L’Etat dit qu’il n’y a plus d’argent pour le cinéma, mais il organise des festivals de cinéma à coups de milliards pour ne rien présenter

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L’Etat dit qu’il n’y a plus d’argent pour le cinéma, mais il organise des festivals de cinéma à coups de milliards pour ne rien présenter

– Nous venons d’assister à l’avant-première du film Frères Ennemis où vous incarnez le parrain des vendeurs de drogues. C’est rare, quand même, de vous voir dans ce genre de rôles. Comment avez-vous vécu cette nouvelle expérience ?

Oui, c’est vrai. J’ai joué à une ou deux reprises le rôle d’un commissaire dans des feuilletons diffusés en Algérie. C’est une nouvelle expérience pour moi. Le réalisateur, David Oelhoffen, est une personne merveilleuse. Il m’a déjà sollicité en 2015 pour son film Loin des Hommes, adaptation d’une nouvelle d’Albert camus puis il m’a rappelé, cette fois-ci, pour un rôle plus important.

Les choses se sont très bien passé. Frères Ennemis est un thriller qui traite d’une question sociale dans la zone. En France, il y a zone et zone. Je me souviens qu’à Bobigny dans les années 1956, la banlieue était soit des petits pavillons ou des bidonvilles. Ce n’est plus le cas après la construction des cités. Là, c’est la cité dans la cité. Il y a celles de Paris mais aussi celles de la banlieue qui se rapprochent de plus en plus.

– Avant ce film, vous avez joué dans une pièce théâtrale, adaptée du livre Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, qui a fait le tour du sud de la France en 2015. Pouvez-vous nous parler un peu de ce projet ?

C’est une pièce qui a été faite spécialement pour être jouée dans le prestigieux festival du théâtre d’Avignon en 2015. C’était l’initiative du directeur artistique du théâtre de Toulon, Charles Berling, qui a eu le Molière en 2016. Elle a été adaptée et mise en scène par son petit frère, Philipe Berling.

Ensuite, nous avons fait une tournée d’une soixantaine de représentations avec cette pièce, notamment dans le sud de la France et même en Algérie. Je faisais souvent deux représentations par jour. Le matin pour les lycéens et le soir pour les adultes. Mais ce qui m’a fait le plus plaisir, ce sont les débats qui succèdent après chaque représentation. Ils étaient parfois houleux.

Le livre de Kamel Daoud est parti de l’Etranger de Albert Camus où il réhabilite l’arabe et lui donne une identité. Il faut savoir que Camus est controversé même ici en France. Au sud, beaucoup qui venaient nous voir sont des pieds noirs que le texte de Daoud dérange. D’ailleurs, l’un d’eux m’a dit une fois : «n’oubliez pas que les pieds noirs détiennent encore les clés de leurs maisons en Algérie».

Et j’ai répondu en disant : «Même eux (les algériens) viennent de revendiquer leurs terres spoliées.» Ce n’était pas facile. Bref, hormis ce projet, j’ai aussi participé dans le film tunisien, Ma Révolution, du réalisateur tunisien, Ramzi Ben Sliman.

C’est un film qui parle de la révolution tunisienne où j’ai joué un rôle important, qui est celui du grand-père du jeune dont il est question dans le film. J’ai participé aussi dans le film Les Fantômes d’Ismaël, sorti en 2017, du réalisateur Arnauld Desplechin qui a eu le César du meilleur réalisateur.

  Plusieurs cinéastes ont dénoncé il y a quelques jours la situation du cinéma et la censure en Algérie. D’autres ont critiqué aussi la situation des techniciens qui restent sans statuts. Qu’en pensez-vous ?

C’est très important. Il faut le dire. Et tant mieux s’il y a un éveil dans ce sens. Il faut que ça vienne de nous car personne ne bougera à notre place. Ça ne va plus comme pour les réalisateurs, les techniciens ou les comédiens. C’est une catastrophe. Nous n’avons plus de salles pour commencer.

Nous faisons des longs métrages mais nous n’avons pas où les projeter. Nous avions 464 salles au lendemain de l’indépendance. Il n’en reste aujourd’hui que 40. Arrêtons de construire de petits stades dans chaque cité. Construisons plutôt des cinéclubs ou des salles de cinéma.

Nous avons 70 boîtes de production dont deux seulement qui font de la vraie production. Les autres sont dans la direction d’exécution car elles travaillent avec l’argent du service public. Maintenant, la tutelle nous dit qu’il n’y a plus d’argent pour le cinéma mais en même temps, elle organise des festivals de cinéma à coups de milliards pour ne rien présenter.

Franchement, je ne comprends pas. Le cinéma et les productions doivent fonctionner toute l’année. C’est une industrie. Et surtout, il faut encourager cette nouvelle génération de réalisateurs qui émergent. Ce sont eux l’avenir.

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