Le foncier touristique dépecé

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Le foncier touristique dépecé

La wilaya de Tipasa renferme 22 ZET

Alors que la situation juridique du foncier touristique et agricole n’est pas encore assainie, d’autant plus que le PAT n’existe pas, l’ex-ministre et ex-wali de Tipasa, Kadi Abdelkader, signe 26 arrêtés d’attribution du foncier se trouvant dans les ZET.

Le tourisme à Tipasa a du plomb dans l’aile. Ce riche territoire, pourvu de pas moins de 22  zones d’expansion touristiques (ZET), dispose de plans d’aménagement touristique (PAT). Il n’empêche que des terres agricoles demeurent toujours en exploitation, bien qu’elles se trouvent à l’intérieur des ZET.

Pourtant, la réglementation en vigueur interdit de concéder un terrain situé à l’intérieur de la ZET dans l’indivision. Il y a lieu de préciser que le PAT doit être approuvé par arrêté du ministère du Tourisme et de l’Artisanat.

A juste titre d’ailleurs, le MTA avait approuvé trois PAT dans la wilaya de Tipasa. Il s’agit de celui du Colonel Abbas (Douaouda), de Sidi Braham (Gouraya) et enfin de Oued Mellah (Larhat). L’arrêté d’approbation de ces trois PAT avait été publié au Journal officiel du 17 mars 2018.

En outre, l’unique ZET détentrice d’un acte juridique est celle de Colonel Abbas (Douaouda), grâce aux procédures d’expropriation entamées par la wilaya de Tipasa, sous l’ère de l’ex-wali Hadj Mohamed Ouchen.

Quant à l’aspect juridique des 21 autres ZET, rien n’a été résolu, d’autant plus que certaines ZET vont disparaître avec la réalisation du port commercial centre d’El Hamdania (Cherchell). Au mépris du cadre juridique en vigueur, des habitations et des hangars avaient été érigés illicitement au sein des ZET.

Le statu quo. Aucune volonté locale pour assainir définitivement la situation. Les agressions sont multiples devant l’insouciance des décideurs de la wilaya, pour résoudre le volet juridique de ce foncier touristique.

Alors que la situation juridique du foncier touristique et agricole n’est pas encore assainie, d’autant plus que le PAT n’existe pas, l’ex-ministre et ex-wali de Tipasa, Kadi Abdelkader, signe 26 arrêtés d’attribution du foncier se trouvant dans les ZET. Ils représentent une superficie avoisinant  82,5 hectares de la totalité des ZET. Les hautes autorités du pays n’exigent pas de comptes.

Plus grave encore, le foncier d’une superficie de 12 ha, qui était destiné en 2008 pour la construction de l’ENST (Ecole nationale supérieure du tourisme), avait été divisé en trois parcelles.

L’ex-wali, Kadi Abdelkader, avait signé trois arrêtés d’attribution au profit de trois «opérateurs». La dilapidation du foncier touristique est à inscrire au registre des responsabilités de la directrice du tourisme de Tipasa, promue et installée en ce début du mois de janvier 2019 au poste de secrétaire générale du département ministériel de Benmessaoud Abdelkader.

Pourtant, les instructions des hautes autorités du pays, soucieuses de préserver ce foncier stratégique destiné au développement du tourisme, un secteur créateur d’emplois et de richesses, se fondaient sur l’exigence de l’avis de l’ANDT (Agence nationale du développement du tourisme) et celui du MTA, avant d’émettre l’avis favorable.

Pour rappel, le secteur du tourisme dans la wilaya de Tipasa a été géré par l’Agence durant presque 19 années. La scandaleuse signature des arrêtés d’attribution du foncier touristique avait été précédée par l’accord écrit de la directrice du tourisme, du directeur de l’investissement et son homologue de la réglementation des affaires générales (DRAG).

Ces deux directeurs et la directrice ignorent-ils les lois de la République ? Au total, durant la période allant du mois de décembre 2016 jusqu’au mois de juillet 2017, l’ex-wali de Tipasa, Kadi Abdelkader, avait signé 59 arrêtés d’attribution du foncier, entachés d’irrégularités, dont certaines parcelles se trouvaient dans une commune de l’ouest de la wilaya d’Alger (sic).

Son successeur, Ghellaï Moussa, avait signé des arrêtés de réattribution des parcelles de terrain au profit des enfants de la nomenklatura, en se moquant allègrement des décisions de justice. Il a été limogé par le président de la République.

La direction des Domaines, qui n’avait pas marché dans la combine, avait immédiatement saisi la justice, dénonçant les avis du wali qui allaient à l’encontre de la loi.

Le traitement de la plainte de la direction des Domaines par les magistrats du département ministériel de Tayeb Louh (chambre administrative Blida), avec le concours des éléments de la Gendarmerie nationale, aura eu le mérite d’annuler tous les arrêtés d’attribution du foncier signés par l’ex-wali de Tipasa.

Il y a lieu d’indiquer que sur les 26 cas de terrains concédés à Tipasa, deux investissements sont opérationnels. Il s’agit de la station d’essence Bensouda (Douaouda), située à l’extrémité est de la wilaya de Tipasa et du relais de Abdelghani Hebbache (Sidi Rached), un promoteur immobilier connu à Alger.

Bouchema Mohamed, l’actuel wali de Tipasa, a engagé une chasse contre les pseudo-investisseurs dans le secteur du tourisme. Les exemples inhérents aux dérives ne manquent pas dans la wilaya de Tipasa, de surcroît dans le secteur du tourisme et de l’artisanat.

La DTA «42» a réussi à perpétuer la mascarade de son secteur à Tipasa. Elle avait présenté «des projets virtuels» lors de chaque visite de travail à Tipasa des ministres du Tourisme qui se sont relayés depuis l’an 2000 jusqu’à 2018, la dernière effectuée par Benmessaoud Abdelkader.

Le scandale du foncier touristique dévoilé par notre quotidien avait étrangement abouti à la promotion de la directrice du tourisme au poste de secrétaire générale du ministère du Tourisme, du DRAG au poste de secrétaire général à la wilaya d’Illizi, la mutation du directeur de l’investissement vers une autre wilaya et enfin le remplacement du directeur des Domaines. Une enquête approfondie mérite d’être engagée.

Le wali de Tipasa et son successeur avaient été limogés par la présidence de la République. La promotion de la DT «42» a fait réagir des cadres du secteur à travers le territoire national. Cela nous rappelle la désignation de Benagoun Messaoud au poste de ministre du Tourisme en mai 2017, révoqué 48 heures seulement après son installation.

Une histoire évoquée par nos interlocuteurs. Le tourisme demeure toujours un secteur du second collège qui manque cruellement de considération, si l’on se réfère à sa triste situation sur le terrain. Y a-t-il une pénurie de cadres intègres et compétents dans le secteur ?  

El-Watan.com