Le pire destin pour un patrimoine national

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On ne peut pas passer par le centre-ville de Constantine sans remarquer cette imposante bâtisse qui s’élève comme une forteresse aux murs hauts de plusieurs mètres, à quelques mètres de la place Colonel Amirouche (ex-place de la Pyramide).

Un lieu qui garde toujours une haute valeur historique pour les Constantinois, puisque c’est à partir de cette place que le corps expéditionnaire français lança l’assaut et réussit la prise de la ville de Constantine, le vendredi 13 octobre 1837. Dans la foulée de la conquête, l’administration française choisira ce plateau du Coudiat pour construire l’une des plus anciennes maisons de détention en Algérie à partir de 1853, qui deviendra plus tard une prison départementale pour tout l’Est algérien.

Un établissement de sinistre histoire, puisqu’il sera durant plus d’un siècle un  lieu de détention et de torture pour les résistants à l’occupation française, les militants de la cause nationale et plus tard tous ceux qui seront condamnés pour avoir pris les armes contre l’ordre colonial durant la Révolution de Novembre 1954.

Entre les murs de cette prison séjournera l’un des célèbres chefs de la résistance à l’occupation française : le Cheikh El Haddad, de son vrai nom Mohand Ameziane Ahaddad (1790-1873), qui proclama la guerre sainte le 8 avril 1871 à la zaouïa de Seddouk (Béjaïa). Après  sa défaite, il sera emprisonné en juillet 1871 à l’âge de 80 ans, puis condamné avec des dizaines de ses compagnons le 19 avril 1873 par la Cour d’assises de Constantine à 5 ans de prison. Il meurt en détention le 29 avril 1873.

Mais la prison du Coudiat sera encore plus connue par l’évasion spectaculaire de Mustapha Ben Boulaïd et dix de ses compagnons de cellule le 10 novembre 1955. Un fait qui avait fait la une des journaux de l’époque. Malgré toute sa valeur symbolique dans l’histoire de la ville du Vieux Rocher, la prison du Coudiat sera gérée comme un vulgaire établissement pénitentiaire, devenu avec le temps un véritable point noir au cœur de la ville. On pensera même à sa démolition pure et simple pour les besoins du projet du tramway en 2005.

Un projet qui fera polémique et menacera de détruire des pages de l’histoire de la lutte contre le colonialisme. Il a fallu l’opposition menée par l’Association de défense du Vieux Rocher de Constantine (ADDVRC), présidée par Ahmed Benyahia, pour sauver ce monument de la mémoire vivante de la résistance et de l’héroïsme. Une action animée par le devoir de préserver aux générations futures ce véritable musée vivant classé patrimoine national en 1992.

L’association finira par avoir gain de cause et la prison du Coudiat sera sauvée, mais elle attendra d’être érigée en musée de la Révolution algérienne, comme souhaité par une frange plus large de la population. Hélas, ni les promesses de l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, ni celles de Nouredine Bedoui, ex-wali de Constantine et actuel ministre de l’Intérieur n’ont été tenues à ce jour.    

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