L’hiver est rude dans les écoles

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L’hiver est rude dans les écoles

Absence de chauffage, réseaux défaillants, les directeurs d’écoles dans le désarroi…

Durant les rudes journées d’hiver, les enfants grelottent de froid à cause de l’absence de chauffage dans les écoles où ils sont censés acquérir le savoir. Retour sur une grave défaillance qui touche de nombreuses wilayas du pays.

Les quelque 400 élèves du collège d’El Main, à 60 km au nord du chef-lieu de wilaya de Bordj Bou Arréridj, continuent d’affluer vers leur établissement scolaire, malgré l’absence de chauffage dans les salles de classe. «La situation est insoutenable. Impossible pour l’élève d’acquérir quoi que ce soit de ce qu’on lui dispense dans des conditions pareilles», déplore un citoyen, en poursuivant : «Tout cela à cause de la chaudière, fonctionnant au fuel, qui tombe souvent en panne pour plonger les élèves dans un froid glacial.»

Des élèves qui convergent des différents villages avoisinants à la géographie très difficile, notamment de Takroumbalt, d’Amzrarrag, d’Ath Halla… et encore, faut-il qu’ils soient matinaux, pour ne pas rater le bus et les cours. «Il y a des élèves de Takroumbalt, distante de 7 km du collège, qui mettent beaucoup de temps avant d’arriver, et ce, à cause du mauvais état de la route, qui se dégrade jour après jour», nous dit notre interlocuteur.

Et même les appels lancés par le directeur de l’établissement ne semblent pas trouver la bonne oreille, à en croire, le citoyen. «Malgré l’insistance du directeur auprès des responsables pour raccorder le CEM au gaz, rien n’est fait», s’est-il désolé. Parfois, la panne de la chaudière incite les potaches à sécher les cours et à prolonger les week-ends. «D’ailleurs, cet hiver, il n’y a pas eu cours à cause de la neige qui a obstrué tout accès à El Main.

Et bien que toutes les routes aient été déblayées avant midi, c’était trop tard pour les cours». Au manque de chauffage s’ajoute, comme par enchantement, la qualité des repas, qui laisse à désirer. «Insipide. C’est le moins que je puisse dire sur la qualité des repas servis aux élèves.

Apparemment, cela est dû au budget, nous dit-on, qui a été charcuté de 40%. Donc, il ne faut pas s’attendre à un festin royal pour se chauffer les tripes», conclut notre interlocuteur. En attendant des repas caloriques et améliorés pour se chauffer les intestins et surtout le raccordement au gaz, ou ne serait-ce que le maintien en marche constant de la chaudière, les collégiens continuent à grelotter.

Le gaz résout le problème, mais partiellement

Si les APC de Jijel font l’effort de prévoir du mazout pour chauffer les écoles qui ne sont pas alimentées en gaz naturel, ce problème n’est pas pour autant réglé. «Personnellement, je préfère le froid à la fumée que dégagent ces appareils à mazout», avoue le directeur d’un établissement scolaire du primaire. Et d’ajouter: «C’est exceptionnel qu’on allume ces chauffages, c’est uniquement lors des grands froids qu’on les met en marche. A part ces épisodes, c’est le froid qui règne dans les classes.»

Cet aveu peut résumer à lui seul l’état du chauffage dans les établissements scolaires du primaire dans les localités non encore pourvues en gaz. Ce problème s’est d’ailleurs invité à l’école Bouchabou Abdelhamid, à Timizert, à El Aouana, où les élèves sont transis de froid dans des classes privées de chauffage depuis plusieurs années.

«Ce problème dure parce que nous n’avons pas eu de suite à notre demande adressée à la direction de la distribution de Jijel, le 21 janvier 2018, pour une extension de gaz jusqu’à cette école, ce qui prive les élèves du chauffage, car leurs parents, selon les dires du directeur de l’établissement, refusent qu’ils soient chauffés aux poêles à mazout, même si plusieurs écoles sont chauffées à l’aide de ces appareils», soutient le président de l’APC. En pleine saison de froid, de nombreux établissement demeurent, pour une raison ou une autre, privés de chauffage.

Cette situation concerne davantage les localités rurales, où on ne compte que sur le mazout pour faire fonctionner les chauffages. Dans les zones urbaines alimentées en gaz naturel, la situation est mieux maîtrisée dans des écoles convenablement chauffées. Avec un taux de couverture en gaz de 68%, la plupart des écoles sont en passe d’être chauffées au gaz naturel, ce qui va les soulager des désagréments causés par les poêles à mazout.

Des APC continuent cependant à éprouver des difficultés à réaliser les branchements de certains établissements dans les localités nouvellement branchées au réseau du gaz. Pour ainsi dire, les écoles sont aléatoirement chauffées dans les zones rurales, tandis que dans les villes et les agglomérations urbaines, c’est dans le chaud que les élèves poursuivent leurs cours.

Protestations à Tizi Ouzou

En dépit de l’extension du réseau du gaz naturel enregistré dans les zones de montagne de la wilaya de Tizi Ouzou, de nombreux établissements scolaires ne sont pas encore chauffés. A la fin du mois de janvier dernier, les élèves de plusieurs établissements du moyen et du secondaire sont montés au créneau pour réclamer le chauffage en cette période de froid.

Il y a quelques semaines, les élèves du lycée Amar El Toumi de Tigzirt, au nord de la wilaya, ont observé deux journées de grève pour dénoncer les conditions dans lesquelles ils étudient. Au sud de la wilaya, les parents d’élèves des collèges de Tizi Ntléta et Aït Abdelmoumène ont empêché leurs enfants de suivre les cours pour, encore une fois, réclamer le chauffage et soulever d’autres doléances relatives à l’amélioration de la scolarité.

Le président de l’association des parents d’élèves du CEM de Tizi Ntléta, Si Ahmed Djilali, nous a déclaré : «Les conditions de scolarité de nos enfants sont alarmantes. Nous exigeons la généralisation du chauffage, car tout un étage du bloc pédagogique n’est pas chauffé. Nous demandons aussi la prise en charge de l’affaissement et l’affectation de plus de personnel et l’extension du bloc sanitaire.» Au niveau du CEM de Aït Abdelmoumène, c’est le même son de cloche.

Les parents ont également empêché leurs enfants de rejoindre les bancs de leurs écoles, vu que la chaufferie existante tombe souvent en panne, laissant les enfants grelotter de froid. Le président de l’association des parents d’élèves, Ammar Khodja Kamal, déplorera : «Les conditions de scolarité ne sont pas réunies. Le chauffage n’est pas efficace, puisque la chaudière tombe souvent en panne, en plus des infiltrations abondantes d’eau au niveau de certaines salles de classe.

Le pire est que cet établissement, ouvert en 1984, n’est toujours pas doté d’une cantine scolaire, alors qu’une assiette de terrain est disponible.» Au lycée de Tizi Ntléta, les apprenants ont débrayé pendant trois jours à la fin du mois de janvier passé pour réclamer également le chauffage dans les classes.

Au niveau des lycées de Draâ Ben Khedda, le manque de chauffage a été relevé par la commission de l’éducation de l’APW de Tizi Ouzou. «Au niveau des deux lycées, Fethi Saïd et Krim Belkacem, le chauffage n’est pas généralisé», nous a indiqué le président de la commission. Au CEM Zerouda, dans la commune de Tirmitine, le collège est toujours en attente de branchement au réseau du gaz naturel.

«Le gaz passe à proximité de notre établissement, mais son installation se fait désirer, pour finir avec les tracas de la chaudière à gas-oil, qui tombe souvent en panne», clament les parents d’élèves. A Mâatkas, notamment au niveau de Berkouka, les écoles primaires sont toujours chauffées au gas-oil, car le gaz naturel n’est pas arrivé dans cette localité.

Un enseignant a regretté : «Nous continuons de chauffer les classes avec les poêles à mazout. Nous avons plus de fumée, de saleté et de mauvaises odeurs que de chaleur. Lorsque l’approvisionnement en gas-oil n’est pas fait, c’est un froid paralysant auquel ont droit les écoliers et le personnel.» A Agouni Gueghrane, dans la daïra des Ouadhias, au sud de Tizi Ouzou, les écoles primaires d’Aït Ergane ont toujours recours au gas-oil pour le chauffage. Une opposition bloque les travaux de gaz dans une commune voisine.

Le chargé de communication de la direction de l’éducation a fait savoir : «A travers les 180 collèges et les 70 lycées qui sont à la charge de la direction de l’éducation, nous avons installé des chaufferies à gas-oil. Lorsque la chaudière ne fonctionne plus et si la panne est minime, elle est prise en charge immédiatement sur le budget de fonctionnement de l’établissement, mais si la panne nécessite des financements importants, la procédure prend un peu plus de temps. Pour ce qui est des écoles primaires, elles sont à la charge des APC.»

Absence d’un dépôt de stockage de carburant

Les classes sont glaciales et les élèves tremblent de froid à Bouira. C’est le dur quotidien des potaches scolarisés au niveau des établissements reculés et implantés en milieu rural. «Nos enfants sont incapables d’écrire et de suivre les cours à cause de l’absence de chauffage dans les classes», a regretté un parent d’élève d’une école primaire, sise au village Mehouel, dans la commune de Lakhdaria, à l’ouest de Bouira.

Trois établissements du cycle primaire ne sont pas encore raccordés au réseau de gaz naturel, a-t-on appris de l’APC. Pourtant, la commune a bénéficié d’un projet de raccordement des foyers au réseau de distribution de gaz naturel. Les chantiers ont enregistré plusieurs arrêts, ce qui a pénalisé non seulement les ménages, mais aussi les élèves de plusieurs structures éducatives.

«Les équipements de chauffage installés au niveau des établissements ne fonctionnement qu’avec le gaz naturel», a-t-on dénoncé. A Ath Laâziz, trois écoles sur les 14 qu’englobe la localité ne sont pas encore alimentées à cette commodité. A la direction de Naftal de Bouira, le problème de disponibilité du carburant ne se pose pas.

Néanmoins, la rupture dans l’approvisionnement en carburants s’accentue en période d’intempéries et de la fluidité du trafic routier. Pourtant, un projet de réalisation d’un dépôt régional de carburant a été projeté. Prévu dans la zone d’activités de la commune d’El Esnam, à l’est de Bouira, le chantier est aux oubliettes. Pourtant, une assiette de 7 ha a été dégagée pour implanter le dépôt, dont la capacité de stockage initiale prévue était de 60 000 m3.

«Il fait trop froid à l’école !»

«C’est vrai que toutes les classes sont dotées de chauffage. Personne ne peut nier cela. Mais, pendant l’hiver, plusieurs salles de classes se transforment en chambres froides. Pourquoi ? Parce que, soit les appareils de chauffage ne sont pas fonctionnels pour diverses causes, soit les vitres des fenêtres sont brisées laissant ainsi pénétrer l’air froid», témoigne un parent d’élève de la wilaya de Mascara.

Dans les régions éloignées et isolées, même si les chauffages sont allumés, le froid est mordant dans certaines classes, dans lesquelles les écoliers ont du mal à se concentrer sur leurs cours à cause de l’air glacial qui rentre par des vitres cassées et des fenêtres qui ne se ferment pas. «Les enseignants sont contraints, dans ces circonstances, de demander à leurs écoliers de ne pas enlever leurs vestes et bonnets pour ne pas avoir froid», nous dira un enseignant d’un CEM d’une localité rurale.

Parallèlement, une écolière en 5e année primaire nous répond : «Notre chauffage fonctionne, mais parfois il dégage une mauvaise odeur, chose pour laquelle notre enseignante nous demande de laisser les fenêtres ouvertes ce qui rend la classe glaciale.» D’autres enseignants, pour des raisons de santé et de sécurité, refusent d’allumer le chauffage dans leurs classes à cause de leur vétusté et de l’odeur qu’ils dégagent ! On ne peut pas risquer de mettre la vie des enfants en danger.

De son côté, un enfant d’une école primaire à Mamounia nous fait savoir que le poêle installé dans sa classe ne parvient plus à la chauffer suffisamment, «à cause de l’air glacial qui pénètre d’une des vitres brisées de la fenêtre». Le manque flagrant d’entretien des appareilles de chauffage, de l’avis d’un ancien responsable des collectivités locales, est l’une des faiblesses des autorités locales qui «n’accordent pas d’intérêt à l’entretien des équipements de chauffage et au remplacement des vitres cassées des fenêtres.

Comment voulez-vous que les équipements de chauffage résistent aux outrages du temps sans un entretien strict et une maintenance réelle ?» En outre, les perturbations dans l’approvisionnement des écoles en mazout pour le chauffage des classes sont une autre paire de manches.

Dans certains établissements scolaires de l’enseignement primaire, notamment des localités lointaines, à défaut de gas-oil, les chauffages ne seront pas allumés et les écoliers issus des familles démunies sont obligés de doubler les vêtements. «Chaque année, l’Etat dégage des centaines de milliards de dinars pour doter les écoles d’appareils de chauffage et d’autres opérations d’entretien et de réfection des infrastructures de l’enseignement primaires, mais en l’absence d’un contrôle rigoureux des services compétents, les lacunes continuent de s’accumuler», relate un ancien directeur d’exécutif à Mascara.

Dans le cadre des préparatifs de la rentrée scolaire 2018/2019 (saison en cours), faut-il le souligner, le Fonds de solidarité des collectivités locales (FCCL) a alloué un budget de 20 millions de dinars environ uniquement pour doter 164 écoles primaires de chauffage et 978,4 millions de dinars pour l’aménagement et la réfection des infrastructures scolaires.

Les équipements existent, mais…

En trois années successives, la wilaya de Ouargla a recentré ses priorités en matière de mise à jour des infrastructures scolaires, plaçant la rénovation et l’amélioration des conditions de scolarisation dans le cadre d’un challenge à relever. L’objectif final est évidemment de quitter le peloton des derniers de la classe où elle se place avec nombre des wilayas du Sud.

Et si le gros de l’effort consenti durant l’exercice 2018 a permis de rafistoler les établissements du cycle primaire pour les sortir d’une situation qui devenait insoutenable, surtout en matière d’hygiène et de blocs sanitaires sans s’attarder sur les aires de jeu et d’activités physiques quasi inexistantes dans certaines d’entre elles, l’intérieur des classes pose toujours problème : trop froid en hiver, trop chaud l’été.

Ainsi, l’équipement des salles de cours a été classé comme deuxième gros problème par le dernier rapport circonstancié de l’APW de Ouargla, dont la commission d’éducation, d’enseignement supérieur, de formation professionnelle et du culte a brossé un tableau noir des insuffisances, tant le manque d’équipements basiques, tels que les chaises et les tables, pose problème, avec le constat effarant d’élèves du primaire assis sur des barres de fer, relève le rapport présenté lors de la dernière session de l’APW de Ouargla.

Concernant le chauffage et le raccordement au réseau du gaz de ville, le constat de la commission, constituée d’élus issus eux-mêmes du secteur de l’éducation ou du supérieur, a relevé deux catégories d’établissements. Il y a d’abord ceux équipés en poêles à gaz, mais non raccordés au réseau de gaz de ville, et ceux n’ayant carrément pas d’équipements de chauffage.

Dans les deux cas, les enfants grelottent de froid et sont obligés de rester avec leurs manteaux en classe durant tout l’hiver. Il y a quand même une majorité d’établissements dotés de climatiseurs, la wilaya de Ouargla ayant fait de cela sa priorité sur plusieurs années afin de combler un manque qui se faisait sentir lors des examens de fin d’année programmés durant la canicule. Mais encore une fois, ces derniers ne servent ni en été pour rafraîchir les classes ni en hiver pour pallier l’absence de chauffage.

L’enquête effectuée durant l’année par l’APW de Ouargla constate amèrement que ces climatiseurs ne sont qu’un décor sur les murs et ne peuvent être utilisés pour diverses raisons, soit pour non-raccordement au réseau électrique, ou que le câblage de l’établissement est incapable de supporter l’appel de charge, ou que le budget de gestion ne peut couvrir les frais de la consommation d’énergie. Le hic : la commission de l’APW constate que les établissements sont dotés de compteurs d’électricité non utilisés parce que non raccordés. 

El-Watan.com