La découverte d’un nouveau site de la Sittelle kabyle provoque des réactions salutaires

  • 4 jours il y a
  • 5 Vues
  • 0 0
La découverte d’un nouveau site de la Sittelle kabyle provoque des réactions salutaires

L’annonce faite dans nos colonnes (El Watan du 23 octobre) de la découverte le 11 octobre dernier d’un nouveau site de la Sitelle kabyle par une équipe pilotée par le Pr. Mohamed Bellatrèche de l’Ecole nationale des sciences agronomiques (ENSA) a suscité des réactions chez des ornithologues certains revendiquant la primeur de la découverte de l’oiseau emblématique de l’Algérie plus à l’est des 4 sites déjà connus.

Ce petit oiseau endémique à cette région du pays et qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde n’était connu auparavant qu’au Djebel Babor (Sétif) en 1975, puis redécouverte dans les forêts du Gerrouch à Jijel (1989), ensuite à un mois d’intervalle dans les forêts de Tamentout et Djima, entre Sétif et Jijel (1990). Trois membres de l’association ornithologique AquaCirta de Constantine ont pu l’observer le 24 septembre dernier.

L’information n’a été donnée que sur leur page Facebook le 18 octobre, relayée par des sites ornithologiques connus comme Ornithomédia, celui de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) des sites français.

Les membres d’Aquacirta ont appris, eux, la présence de la sittelle par un cadre du Parc national de Taza (Jijel), Abdelwahab Bouchareb, que nous avons pu joindre au téléphone. Lui l’a vue à la fin du mois d’octobre et il sait de quoi il parle puisque la Sittelle a été son sujet de mémoire de master. Il en a entendu parler par des gens du coin qui l’ont reconnue sur des images. Le Pr Riadh Moulay, de l’université de Béjaïa et ses collègues l’ont vue en avril 2018 ; l’info n’a pas été divulguée en vue d’une publication scientifique.

L’annonce est donc restée dans le cercle des initiés alors «qu’il fallait la rendre publique immédiatement en commençant par informer les autorités en charge de la protection de la nature», nous déclare Mohamed Bellatrèche qui dit avoir «gardé un très mauvais souvenir de la découverte de la Sittelle en 1975, qui a fait le tour du monde après avoir été donnée à Paris par le journal Le Monde le 28 juillet 1976».

Ces réactions sont salutaires, nous dit encore Mohamed Bellatrèche, car cela veut dire qu’il y a du monde aujourd’hui, dans les universités et en dehors, qui observe les oiseaux en accumulant les connaissances en ornithologie, comme nous l’explique Abdelkrim Si Bachir, enseignant-chercheur et trésorier de l’Association nationale de ornithologues algériens ANOA (voir interview).

Les ornithologues, amateurs et professionnels, se sont regroupés pour beaucoup en associations qui organisent des séminaires internationaux pour évaluer les travaux de recherche sur les oiseaux et leurs milieux naturels, particulièrement les zones humides, des formations et des ornithologies, le financement de projets avec des bailleurs de fonds étrangers.

«En quelques années, nous sommes passés des simples observations des espèces et leur dénombrement à des études touchant à plusieurs aspects de la bio-écologie des oiseaux», nous indique encore le porte-parole de l’ANOA. Mohamed Bellatrèche affirme à ce propos «qu’aucune discipline universitaire n’a fait autant de progrès, à l’exception de l’informatique» et l’association des deux a révolutionné les pratiques et libéré les énergies.

On en veut pour preuve ce site créé par de simples amateurs qui rassemblent et partagent les observations sur l’avifaune algérienne qui échappe ainsi au contrôle de l’administration incarnée par la Direction générale des forêts à qui on reproche, en organisant tant bien que mal les dénombrements annuels des oiseaux, de garder jalousement les données pour ne les confier qu’à «Wetlands International»(1) et d’autres organismes internationaux.

Mais, si la Sittelle vient avec ce nouveau site à Ghabet Ezzen (la forêt de chêne zéen) de Jijel, et comme à la fin des années 70’ et 80’ de relancer l’intérêt pour cette activité et «applications socio-économiques, telles que la protection des végétaux cultivés, la conservation des milieux forestiers et des zones humides, la santé humaine et animale, l’écotourisme», beaucoup de chemin reste à faire.

L’Algérie est un continent, elle est vaste et le nombre d’observateurs est infiniment petit pour une couverture satisfaisante. Elle a besoin de plus d’observateurs, des guides d’oiseaux, des jumelles et des télescopes. Le Réseau des forestiers RNOOA, qui compterait 500 membres, en est cruellement démuni. Il y a des wilayas et pas des moindres sans la moindre paire de jumelles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

El-Watan.com