Les étudiants en marche contre le 5e mandat et le système : La protestation vers de nouvelles conquêtes

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Les étudiants en marche contre le 5e mandat et le système : La protestation vers de nouvelles conquêtes

Des centaines de milliers d’étudiants sont sortis dans la rue hier à travers les villes du pays pour dire qu’ils sont bien là et qu’ils refusent de composer encore avec le régime Bouteflika et sa lubie de vouloir passer un quart de siècle à la tête de l’Etat.

Ce mardi 26 février est un formidable deuxième acte de la grande mobilisation populaire du 22 avril dernier. Là aussi, tout le corps Algérie, d’est en ouest et du nord au sud, a vibré des mêmes fièvre et ferveur, offrant un moment inédit d’unisson populaire dirigé contre l’autocratie et le statu quo.

Dans la capitale, les services de sécurité campés en nombre devant les portails des universités ont passé le gros de la journée à tenter de contenir en intra-muros une crue fébrile d’étudiants qui voulaient faire la démonstration de mobilisation dans la rue.

Les barrages bleus et bardés ont pu être forcés en début d’après-midi et l’on a vu des milliers de jeunes, soutenus par leurs enseignants, se constituer en processions à travers les artères d’Alger gagnant la bataille de la réappropriation des espaces publics interdits de manifestation depuis 2001.

Ailleurs, à Oran, Béjaïa, Boumerdès, Constantine, M’sila, Tlemcen, Tamanrasset… les étudiants ont marché et en grand nombre également.

Dans certaines villes, c’était la première fois qu’on voyait des étudiants et étudiantes dresser les bras en l’air et scander, qui plus est, contre un président dont les réseaux d’influence ont inhibé toute forme de contestation localement. C’est dire que le réveil citoyen est bien réel et qu’il faudra compter avec lui désormais.

Le mot d’ordre de «Silmya» (Pacifique) semble s’être imposé par ailleurs comme une stratégie de combat pour des populations qui ont compris qu’il n’y a pas meilleur allié pour le pouvoir contesté que ces face-à-face violents entre manifestants et policiers.

Hier, les lancers de gaz lacrymogènes sur la rue Didouche à Alger n’ont pas entamé la détermination des marcheurs à ne pas aller à l’affrontement.

Le sociologue Nourredine Bekkis ne s’y trompe pas quand il dit que le «hirak» (contestation) algérien se nourrit en référents de ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie il y a une huitaine d’années, de la déviation qu’il y a eu en Libye, mais qu’il s’appuie surtout sur les expériences algériennes avortées de 1988 et au début des années 1990 pour se trouver le moyen d’action le plus adapté à la situation. Soit garder la résolution pacifique pour ne pas favoriser la montée des extrêmes et perdre le contrôle des événements.

Victoires symboliques

Beaucoup parmi les étudiants qui ont manifesté en ce 26 février à travers le pays étaient déjà là le vendredi 22 févier. Hier, ils ont voulu apporter la démonstration de leur implication en tant que communauté dans le sursaut global de dignité qui fait s’ébrouer si heureusement et puissamment l’Algérie.

D’autres corporations et catégories sociales comptent mettre à la disposition de cet élan historique leurs régiments respectifs pour réaliser cette jonction des luttes que des militants ont appelée de leurs vœux depuis des années.

La situation bouge, y compris dans ces hauts lieux symboliques et pratiques de l’hégémonie du pouvoir. Hier, des journalistes de la Radio nationale se sont élevés contre la censure officielle exercée par la direction de l’ENRS, véritable place forte dédiée à la propagande gouvernementale.

Leurs collègues de certaines radios locales sont dans le même état d’esprit et ne veulent plus être les agents du black-out que les autorités veulent garder sur les événemnts actuels. Il faut remonter jusqu’à 1988 pour voir des journalistes du secteur public se rebiffer contre les entraves à liberté de faire leur métier.

C’est dire aussi que le régime, même réformé par l’ouverture du début des années 1990, a bien fait régresser le pays jusqu’à certaines cases de départ.

Vendredi prochain s’annonce un autre grand moment de mobilisation. Les appels à s’impliquer dans la protestation se sont multipliés durant toute la semaine et ont eu la caution supplémentaires et unanime de tous les segments actifs de la société.

La belle réussite des grandes manifestations du 22 février et la nouvelle atmosphère qu’elles ont installée dans le pays vont théoriquement catalyser davantage la protestation.

Ces évolutions ne semblent pas perturber les plans du pouvoir politique, du moins en façade. Hier, le directeur de campagne de Bouteflika, Abdelmalek Sellal, a annoncé que son champion fera acte officiel de candidature le 3 mars prochain, soit la veille directe de la clôture des délais de dépôt.

Un élément qui devrait donner un motif supplémentaire à la protestation de gronder plus fort vendredi prochain.

El-Watan.com