La crise politique en Tunisie s’exacerbe : Chahed prend le dessus sur Béji Caïd Essebsi

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La crise politique en Tunisie s’exacerbe : Chahed prend le dessus sur Béji Caïd Essebsi

Sur le papier, la nouvelle équipe gouvernementale de Youssef Chahed comprend 7 membres de Nidaa Tounes et autant d’Ennahdha, ainsi que 3 membres de Machrouaa Tounes et 2 d’Al Moubadara, ainsi que des indépendants.

Sur le terrain, Nidaa Tounes se considère dans l’opposition et ses députés ne vont pas accorder leur confiance au gouvernement. «C’est quasi surréaliste. Les députés de Nidaa Tounes ne vont pas accorder la confiance à un gouvernement, dont le président est l’un des leurs et qui comprend 9 membres du parti», s’exclame le politologue Bassel Torjeman. La polémique tourne surtout autour de Youssef Chahed, qui est resté à son poste, malgré les tentatives de le mettre dehors à travers le dialogue de Carthage, parrainé par le président Béji Caïd Essebsi.

Youssef Chahed est parvenu à recueillir une majorité supérieure à 120 voix pour son gouvernement, sur les 217 députés que compte l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Il s’agit d’une coalition d’Ennahdha (68 députés), le bloc nationaliste (40), Machrouaa Tounes (14), ainsi quelques députés du bloc de la «soumission à la patrie» et des indépendants. Le bloc de Nidaa Tounes (51 députés) s’est retrouvé sur la touche.

Il est obligé soit de composer avec la majorité gouvernante, soit de se positionner dans l’opposition avec le Front populaire et le bloc démocratique. Des indiscrétions indiquent que certains députés du bloc de Nidaa Tounes vont voter la confiance au nouveau gouvernement. «C’est vraiment la pagaille au sein du parti fondé par le président Béji Caïd Essebsi», poursuit Bassel Torjeman.

Cet équilibre a permis à Youssef Chahed d’user de ses prérogatives constitutionnelles. Ainsi, il s’est limité à informer le président de la République de son intention de reformer son équipe. La Constitution dit que Youssef Chahed n’est obligé de se concerter avec Béji Caïd Essebsi qu’à propos des ministres de la Défense et des Affaires étrangères, domaines revenant, selon la Constitution, au droit de regard des deux têtes de l’Exécutif. L’actuel remaniement ne concerne pas ces deux départements.

Chahed s’est donc limité à informer le président de la République. La porte-parole de ce dernier, Saïda Garrach, et son conseiller politique, Noureddine Benticha, ont déclaré que «le Président était insatisfait de la manière dont les choses s’étaient passées».

Tensions

Le palais de Carthage a exprimé des réserves sur le remaniement opéré par Youssef Chahed. Cependant, loin des interprétations de certains médias populistes, le président de la République est resté fidèle à son principe du respect des termes de la Constitution. Toutefois, la direction de Nidaa Tounes s’est sentie lâchée dans le vide. Elle a tenu, hier, une conférence de presse pour exprimer son rejet du remaniement opéré.

«C’est un putsch opéré par Ennahdha, soutenu par Youssef Chahed. C’est un hold-up opéré sur la volonté des électeurs, qui ont choisi Nidaa Tounes en 2014», a déclaré le coordinateur général de Nidaa Tounes, Ridha Belhaj. Il a promis d’essayer d’arrêter cette mascarade.

Le député Mongi Harbaoui, ex-porte-parole de Nidaa Tounes, a envisagé le retrait des ministres du parti du nouveau gouvernement. Une alternative peu plausible, parce que les ministres concernés resteraient en poste, même s’il y a un appel dans ce sens de la part de la direction de Nidaa Tounes.

Le chef du gouvernement a envoyé, hier, une correspondance à l’ARP, demandant la tenue d’une assemblée générale pour accorder la confiance aux nouveaux membres de son équipe. Laquelle assemblée se tiendra vendredi ou samedi. Le bloc parlementaire de Nidaa Tounes est appelé à accorder ses violons d’ici-là, pour garder un semblant d’homogénéité et préserver la possibilité de mettre à niveau le parti, dont le congrès est annoncé pour fin janvier 2019. Mais, les préparatifs pour la tenue de ce congrès n’avancent pas. Même les cartes d’adhésion n’ont pas été vendues aux membres depuis 2014, ou avant.

Malgré la crise politique qui se poursuit en Tunisie, il est important de signaler les deux faits politiques qui marquent ce remaniement. D’une part, l’entrée d’un juif tunisien, René Trabelsi, comme ministre du Tourisme – c’est la première fois, depuis le gouvernement de 1956, qu’une personnalité de confession juive fait partie du gouvernement –, d’autre part, le retour au gouvernement de Kamel Morjane, dernier ministre des Affaires étrangères sous Ben Ali. Il est chargé du ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative. Malgré la tension, Chahed a essayé d’innover.

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