L’autre candidat à la présidentielle : l’argent !

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Comment est-il possible, de notre temps, que l’argent ait tout happé, et qu’en son nom, de son accumulation, au profit de quelques-uns, pas forcément parmi ceux les plus évolués, les plus méritants, les plus enclins au partage, on puisse broyer, sans hésitation, des collectivités humaines entières ?

Par le passé, la reconnaissance du rôle central de l’argent comme facteur de progrès fit longtemps consensus et elle a, abondamment, nourri la littérature :

1. «L’argent qu’on possède est l’instrument de la liberté, celui qu’on pourchasse est celui de la servitude», écrivait Rousseau.
2. «C’est un bon serviteur et un mauvais maître», a déclaré Dumas.
3. Les riches détenteurs de capitaux s’en sortent avec une autre analyse : «Tout le monde s’enrichit en même temps que nous, même si c’est inégalement».

Mais un des effets des polémiques actuelles autour de la place envahissante de l’argent, c’est de l’avoir réduit à une dimension d’agent diviseur, de force angoissante, de grand déchireur de cohésion sociale et, surtout, de perturbateur de l’ordre établi.
Il a d’abord été un outil de pacification, un facteur de progrès, mais des excès en tout genre ont transformé cette valeur en nuisance ; il a pollué tous les autres ordres de valeurs mis au service de l’assouvissement des désirs des possédants, petits ou grands.

Aujourd’hui, tout est à vendre, au mépris de toute éthique ou autre humanisme et les exemples foisonnent : comme tous ces «corps à vendre».

En principe, il est interdit de céder partie de son corps, au nom du principe d’indisponibilité ; mais sur le plan international, les lignes bougent, comme en Allemagne où on peut vendre son sang en toute légalité, aux Etats-Unis son plasma et en Iran un rein. Dans certains pays arabes, des fetwas ont rendu licites les greffes d’organes. Nous assistons à l’émergence d’un commerce de la détresse !

Un bio-marché international, mû par l’argent, qui serait régi par une traite de la transplantation où les riches malades, d’Europe ou d’Amérique, achèteraient des organes aux personnes pauvres d’Afrique, d’Asie, voire même des pays du Maghreb. Ce trafic illégal est difficile à évaluer, mais on estime de 70 000 à 160 000 dollars le forfait comprenant le voyage et la greffe, l’essentiel finissant dans la poche des professionnels et des intermédiaires, le vendeur n’en touchant qu’une petite partie.

Ce type de commerce, à en croire des informations, commence à séduire quelques-uns de nos compatriotes qui n’ont trouvé que cette solution comme voie de salut à leur détresse.

En sport, de l’argent, il y en a de plus en plus !

Principalement dans le football, mais pas forcément dans les catégories qui en ont le plus besoin ; des masses énormes d’argent, choquantes même, sont perçues par les joueurs des Ligues 1 et 2 de notre championnat «professionnel» (qui en arrivent même à se doper en ingurgitant de la cocaïne «à l’insu de leur plein gré») et de moins en moins, sinon rien, tout en bas, chez les amateurs et dans les pépinières qui manquent de tout.

On est entré dans l’ère du business qui a amoindri le souci de l’organisation du football dès lors que le modèle économique des clubs ne marche pas, tout comme la gestion et la professionnalisation qui sont escamotées par les conflits d’intérêts personnels étroits.

L’équipe nationale, composée de joueurs formés en Europe, est l’arbre qui cache la forêt et on n’en a pas fini avec nos désillusions si ceux qui forment et accueillent à la base les très jeunes joueurs (8-15 ans), ne sont pas aidés, financièrement surtout.
Et surtout, on a mis à terre l’éthique et les scandales répétitifs des matchs combinés qui ont touché tout le monde, y compris le corps arbitral.

Les banques ne sont pas en reste !

L’Etat-providence l’a surtout été pour leurs turpitudes, en épongeant et en effaçant leurs dégâts, à coups de milliards d’argent public réinjectés dans le circuit.

Les banquiers ont réussi à se débarrasser de ce qui constituait, auparavant, le propre des métiers d’argent – le risque – en se déchargeant sur les petits emprunteurs d’un côté, et sur l’Etat salvateur de l’autre.

Le scandale de la banque Khalifa est toujours dans les mémoires et le procès du siècle qu’on ne cesse de nous annoncer pour très bientôt risque, une fois encore, de faire «plonger» quelques lampistes, sans plus. Rappelons que l’effondrement du groupe Khalifa, employant plus de 20 000 salariés en Algérie et en Europe, avait causé un préjudice estimé par des avocats à plus de 1,5 milliard de dollars à l’Etat et aux détenteurs de comptes.

Dans la série de l’argent dominateur

Signalons cette initiative d’un Collectif national à l’étranger qui milite pour «un audit citoyen de la dette publique» qui a déclaré : «On fait comme si ce fardeau était naturel, mais les citoyens ont quand même le droit de s’interroger sur son origine et sa trajectoire» ; la dette ne naît pas de la pluie, soutient le président de ce collectif, elle est la conséquence d’une mauvaise répartition des revenus.

A ce propos, citons Louisa Hanoune qui avait fait de la dette son cheval de bataille, ce qui lui a valu de la part des travailleurs exsangues plus qu’un soutien à l’époque où ces derniers ont été «ponctionnés» par Ahmed Ouyahia ! La chef du Parti des travailleurs, et elle n’était pas la seule dans le monde, affirmait que la dette était conséquente aux mesures drastiques du FMI, étrangleur des pays en voie de développement et surtout, Louisa Hanoune disait que «la dette était la conséquence d’une mauvaise gestion du pays et que les citoyens n’avaient pas à payer pour les errements des politiques». Et de proposer, dans son programme «de ne pas rembourser la dette !».

L’argent des procès perdus

De l’avis de plusieurs juristes, l’Algérie perd beaucoup de procès et partant d’argent à cause de négligence et d’incompétence en matière de négociation, de rédaction et d’application de ses contrats avec des partenaires étrangers. Il s’agit de tous ces procès perdus face à des partenaires étrangers qui raflent la mise, parfois sans coup férir.

En effet, l’opinion nationale a appris que plus de 5 milliards de dollars auraient été perdus par l’Algérie dans 5 affaires d’arbitrage international, la dernière en date concernerait le consortium japonais Cojaal, en charge du tronçon Est de l’autoroute, qui vient de réclamer la bagatelle de 910 millions de dollars ! L’information livrée par un quotidien national cite, entre autres, la compagnie pétrolière américaine Anadarco, qui exploite le gisement de Hassi Berkine, affaire dans laquelle Sonatrach aurait perdu près de 4 milliards de dollars dans une procédure d’arbitrage qui s’est terminée à ses dépens.

L’argent du terrorisme !

Grâce au pétrole, le racket et les rançons, l’organisation dite «Etat islamique» posséderait assez d’argent pour, non seulement, faire la guerre au monde, mais aussi payer «correctement» des dizaines de milliers de combattants dont une proportion non négligeable d’étrangers, d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs. Jamais autant d’argent n’a été concentré entre de si mauvaises mains, affirmaient tous ceux – diplomates, membres des services des renseignements et chercheurs – qui observaient la progression fulgurante de l’organisation djihadiste.

L’armée dirigée par Abou Bakr Al Baghdadi verse aux Syriens et Irakiens qui la composent une solde mensuelle de 400 dollars.
Pour les membres venant de France, d’Europe et du Maghreb, s’ajoute une prime supplémentaire de 700 dollars, soit une solde globale de 1100 dollars pour les étrangers.

D’autres bonus sont distribués aux combattants mariés : 100 dollars par épouse et 50 dollars par enfant.
Ces chiffres, collectés par l’économiste syrien Samir Seifan, attestent que l’argent n’est nullement un souci pour l’Etat islamique. Ce qui fait sa richesse, ce sont d’abord les gisements de pétrole qui sont tombés entre ses mains, ce qui lui permet de s’adonner à une extraction sauvage et d’en tirer quelque 120 000 barils par jour ! Prix du baril entre 20 et 25 dollars, ce qui rapporterait à l’organisation 2 millions de dollars/jour, tout ça grâce à des «traders» indélicats, croit-on savoir !

Contrairement aux apparences, les revenus des rançons, même s’ils sont phénoménaux – jusqu’à 10 millions de dollars par otage –, ne jouent qu’une part mineure dans le budget du «califat» ; environ 5%, selon diverses estimations. L’organisation d’Abou Bakr Al Baghdadi a, depuis, trouvé d’autres sources de revenus en confisquant à Mossoul les avoirs de trois grosses banques. Montant du butin : 429 millions de dollars et plus de 600 milliards de dinars irakiens.

De ce qui précède, est-il encore besoin de parler d’argent ?

Mais bien évidemment puisque, à coup sûr, il va s’incruster dans la campagne électorale, au point d’en être un acteur incontournable !
Et c’est la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, qui a été la première à dénoncer l’intrusion de l’argent et du «lobbying» en politique et de leurs effets pervers, nomadisme politique, chkara, etc !
Cela a fait réagir, peu ou prou, le gouvernement qui a ajusté la réglementation en conséquence, sauf que sur un autre registre, il tarde à prendre les mesures qui s’imposent.

Les effets délétères de l’argent sur la politique constituent une vieille rhétorique. Mais elle n’a été, longtemps, qu’une arme de combat politique sans effets concrets sur le fondement des campagnes électorales et des partis.

Il n’est pas rare que l’évocation de l’argent dans la sphère politique conduise les observateurs les plus éclairés à évoquer la corruption, les pots-de-vin, le traitement inéquitable des candidats, ou encore la nature ploutocratique d’un régime.
Selon certains observateurs, les sommes nécessaires pour mener une campagne sont susceptibles d’écarter des candidats compétents mais sans ressources.

Pour d’autres, les sources de financement du personnel politique peuvent donner lieu à toutes sortes de dérives qui ont souvent pour conséquence un rejet des affaires publiques par les électeurs caractérisé par une faible participation aux scrutins nationaux.

Et à l’opinion de s’interroger

1. La montée en puissance de l’argent fait-elle le bonheur électoral ?
2. La mise en œuvre d’une réglementation encadrant l’emploi des ressources financières aboutit-elle à une plus grande moralisation de la vie politique ou à une moindre liberté d’action des offreurs et demandeurs de politiques publiques ?
3. Comment éradiquer aussi le penchant naturel à la corruption, dans la mesure où elle peut apparaître aussi comme la rétribution d’un service rendu ?

La morale n’y suffit pas, disait quelqu’un, même si elle peut jouer un rôle. Un parfum de corruption a suffi pour priver le RND, selon Ahmed Ouyahia, de nombreux sièges au Sénat. Des élus «soudoyés» ont fait passer leurs «obligations» avant celles de leurs partis et le bénéfice qu’ils ont pu en tirer, pour eux et leurs familles, l’a emporté largement sur leur sentiment de culpabilité !
L’ancien Premier ministre français, Edouard Balladur, estimait en son temps que la politique a besoin d’argent ! Or, hélas, tous les candidats n’en ont pas autant. Et le risque de concussion existe toujours.

En définitive, la politique demeure impure, inégalitaire, parfois elle blesse la dignité du citoyen considéré comme un objet passif qu’il faut conquérir à tout prix ! Le cynisme gagne, le besoin d’argent corrompt, la compétition électorale devient un pugilat où tous les coups sont permis !

D’où la conclusion que le jeu démocratique est faussé, puisque dans bien des cas, le programme électoral et les débats d’idées se trouvent phagocytés par l’argent. En Algérie, comme partout ailleurs, ce sont les plus riches qui contribuent le plus au financement de la vie politique.

C’est à qui paie gagne, affirmait Julia Cagé dans son livre Le prix de la démocratie. Dans une démocratie, plus on donne de l’argent, plus on a des chances de voir son candidat remporter la victoire ; la clé du bonheur en politique tient aux sommes qu’on veut bien engager. Subventionner un parti politique, une campagne électorale, et pourquoi pas s’acheter un journal, une télévision, autant de façons de connaître la félicité. D’ailleurs, conclut l’auteure, ceux qui l’ont compris les choisissent toutes.

 

Par Cherif Ali

Cadre supérieur en retraite

El-Watan.com