La nouba, entre célébration et mode… d’emploi

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La nouba, entre célébration et mode… d’emploi

Rencontre avec Kamel Bouchama et Beihdja Rahal

La librairie Media Book d’Alger a accueilli, samedi dernier, lors de son troisième Café littéraire, deux invités de marque, à savoir l’interprète Beihdja Rahal, et l’écrivain Kamel Bouchama.

En l’espace de deux heures, la parole a été donnée à deux convives connus sur la scène littéraire et artistique, modérés par le journaliste Abdelhakim Méziani. Etrennant la rencontre, Beihja Rahal a préféré, cette fois-ci, revenir sur ses débuts au niveau de l’association El-Farkhadjia, en mars 1982.

Elle se rappelle avec émotion ce jour où le regretté maître Abderrezak Fekhardji s’est levé pour chercher la personne qui chantait. «Je garde, dit-elle, l’image et le son de sa voix qui résonne encore dans ma mémoire, quand il a dit ‘‘qui est en train de chanter’’? Ce jour-là, j’ai senti qu’il y avait quelque chose de particulier en moi». Beihdja Rahal avoue que jusqu’en 1992, elle ne pensait pas faire une carrière musicale. Ainsi, elle s’installe en France en 1992, au départ pour une spécialité en biologie et continuer dans la musique.

Très vite elle se rend compte qu’«il n’y avait rien d’algérien en France par rapport à notre culture et à nos musiques traditionnelles, je me suis dit pourquoi pas commencer à travailler sur cette voie et commencer à donner des concerts au départ», confie-t-elle. Elle se lance, par la suite, dans l’enregistrement de quatre albums, mais au bout du cinquième, elle commence à penser à la sauvegarde du patrimoine musical andalou.

Elle en parle au regretté musicien et maître Bouabdellah Zerrouki, lequel s’est beaucoup investie dans la musique andalouse. «C’est le premier, dit-elle, qui a commencé à enregistrer les noubas andalouses dans son studio. Personne ne l’a aidé au départ. Il avait même construit un deuxième studio d’enregistrement où il nous a accueillis. Il ne demandait absolument rien. Il prenait en charge tous les frais. Il m’avait proposé d’enregistrer chez lui.

Quand j’ai commencé à enregistrer, je lui avais annoncé que j’allais enregistrer le patrimoine. Il m’avait dit -en présence d’anciens collègues- quelques noubas c’est bien, mais laisse cela aux maîtres. A partir de là, et je le dis franchement, j’ai commencé à déranger. Si on veut des gens qui détiennent une partie du patrimoine, on pense au masculin et jamais au féminin». Elle ajoute que l’artiste Maâlma Yamna, est l’exception qui confirme la règle.

Elle a excellé dans la nouba. «On cite les autres, Cheikha Tetma, Fadhila Dziria, mais elles ne se sont pas à la partie la plus classique de ce patrimoine qu’est la nouba», éclaire-t-elle. L’interprète, Beihdja Rahal, était consciente que l’annonce de l’enregistrement des douze noubas commençait à gêner, mais elle l’a tout de même fait.

Elle poursuit ses projets en se lançant dans le deuxième tour des douze noubas pour arriver, aujourd’hui, à l’enregistrement de 27 albums, dédiés à la nouba. L’oratrice cite le regretté musicien et professeur Sid Ahmed Serri, lequel a enregistré tout son répertoire, constitué de 45 CD. «Mais à part Sid-Ahmed Serri, note-t-elle, peut-être que certains peuvent me contredire, aucun interprète n’est arrivé à 27 noubas. De toutes les façons, je continue à faire dans l’enregistrement, car c’est pour la culture algérienne et pour les générations futures.

C’est une passion. J’aimerais laisser un maximum d’albums, car ce qu’on a aujourd’hui, ce sont des voix masculines, mais je veux laisser un maximum avec une voix féminine. Quand je parle de voix féminine, c’est la même voix, car à chaque fois il y a des femmes qui travaillent dans le même domaine, mais quelques fois c’est bien d’avoir des interprètes qui se spécialisent dans un domaine particulier.

Quand on se spécialise, c’est là qu’il y a une recherche plus approfondie sans s’éparpiller». Si Beihdja Rahal fait partie des artistes qui mettent le texte et sa traduction à la disposition du public à travers des albums, elle indique que dans les années 40, les grands maîtres gardaient des secrets par rapport à la pratique du métier : un constat qui était valable, également, pour toutes les musiques anciennes.

La musicienne est catégorique : le solfège ne doit pas être enseigné aux enfants. Il n’a pas sa place, car nous sommes d’une tradition orale. Poussant plus loin son raisonnement, elle indique que les chefs d’orchestre au niveau des associations musicales andalouses ne sont pas des professionnels, mais de bons amateurs.

L’autre point noir soulevé par Beihdja Rahal est celui de la musique. «Les textes existent, mais la musique est vraiment en danger», martèle-t-elle. Prenant la parole, l’écrivain et ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Kamel Bouchama, a tenu à rappeler que le livre n’est pas une matière très prisée en Algérie et que l’Histoire n’est pas connue. Preuve en est, «aujourd’hui, dit-il, dans nos livres scolaires, il est écrit que Abdelkader El Djazaïri a fait sa réédition en décembre 1847.

Le ministre de l’Education nationale, Baba Ahmed, m’avait appelé pour me demander de lui faire une page. Il voulait enlever sur les manuels, une fois pour toutes, cette réédition de l’Emir Abdelkader. J’ai fait et remis le texte, mais jusqu’à maintenant, je ne vois pas mon texte dans les livres scolaires. Cela n’a pas été imprimé. On vit dans l’ignorance.» Il note également que beaucoup d’Algériens ne savent pas qu’il y a un Algérien, Mohamed Senoussi, qui a eu le prix Nobel de la paix en 2007.

Kamel Bouchama avoue qu’il a eu toutes les peines du monde à écrire sa trilogie intitulée La glorieuse épopée de nos ancêtres, où l’on retrouve les titres suivants : De Iol à Caesarea à… Cherchell (les avatars historiques d’une cité millénaire), la clé d’Izemis (les Mémoires anachroniques de l’Andalousie perdue) et les Algériens de Bilâd ec-Shâm (de Sidi Boumediène à l’Émir Abdelkader (1187-1883). Il précise que Juba 2 a bâti la première université au monde.

El-Watan.com