La rue a voté

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Les représentants du pouvoir qui continuent à déclarer que c’est l’urne qui va trancher, le 18 avril prochain, ont dépassé le stade du mensonge et de l’autisme, ils affichent une totale irresponsabilité et finissent par jouer le rôle des «aventuriers» qu’ils ont toujours dénoncés et fustigés.

La rue a parlé et a rendu son verdict. La population a déjà voté et exprimé son rejet d’un 5e mandat et toute reproduction ou maintien du régime en place. Le monde entier a entendu ce cri, se peut-il qu’il ne le soit pas dans les centres de décision et à quelques centaines de mètres des manifestations ?

En moins d’une semaine, la population a prouvé que l’aventure est entretenue au sein du régime et non dans la rue, et que la menace du chaos est brandie par les tenants du pouvoir. Ces derniers étalent leur incompétence qui, à ce moment de l’histoire, devient hautement dangereuse.

Quand ils préviennent contre la sortie des écoliers dans la rue, ce sont les étudiants de toutes les universités du pays qui battent le pavé pour dire ce qu’ils pensent du pouvoir et du processus électoral en cours. Des corporations professionnelles lancent également leur appel à la mobilisation et rejoindront sans doute les marches prévues ces prochains jours.

Le Premier ministre qui professait, lors du calme qui précédait la tempête, qu’il n’y a pas de «place tahrir» pour accueillir les opposants au régime, a le loisir de s’apercevoir aujourd’hui qu’il y en a mille à travers le pays. Et, pour un ancien Premier ministre devenu directeur de campagne, il ne reste plus que les yeux pour pleurer devant ce qui s’est passé à Khenchela au premier jour de la révolte populaire.

C’est, par contre, dans la joie et la confiance retrouvée que les citoyens crient leur désir de changement, réclamant leur droit et assumant leur devoir de s’ingérer dans les affaires de leur pays. L’annonce d’un 5e mandat était une négation de la conscience nationale, l’abstraction de toute notion de citoyenneté, un défi à une société que l’on voulait contraindre à accepter le sort du régime, celui de l’échec et de la déchéance.

On la croyait morte ou anesthésiée, la société revit et impose son rythme dans des villes et des rues longtemps considérées comme zones interdites sous divers prétextes. A présent, il n’y a aucun argument à opposer, ni épouvantail à agiter, en dehors des risques qu’induirait la fuite en avant au sein du pouvoir.

Il est vain de rendre suspects ou de disqualifier les «appels anonymes» à une époque en pleine mutation, où l’expression immédiate et spontanée est diffusée et partagée beaucoup plus vite que les prises de position structurées et organiques, largement dépassées par les événements. Une évolution qui prend de court des organisations politiques bien établies, lesquelles annoncent humblement que leur «comité central» décidera selon les derniers développements dans la rue.

Il est significatif également que l’acteur politique qui mobilise plus les foules lors de ses déplacements est précisément celui qui a en premier expérimenté l’activité numérisée et diffusée en temps réel. Si l’option du changement est déjà «votée», les termes de la transition seront à la charge des partis qui ont, en dépit du long règne de l’autoritarisme, construit la conscience politique dans le pays. Dans les manifestations, ce sont leurs mots d’ordre qui ont éclos.

El-Watan.com