«Le rapprochement entre les Saoudiens et les Russes est un fait géopolitique intéressant»

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Les positions affichées dimanche dernier à Alger par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés, dont surtout la Russie, ont de fait changé la donne sur le marché pétrolier. Malgré les pressions du président américain sur ses traditionnels alliés du Golfe, l’OPEP et ses partenaires ont décidé de ne pas augmenter leur offre dans l’état actuel de la demande. Eléments d’analyse et projections dans l’entretien qui suit avec l’expert pétrolier international et directeur de Petrostrategies, Pierre Terzian.

– L’OPEP et ses alliés, en particulier la Russie, ont montré, dimanche dernier à Alger, qu’ils ne sont pas prêts à céder sur leur stratégie commune de limitation de la production, malgré les pressions américaines. Comment analysez-vous cette position ?

Ce qui est remarquable, c’est la résilience apparente de l’Arabie Saoudite face aux pressions que Donald Trump exerce ouvertement sur elle, via ses tweets notamment. On a l’impression que les Saoudiens ont appris à mieux jouer des failles qui existent à l’intérieur de l’Exécutif américain. Ils s’appuient davantage aussi sur la Russie.

Leur position consiste à dire aux Américains : «Faites-nous confiance, nous savons comment gérer des situations délicates d’offre et de demande. Devant les incertitudes actuelles, qui sont grandes, il nous faut garder des capacités de production non utilisées pouvant être mobilisées en cas de catastrophe naturelle ou de crise géopolitique dans un pays producteur.»

On peut y voir aussi peut-être une attitude moins agressive qu’auparavant à l’égard de l’Iran. J’ai l’impression que les Saoudiens écoutent de plus en plus attentivement les analyses des Russes et font la part des choses chez les Américains entre des messages à grands fracas de Donald Trump destinés au public américain et des signaux envoyés par d’autres officiels américains à leurs partenaires extérieurs.

– Peut-on s’attendre désormais à une flambée des cours pétroliers à des niveaux de 100 dollars le baril, si l’OPEP et la Russie ne compensent pas les très probables chutes des exportations iraniennes à partir de novembre ?

A court et moyen termes, oui, une plus forte hausse des prix est possible. D’ailleurs on constate que les grands consommateurs (comme les compagnies d’aviation par exemple) se couvrent sur les marchés à terme en se portant acheteurs sur des échéances allant jusqu’à deux ans, alors que les producteurs, au contraire, espèrent une hausse des prix et réduisent donc leurs ventes à terme.

– Dans quelle mesure le schiste américain pourrait venir contrarier les efforts actuels de l’OPEP et ses partenaires pour stabiliser le marché ?

Les schistes américains sont loin d’avoir dit leur dernier mot. Leur production va très probablement s’accroître très fortement dans les années à venir, surtout que maintenant, avec les niveaux élevés des prix, les schistes peuvent dégager de très bons profits pour les producteurs.

Ceux-ci réduisent leurs dettes et augmentent leurs investissements. Des hausses de production sont attendues ailleurs aussi dans le monde. Or, la hausse de la demande risque d’être freinée par les prix élevés du pétrole et aussi par une meilleure protection de l’environnement dans le monde. De ce fait, la dichotomie est grande entre les perspectives de hausse des prix à court et moyen termes et les perspectives de baisse des prix à long terme.

– La coopération actuelle entre les producteurs OPEP et non-OPEP pour stabiliser l’offre est-elle vouée à s’inscrire dans la durée au-delà de 2018 ? Va-t-elle se transformer ?

Oui, tout porte à croire que cette coopération va devenir de plus en plus institutionnelle. L’Arabie Saoudite et la Russie travaillent étroitement à la rédaction d’un cadre formel de coopération OPEP et non-OPEP qui devrait être soumis aux ministres des autres pays producteurs-exportateurs en décembre prochain. Le rapprochement de ces deux Etats, qui s’opère en dépit de sujets où ils s’opposent (Syrie, Iran, etc.), est l’un des faits géopolitiques les plus intéressants observés ces deux dernières années.

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