Les enseignants sceptiques

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L’application de l’autodiscipline

L’autodiscipline est un nouveau concept qui vise à éduquer les élèves d’une manière démocratique, loin de la punition. Cette nouvelle discipline consiste aussi à associer les parents.

Une méthode qui va «jusqu’à éviter d’avertir ou de blâmer l’élève, même pour des résultats insuffisants», explique Bachir Hakem, professeur du cycle secondaire à la retraite. Ce dernier se montre sceptique quant aux résultats de cette méthode : «On ne peut maîtriser une classe de 40 élèves sans aucune formation de l’enseignant et sans lui donner une autorité, sans oublier de responsabiliser les parents et de leur rappeler leur devoir.» «L’autodiscipline ne peut pas se faire dans des classes de plus de 40 élèves.

Cette méthode est conçue pour l’enseignement de petits groupes qui ne dépasse pas 25 élèves», estime notre interlocuteur. Selon ses dires, ce projet ne peut pas être concrétisé dans des structures qui «sont beaucoup plus des prisons, où le surveillant n’a aucune autorité pédagogique».

M. Hakem met en garde contre la reproduction des méthodes pédagogiques toutes faites ayant donné de bons résultats dans d’autres sociétés, sans prendre en compte la réalité du terrain dans lequel elles sont appliquées. «Jusqu’à ce jour, nous avons toujours importé des modèles de réformes, sans avoir fait d’études sur le profil de l’élève algérien, qui diffère de celui pour qui était destinée la réforme importée», relève-t-il.

Ainsi, l’instruction ministérielle n° 68, publiée le 12 juillet 2018, relative aux conseils de classe dans les cycles moyen et secondaire, interdit formellement aux enseignants de noter sur le bulletin d’un élève la mention avertissement ou blâme. L’autodiscipline, qui n’est en réalité que le fruit de longues recherches de par le monde dans le domaine de l’éducation, arrive en Algérie sous forme d’instruction, sans laisser le temps aux personnes qui l’appliquent de s’en imprégner.

Pour rappel, les pédagogues, comme Jean-Jacques Rousseau, Léon Tolstoï, Alexander Sutherland Neill, recommandent de laisser l’élève libre et responsable, pour qu’il trouve par lui-même les savoirs et se conduise de lui-même de façon autonome. «On ne punit pas, c’est cela le mode opératoire», explique Bachir Hakem.

Mais cette méthode inspire beaucoup de crainte et de scepticisme dans le milieu éducatif, notamment quand on évoque ses résultats. «C’est ainsi qu’on se retrouve face à une génération livrée à elle-même», estime une enseignante de français en exercice depuis 14 ans, en abordant les mesures visant à bannir l’avertissement et le blâme du jargon scolaire.

Cette dernière avoue qu’il y a une grande différence entre ses débuts dans l’enseignement et ces dernières années. L’éducatrice fait l’éloge du mode éducatif basé sur la «rigueur et l’intransigeance». Très peu d’enseignants approuvent, en revanche, cette nouvelle méthode, à l’instar de ce professeur d’ économie qui suggère de généraliser d’abord cette méthode et de prendre le temps qu’il faut pour évaluer ses résultats. 

El-Watan.com