La pression populaire s’intensifie : Le pouvoir dans le creux de la vague

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Au coup de Jarnac de Abdelaziz Bouteflika qui a décidé de reporter l’élection présidentielle mardi, les Algériens ont répondu par un coup de grâce des déferlantes humaines dans un quatrième vendredi de refus. Une fin de non-recevoir. L’offre politique proposée par l’équipe au pouvoir, qui annule le rendez-vous du 18 avril assorti d’une conférence national «inclusive», est très nettement inférieur au gigantesque projet politique en gestation depuis l’historique journée du 22 février.

La rue algérienne dépasse largement le pouvoir non seulement en termes de mobilisation mais aussi et surtout en capacité de formulation d’un projet nouveau. Bien que son élaboration cohérente n’ait pas encore atteint un stade avancé, ses contours se dessinent au jour le jour dans un esprit de lutte et de débats ouverts. Collectivement, les
Algérien(ne)s reprennent la parole politique et agissent ensemble pour construire la nouvelle Algérie.

Mentalement, ils sont déjà entrés dans une nouvelle ère politique. D’esprit, ils évoluent désormais dans un système politique nouveau. C’est le sens des manifestations pacifiques accompagnées d’une pédagogie politique et sociale inédite. Une rupture avec la violence sous toutes ses formes qui a longtemps dominé  le paysage politique et social algérien.

Au terme de quatre vendredis d’insurrection citoyenne et partout dans le pays, les Algérien(ne)s redonnent du sens à la politique, se réconcilient avec la nation et se réapproprient l’Etat. Fini la haine du soi paralysante. La génération Février renoue avec une estime de soi libérateur.

Face à cette dynamique émancipatrice, le pouvoir de Bouteflika est plongé dans un désarrois total. Il est dans l’impasse. Il n’est plus en résonance avec le peuple. Désarçonnées par la révolte générale, les équipes au pouvoir ne savent plus à quel diable se vouer. La conférence de presse du duo de l’Exécutif, Bedoui-Lamamra, n’a pas été un ratage communicationnel, mais plutôt un fiasco politique qui révèle l’absence d’un agenda et le manque criant de perspective même à court terme. Six jours après leur désignation, ils n’arrivent toujours pas à former le nouveau gouvernement. Des personnalités contactées pour y figurer ont décliné. Visiblement, le pouvoir finissant de Bouteflika n’attire plus.

LE SYSTÈME SE DÉSARTICULE

Manifestement, le Premier ministre et son second, nommés à la hussarde, donnent la forte impression que le bateau Algérie n’est plus gouverné. Dépassé par l’ampleur des événements et la revendication «révolutionnaire» de changement radical  du système corrodé, le pouvoir de Bouteflika se fragilise de jour en jour. Ses soutiens ont disparu, quand d’autres ont retourné leurs vestes. Sa base sociale s’est révélée factice. Des secteurs considérés jusque-là totalement acquis s’émancipent de la tutelle autoritaire comme le montrent les magistrats. C’est un signe que les «appareils idéologiques de l’Etat» obéissent de moins en moins au pouvoir politique. Ils expriment le désir d’affranchissement.

De plus, les forces de sécurité, dépassées elles aussi par l’ampleur du soulèvement général, ne veulent plus assurer la «fonction» de répression. Par certains endroits, elles éprouvent de la sympathie pour les manifestants. Le système se désarticule à mesure que le processus insurrectionnel s’enracine et s’installe dans la durée. Comme jamais, les Algériens sont sur la crête de la vague, le pouvoir est dans son creux. Il est évident que le rapport de force balance du côté de la rue mobilisée. Mais jusque-là, le compromis n’est pas à l’ordre du jour. Les tentatives de négociation  sont vite balayées.

Légitimement, les Algériens guettent des décisions politiques fortes à la hauteur de leurs exigences. Le mouvement populaire, qui a vocation à bloquer le 5e mandat et à s’opposer vigoureusement à toute tentative de contournement ou de ruse, refuse toute négociation en l’état actuel des choses. Ses animateurs n’ignorent pas la complexité de la situation présente, mais veulent voir d’abord des décisions audacieuses prises, des mesures chocs et ensuite voir apparaître un interlocuteur fiable du côté du pouvoir.

Et ce n’est sans doute pas Lakhdar Brahimi qui peut incarner ce rôle. Il est vite disqualifié parce que vu comme un enfant du système trop mêlé à la galaxie bouteflikienne qui veut sauver le pouvoir. C’est une carte cramée. Avec sa méthode qui consiste à recevoir des «usurpateurs» dans les salons fermés, il ne fera qu’enflammer la colère. «Brahimi-Lamamra… Si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique», lit-on sur une immense banderole, ce vendredi à Alger, brandie au milieu d’une foule compacte.

Coupés de la réalité politique et sociale du pays, les deux diplomates sont comme hors-sol. Alors que la jeunesse est résolument tournée vers l’avenir, Ramtane Lamamra fait un bond en arrière comparant la conférence nationale «inclusive» à la charte nationale de 1976 sous Boumediène. Anachronique. «Ceux d’en bas ne veulent plus et ceux d’en haut ne peuvent plus.» Jamais cette formule n’a eu tout son sens que dans ces journées insurrectionnelles.

El-Watan.com