La rue est belle à Béjaïa

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Une vague humaine en cache une autre. Un océan humain, sans exagération. Voilà comment on pourrait résumer la marche d’hier qui a inondé les rues de la ville de Béjaïa comme jamais. «C’est un jour d’indépendance !», ont crié certains. «Magistral !» se sont exclamés d’autres.

La manifestation est incomparable à la toute première marche qui avait donné le coup d’envoi de ce qui est devenu aujourd’hui la grande marche vers la IIe République. Des dizaines et des dizaines de milliers de personnes sont sorties résolues plus que jamais à aller jusqu’au bout du mouvement populaire. Ils sont venus en nombre de plusieurs localités de la wilaya, de la vallée de la Soummam comme du Sahel. Certains présidents d’Apc ont réquisitionné des bus pour le transport des manifestants. Des marches ont été organisées en même temps dans certaines villes de la wilaya. Des moments encore plus historiques qui ont porté des signes de victoire. Des feux d’artifice ont éclaté dans le ciel et des vuvuzelas ont claironné au moment où la rue a vibré aussi sous les cris de «Klitou lebled ya serrakine !» (vous avez pillé le pays bande de voleurs).

Les rumeurs de possibles répressions distillées par des cercles occultes ont été démenties par les faits. La marche s’est déroulée dans le calme. Un policier en tenue a brandi une pancarte pour dire qu’il est «avec la voix du peuple, ni report, ni prolongation. Nous voulons le départ du régime. Police, darak et armée sont les enfants du peuple».

Pour être plus visible, il est monté sur la camionnette qui a devancé la marche. Au même moment, un citoyen distribuait des rameaux d’olivier en guise de signe de paix et de pacifisme. La déferlante d’hier a, le moins que l’on puisse dire, doublé la masse de la première manifestation. Si vendredi dernier, il était possible d’estimer approximativement le nombre (100 000), ce n’était pas le cas hier tant il était impossible de mesurer la distance entre les deux bouts de la procession. Au moment où les premiers marcheurs ont atteint la fin du trajet, à hauteur du port, avant de faire demi-tour, les derniers carrés attendaient encore au niveau de l’esplanade de la maison de la culture.

Les femmes sont revenues, aussi belles que rebelles lors du 8 mars dernier, les familles sont redescendues dans la rue en nombre, des vieux et des vieilles étaient dans la foule, les jeunes n’ont rien lâché, déterminés à ne pas se démobiliser. Les derniers espaces qui permettaient de circuler librement dans la rue lors des précédentes manifestations étaient hier envahis, bondés jusqu’au dernier mètre. Difficile de se faufiler parmi les marcheurs. Les dernières mesures contestées et douteuses du pouvoir ont réussi le pari de sonner l’immense mobilisation.

Les vieilles personnes qui ne pouvaient marcher se sont mises sur les balcons ou à leurs fenêtres pour donner ce qui restait de leur voix avec des youyous ou faire des gestes de la main en guise de soutien. A plusieurs endroits, les marcheurs se sont arrêtés, regards levés, pour les saluer en chantant. La même ambiance de fête que l’on a vécue les derniers vendredis est revenue hier avec de nouveaux chants et de nouveaux refrains.

On a aussi marché à dos de chevaux qui ont trotté sur la chaussée. Rien n’a entamé la résolution et la bonne humeur des manifestants, pas même l’obstination du pouvoir à ne pas répondre à la revendication populaire du changement effectif du régime et au changement de têtes que la rue considère comme des manœuvres inacceptables. Entre le régime et le peuple, le fossé se creuse davantage. «Bouteflika nous ne lisons pas tes lettres. Signé : génération SMS», assène une pancarte portée par un jeune citoyen hier. Les noms de tous les hommes du régime en ont eu pour leur grade, caricaturés, vilipendés par des manifestants qui ont lancé des «Dégage !», y compris pour Macron.

Des jeunes ont confectionné une cellule de prison portée sur une camionnette dans laquelle des comédiens ont joué les rôles des principaux dignitaires du régime. D’autres manifestants ont traîné avec eux des sacs supposés contenir des masses d’argent dilapidés et portant les photos de Ali Haddad et Chakib Khelil. Celle de Bouteflika a été collée à un épouvantail.

El-Watan.com