L’état casse sa tirelire

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L’état casse sa tirelire

L’Etat prévoit de consentir un nouvel effort de près de 800 milliards de dinars sur son budget de 2019 pour tenter de préserver la viabilité du système national des retraites.

Le système national des retraites, basé sur un régime de répartition, peine structurellement à rester viable. Renflouée auparavant à la faveur du recours au financement interne non conventionnel pour éviter surtout le non-versement des pensions, la Caisse nationale des retraites (CNR) devra bénéficier à nouveau d’une forte dotation financière sur le budget de l’Etat afin de faire face, un tant soit peu, au trou financier chronique et abyssal auquel sa comptabilité reste structurellement sujette ces quelques dernières années.

Tel qu’approuvé la semaine dernière en Conseil des ministres, le projet de loi de finances pour l’exercice prochain prévoit une enveloppe de 500 milliards de dinars de «dotation d’appui à la Caisse nationale des retraites», en plus d’un montant de 290 milliards de dinars, budgétisé au chapitre des transferts sociaux en faveur des retraités. En tout, c’est donc un effort colossal de près de 800 milliards de dinars qui sera consenti sur le budget de l’Etat en 2019 pour continuer à secourir la CNR.

Entretenu ainsi à grands renforts d’injections de ressources financières publiques, le régime national des retraites reste en situation de déséquilibre structurel, sa survie ne pouvant être assurée, dans le contexte économique actuel, qu’au gré de la situation de la trésorerie de l’Etat, tandis que les réformes et ajustements, dont il est supposé faire l’objet, risquent d’être socialement douloureux et politiquement complexes à mettre en œuvre.

En visite, fin août dernier dans la wilaya de Sidi Bel Abbès, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali, tirait lui-même la sonnette d’alarme en indiquant que la Caisse nationale des retraites «accuse un déficit de 580 milliards de dinars» et qu’il est inconcevable d’envisager un retour au système de retraite à moins de 60 ans.

Allant jusqu’à qualifier la situation actuelle de la CNR de carrément «catastrophique», le ministre mettait en avant l’ampleur du montant des pensions à assurer – un total de quelque 1200 milliards de dinars – alors que le tiers des retraités, dont le nombre global est évalué à plus de 3 millions, sont âgés de moins de 60 ans, ce qui équivaut pratiquement à la masse monétaire du déficit enregistré par la CNR.

Déjà soutenue à hauteur de 500 milliards de dinars sur le budget de l’Etat de l’année en cours – à travers une dotation supposée être exceptionnelle pour effacer ses dettes auprès de la CNAS –, la Caisse nationale des retraites prend ainsi de plus en plus l’allure d’un gouffre financier que l’Etat semble contraint de devoir nourrir toujours à profusion, faute de parvenir à réformer ses structures et son fonctionnement en profondeur, mais aussi et surtout à assainir l’environnement économique dans sa globalité.

En effet, au-delà des contraintes épisodiques nées de départs prématurés à la retraite, la remise sur les rails de la CNR suppose surtout des solutions concrètes à apporter à la prolifération des circuits économiques informels, aux pratiques frauduleuses de non ou de sous-déclaration, mais aussi de réelles réformes structurelles pour améliorer l’accès des jeunes à l’emploi et pérenniser ainsi la base du régime national des retraites.

Autant de chantiers en somme que le gouvernement tarde à ouvrir, se contentant de simples remèdes d’urgence d’injection d’argent public, tant que le permet la situation financière du pays. 

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