sur le plateau une personnalité aussi prestigieuse. Chez nous, on se contente de la citer dans un flash, de montrer son portrait, mais sans plus. C’est à croire que les censeurs du boulevard des Martyrs sont tous dans la même logique que celle de notre ministre de l’Enseignement supérieur pour qui un Nobel de littérature ne sert à rien.

Mais le scandale médiatique ne s’arrête pas là. Il prend davantage de relief lorsqu’on sait que deux de nos plus grandes plumes du moment, en l’occurrence Yasmina Khadra et Kamel Daoud sont purement et simplement boycottées par la Télévision nationale sous prétexte que ces deux monstres de la littérature contemporaine qui font notre fierté à l’étranger sont des «opposants» au pouvoir de Bouteflika. Pour passer sur les écrans officiels, il faut donc avoir la plume compatissante.

Mais ce n’est pas le cas de nos deux célèbres auteurs qui ont déchaîné les foules à la Safex, sans pour autant susciter le moindre mouvement d’admiration de la part de ceux qui prétendent assurer un service public mais qui en réalité se plient à des exigences politiques qui les dépassent. La télé étatique nous a habitués à ce genre de dérobade honteuse en fermant la porte à d’autres écrivains «séditieux» comme Boualem Sansal ou Mohamed Benchicou.

Remarque, l’observation vaut aussi pour la grande majorité des télévisions privées qui confirment leur indigence culturelle en occultant encore plus gravement une manifestation inscrite pourtant au calendrier comme étant le rendez-vous culturel le plus important de l’année. A comparer avec les émissions dédiées au football qui fleurissent de partout, même si le sport-roi n’offre rien d’exaltant, le volet culturel fait vraiment figure de parent pauvre des grilles établies. Sa part est insignifiante pour ne pas dire inexistante.

A part deux ou trois écrans qui essayent de rebondir un tant soit peu sur l’actualité culturelle en ouvrant des débats et en donnant la parole à des personnalités connues du monde littéraire, comme le fait El Hayat TV par exemple qui a recruté le journaliste-écrivain H’mida Layachi spécialement pour animer une émission consacrée aux artistes et aux hommes de lettres, le reste s’en moque éperdument de savoir où en est l’état du livre en Algérie. Leur démission du SILA est conséquente à leur faiblesse chronique de pouvoir fournir une production culturelle de niveau et de qualité.

On passe sans transition de la culture à la politique… politicienne bien de chez nous qui, elle, est très fertile en rebondissements, et paraît en tout cas pour les vitrines cathodiques privées plus facile à endosser. Politique, dites-vous ? Certes, c’est une terminologie un peu trop ronflante, mais c’est ce que le sérail a de mieux à offrir.

Les inepties du patron du vieux parti font florès dans un espace clos où le raisonnement n’est plus permis, alors qu’à l’intérieur du clan dominant où la solidarité doit être naturellement de mise entre les différentes composantes, les tiraillements se font de plus en plus nombreux car incapables d’être maîtrisés sous la pression des événements et des ambitions antagoniques forgées aux méthodes des coups bas souterrains.

Dernière frasque en date d’Ould Abbès qui devrait normalement aller se pendre au lieu de continuer à faire dans l’agitation stérile et loufoque, l’attribut qu’il donne à la nomination du nouveau président de l’Assemblée populaire après le putsch constitutionnel opéré contre l’ancien cacique, un jeune loup donc promu à titre d’accomplissement ou de fidélité aux recommandations du fameux discours du Président à Sétif appelant au passage de témoin entre les générations.

C’est le chef du parti majoritaire, incarnant de surcroît l’inamovible gérontocratie qui nous dirige, qui le plus sérieusement du monde nous lance à la face une telle extravagance pour justifier une grave atteinte aux statuts parlementaires alors que lui-même, préposé à la retraite depuis longtemps, se considère comme étant toujours légitime pour poursuivre sa carrière à l’ombre d’un Président omnipotent.

Il faut avoir un sacré culot pour faire injure de la sorte aux Algériens pris ici pour des immatures ou des débiles, incapables aux yeux du vieillard finissant de donner un sens à son action. S’il fallait pourtant mettre en œuvre le «tab djenana» de Bouteflika, la formule aurait été beaucoup plus simple et n’aurait pas dû attendre tout ce temps pour être exécutée : le Président qui se souciait tant du sort des nouvelles générations aurait dû commencer par donner l’exemple lui-même en insufflant à partir de cet instant l’alternance au pouvoir, ce qui aurait eu fatalement des incidences directes sur l’aventurisme politique d’Ould Abbès.

Mais chez nous, un discours reste un discours, aussi historique» soit-il. Bouteflika a bien surpris son monde en annonçant théoriquement son retrait de la scène, mais dans les faits il n’a jamais lâché les rênes, prétendant même à un cinquième mandat alors qu’il est au bout du rouleau. La jeunesse peut attendre dans notre pays…

L’autre facette de l’intrigue politique qui mérite sa place dans cette chronique est cette confrontation à distance entre le ministre de la Justice et son Premier ministre. Deux membres d’un même gouvernement appartenant à la même chapelle qui s’écharpent publiquement pour des enjeux politiciens qui échappent au commun des mortels.

Que faut-il comprendre, en effet, dans cette brusque et violente charge du patron des magistrats contre son responsable hiérarchique au moment où l’attention de l’opinion publique est braquée sur l’état de santé de Bouteflika apparu encore dégradé sous la séquence télévisée lors de la cérémonie commémorative du 1er Novembre. Etait-ce une manière de dévier l’attention de son cours ou une action préméditée pour faire du tort à Ouyahia qui serait alors en sursis si l’on considère que l’attaque frontale de Louh qui obéit à un programme est concoctée ailleurs ?

Car, pour rester lucide quand même, on sait qu’Ouyahia est sous la coupe de Bouteflika et que si Louh le descend en flèche, c’est forcément une volonté du Président. La lecture paraît simple, mais bien malin celui qui la décodera. La «politique» algérienne a ses raisons que la raison ignore. N’est-ce pas ?

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